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"Courts-circuits", chorégraphie de François Verret

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Réécoutez la chronique de Joëlle Gayot

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Hier soir avait lieu la présentation dans la Cour du Lycée saint Joseph d’Avignon d’un spectacle du chorégraphe François Verret. Spectacle intitulé "Courts circuits", situé à mi chemin entre théâtre et danse. Une représentation qui a perturbé le public, troublé par le caractère énigmatique de l’œuvre.

Enigmatique, c’est le mot qui s’impose pour décrire ce travail signé par François Verret, l’un des chorégraphes les plus exigeants mais aussi les plus complexes de la scène française. Certains, s’ils voulaient être méchants, pourraient ajouter absurde ou abscons. Je n’en fais pas partie et si je n’ai pas tout compris, loin de là, à ce qui se déroulait sous mes yeux, j’ai été fascinée par la beauté d’une représentation marquée au sceau de la noirceur, de la gravité et du cérémonial. Sur le plateau, deux espaces de jeu sur fond d’écran vidéo. A gauche, une scène où s’empilent des grandes cagettes de bois revêtues d’un plastique noir. Au centre, un piano à queue. A droite, un plateau de danse où les acteurs patinent, dérapent, se lancent dans des tangos lascifs ou se posent droit sur leurs mains. Ca danse et ça parle aussi beaucoup.

Les interprètes sont des récitants qui s’expriment au micro en italien ou en espagnol. On entend passer des phrases étranges : « je suis en état de choc, et toi ? », « Je sais mais je n’ai pas de preuve ». De l’ensemble, émane une sensation d’angoisse, d’oppression qu’accentue une musique hypnotique, prenante et envahissante. Ce que compose Verret, c’est un poème scénique, visuel, un poème parlé, un poème dansé et joué. Son spectacle est composite, métaphorique. C’est un joyau noir traversé de toutes sortes de lumières sombres : Verret dit l’avoir nourri de ses lectures, des films qu’il voit, des photos qu’il observe. Il évoque Abel Ferrara, Sarak Kane, Robert Walser, Don de Lillo, Oliver Sacks. Sans aucun doute, François Verret est un artiste et un grand. Il est de ceux qui parfois oublient de donner toutes les clefs d’accès à leur univers intérieur. Au risque donc, de laisser certains spectateurs à la porte, surtout si ces derniers cherchent un sens là où réside surtout le Beau.

Courts-circuits, chorégraphie de François Verret. Cour du lycée saint joseph, jusqu’au 22 juillet à 22h.