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Covid-19 : anciens bénévoles et nouveaux venus, comment les associations ont fait face

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Un bénévole prépare des sacs de denrées alimentaires et de produits d'hygiène avant une maraude, à Ingré, le 26 mars 2020.
Un bénévole prépare des sacs de denrées alimentaires et de produits d'hygiène avant une maraude, à Ingré, le 26 mars 2020.
© AFP - Christophe ARCHAMBAULT

Certaines associations d’aide alimentaire et aux personnes vulnérables sont encore plus sollicitées pendant le confinement. Réorganisées autour de missions devenues prioritaires, elles continuent de fonctionner malgré des bénévoles beaucoup moins nombreux.

"On a identifié 73 000 bénévoles avant le confinement. Là, on estime qu’il reste entre 20 et 30% de ces bénévoles en activité sur le terrain", détaille Brigitte Miché, responsable de la coordination des missions sociales aux Restos du Cœur. Il y a les bénévoles âgés ou fragiles qui par précaution se sont mis en retrait et ceux dont les activités comme "les formations, les manifestations" se sont arrêtées. Si une partie peut continuer ses missions à distance, des milliers de bénévoles des Restos ou d'ailleurs se retrouvent dépourvus de moyen d’action. 

"Certains bénévoles de plus de 70 ans se sont sentis très frustrés de ne pas pouvoir continuer." - Brigitte Miché, des Restos du Cœur

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Se concentrer sur des missions essentielles

Une fois le confinement annoncé mi-mars, une question s’est posée dans les associations : à quelle activité accorder la priorité ? "L’aide alimentaire s’est imposée", aux Restos du Cœur, répond Brigitte Miché. Mais comment l'apporter "sachant qu’on a une grande partie de nos bénévoles en retrait, à cause de l’âge ou par crainte ? On a choisi d’adapter la distribution qu’on faisait auparavant accompagnée. On s’organise pour préparer des colis et les distribuer", ce qui nécessite moins de personnes. La livraison s’est considérablement développée, mais elle n’est pas pour autant le seul mode de fonctionnement. Les distributions de rue ont toujours lieu pour celles et ceux qui en ont besoin. Et les demandes explosent par endroit : à Paris, elles ont triplé.

SOS Amitié, à l’écoute des souffrances et des angoisses des personnes isolées, est également très sollicité. Sur 1 700 bénévoles, 630 peuvent actuellement pratiquer cette écoute depuis leur domicile. D’autres continuent de se rendre dans les centres, lorsqu’ils ne sont pas fermés. Les bénévoles sont beaucoup moins nombreux, le nombre d’appels est passé de 6 000 à près de 8 000 par jour et pourtant, le taux de décrochage s’est nettement amélioré. Les écoutants prennent 2 500 appels par jour au lieu de 1 500 avant le confinement, avec à certaines heures de la journée un pic à 80% d’appels traités.

Les gens "qui écoutent à domicile écoutent plus. Ils sont très motivés, ils savent qu’on a besoin d’eux", assure le président de SOS Amitié France Alain Mathiot. "Il y a encore un creux pendant la nuit et à l’heure des repas, mais en fin de matinée et en début d’après-midi, on prend beaucoup d’appels, au point qu’on a été sélectionné par la plateforme nationale d’écoute Covid-19 pour venir en relais. On se fait renvoyer des appels par les répondants de cette plateforme quand ils pensent que la personne au bout du fil a besoin d’écoute plus que de renseignements."

Pas toujours simple de recruter de nouveaux bénévoles 

Si les Restos du Cœur peuvent compter sur des "renforts" qu’ils forment rapidement - "des étudiants, des actifs au chômage partiel, plutôt des jeunes" selon Brigitte Miché -, ce n’est pas le cas de SOS Amitié. Les Restos ont pu lancer un appel à bénévolat le 18 mars qui a été entendu, il y a d’ailleurs des listes d’attente dans certains départements, mais cela est impossible pour l'association d'écoute. "Nos bénévoles subissent une formation assez lourde, précise Alain Mathiot. En ce moment, c’est difficile de la faire. On réfléchit à la possibilité de mettre en place des Mooc [des cours en ligne, ndlr]." 

"C’est vrai qu’en ce moment on aimerait avoir plus de bénévoles, mais on tient absolument à ce qu’ils soient formés complètement. Notre écoute est professionnelle." - Alain Mathiot, président de SOS Amitié

"Il y a quelques jours, on a reçu une proposition de Twitter pour que ses salariés nous aident à écouter." Sur le principe, l'initiative est louable, mais sur le fond, ce n’est pas si facile. Les écoutants recueillent des paroles de "détresse", "des pensées noires", des "idées suicidaires". Ils participent régulièrement à des réunions de supervision et de partage (assurées à distance pour le moment) et sont suivis par des psychologues qu’ils peuvent contacter s’ils en ressentent le besoin.

Faut-il craindre un "trou d’air" après le 11 mai ?

Bénévoles historiques ou recrues, le confinement leur a permis de consacrer plus de temps à leurs associations. Qu’en sera-t-il à partir du 11 mai, date à laquelle doit commencer le déconfinement ? "Il faut qu'un maximum de Français reprennent le travail", a martelé le 29 avril dernier le ministre de l’Economie et des Finances Bruno Le Maire. Les Restos du Cœur s’attendent logiquement à voir des bénévoles réduire ou suspendre leur engagement. "Est-ce qu’on va garder les bénévoles qu’on a en renfort aujourd’hui ? Est ce que nos bénévoles en retrait, pour des pathologies notamment, vont revenir ? On s’est assuré d’avoir pour chacun les protections nécessaires. Est-ce que ça va suffire pour les mettre en confiance ? Ça fait partie des inconnues", s’interroge Brigitte Miché. Une autre concerne le nombre de personnes ayant besoin d’aide et ne s’étant pas manifestées jusqu’ici, par peur de sortir.

On peut imaginer à partir du 11 mai "un trou d’air", estime Caroline Soubie, responsable du département Engagement, formation et initative à la Croix-Rouge française qui compte "60 000 bénévoles normalement", dont 11 000 de plus de 70 ans. "On a identifié environ 30 000 personnes selon une estimation qui se sont manifestées pour devenir bénévoles" depuis le début du confinement, ajoute-t-elle. Une belle surprise, avec de nombreuses candidatures de jeunes et d’actifs, entre 20 et 40 ans. Comme les Restos, la Croix-Rouge a donné la priorité à certaines missions, telles que la maraude et l’aide alimentaire, et redéployé ses bénévoles.

"L’objectif, c’est de maintenir leur envie d’engagement s’ils n’ont pas pu le faire pendant la crise et que ceux qui nous ont rejoint pendant la crise ne nous quittent pas après." - Caroline Soubie, de la Croix-Rouge française

La Croix-Rouge a par exemple créé plus d’une dizaine de modules en ligne à l’occasion de la crise pour permettre en particulier au nouveaux bénévoles de se familiariser rapidement avec ses actions. "L’envie d’agir va les animer. Maintenant, il faut que nous, associations, soyons en mesure d’accompagner et de mettre en pratique cette envie d’agir. Il faut avoir une réponse appropriée, selon Caroline Soubie. Ça nous oblige à nous questionner : comment cette envie d’agir peut-elle se mettre en œuvre dans les mois qui viennent ? On est convaincu que beaucoup de choses vont naître des solidarités d’ultra-proximité__, qui vont pouvoir trouver une forme d’officialisation à l’issue de la crise." 

Un confinement qui est aussi pour SOS Amitié "une occasion irremplaçable de se remettre en question et de changer de paradigme. Jusqu’à la crise, raconte Alain Mathiot, pratiquer l’écoute à domicile était hors de question parce qu’on considérait qu’on ne pouvait pas le faire dans de bonnes conditions, mais les mentalités sont en train de changer et ça nous a boosté." Une réflexion sera lancée pour "continuer l’écoute à domicile dans un certain nombre de cas bien identifiés et uniquement sur la base du volontariat." "Toutes les crises, estime Caroline Soubie, permettent à chacun de se réinventer et de réinventer sa place dans le monde__."