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Covid-19 au Brésil : un violent bilan vu d'en haut

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Vue aérienne du cimetière Vila Formosa à São Paulo au Brésil, le 23 mars 2021.
Vue aérienne du cimetière Vila Formosa à São Paulo au Brésil, le 23 mars 2021.
© AFP - Miguel Schincariol

Le monde dans le viseur. Depuis un an déjà, le cimetière de Vila Formosa, près de São Paulo, est débordé. Débordé une vague presque continue de victimes du coronavirus, particulièrement violente. Le Brésil, où la barre des 300 000 morts a été franchie, vient de se hisser à la deuxième place des pays les plus touchés.

Avec plus de 300 000 morts, le Brésil est désormais le deuxième pays au monde le plus meurtri par l'épidémie de coronavirus. Les services de soins intensifs sont au bord de la rupture et les personnels soignants épuisés. 

Après avoir annoncé la création d'un comité de crise pour lutter contre la pandémie, le président Jair Bolsonaro s'est engagé à ce que tous les Brésiliens soient vaccinés d'ici à la fin de l'année 2021. 

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Ce drame, Miguel Schincariol en témoigne le 23 mars 2021 dans une photo pour l'AFP. Le photoreporter brésilien saisit un instant suspendu au dessus du plus grand cimetière d’Amérique latine, à Vila Formosa près de São Paulo. Vila Formosa où, depuis des mois, des dizaines d’enterrements se succèdent chaque jour sur ses 750 000 m2. Avec seulement quelques minutes pour dire adieu à son proche avant que la terre recouvre le cercueil.

Miguel Schincariol a choisi une vue aérienne pour illustrer la catastrophe sanitaire qui frappe le géant latino-américain.

Une vingtaine de personnes sont présentes, leur ombre projetée sur la terre rouge s’aligne avec des fosses inoccupées. Une inhumation est en cours. On voit le cercueil de bois sombre posé, prêt à être enseveli. Quatre hommes vêtus de combinaison blanche, les fossoyeurs se tiennent de l’autre côté de la tombe. En contraste, un peu plus loin, huit couronnes de fleurs indiquent sommairement là où reposent les précédentes dépouilles. 

Une fausse impression de déjà-vu

"Au départ ma première réaction a été par rapport à l’information qu’apportait cette photo", réagit Wilfrid Estève, photographe et directeur de l’agence photo Hans Lucas, pour laquelle travaillent 800 professionnels. 

"J’ai vu beaucoup de scènes similaires à celle-ci au Brésil et j’ai pensé que c’était une photo d’archive. J’étais surpris de voir qu’elle était récente. Je me suis dit que la situation restait la même qu’il y a un an dans ce pays."

Ce qui a intrigué Wilfrid Estève, c'est que l'image ne correspond pas aux standards habituels des photos d'actualité chaude publiées par l'AFP. "On voit plutôt des photos à la hauteur des victimes ou des acteurs de la scène, relève le photographe. Or ici le cliché est hors champ."

"Je découvre une photo prise en hauteur, peut-être grâce à un drone", poursuit le directeur de l'agence Hans Lucas. L'AFP aurait donc élargi sa palette ? Une évolution qui n'est pas nouvelle, explique Wilfrid Estève, mais qui témoigne d'un traitement de l'actualité plus en douceur, moins en émotion brute.

"On voit bien que ce sont des enterrements à la chaîne. Il n’y a pas de croix ou de stèle. On voit juste des couronnes de fleurs dans ce champ de tombes finalement très anonymes."
"On voit bien que ce sont des enterrements à la chaîne. Il n’y a pas de croix ou de stèle. On voit juste des couronnes de fleurs dans ce champ de tombes finalement très anonymes."
© AFP - MIGUEL SCHINCARIOL

"On comprend qu’on est en hauteur et qu’il s’agit d’obsèques, on voit un cercueil et les fosses. Il est possible,, ajoute Wilfrid Estève. Elle a d'ailleurs plusieurs niveaux de lecture.

"Il est possible, détaille le directeur de l'agence Hans Lucas, que le photographe brésilien ait cherché à réaliser une photo différente de celles qu’on voit généralement à propos des victimes de la pandémie au Brésil. Il a sûrement voulu aller sur d’autres cadrages, plus inattendus."

Des ombres qui marchent

Ensuite, pour Wilfrid Estève, ce sont les ombres des personnes présentes qu'on aperçoit. "Des ombres qui marchent."

Ces ombres, ça peut être des morts, des âmes qui s’élèvent et ces fosses, elles se transforment en colonnes de Panthéon.

"On voit bien aussi que ce sont des enterrements à la chaîne. Il n’y a pas de croix ou de stèle, note Wilfrid Estève. On voit juste des couronnes de fleurs – il y en a huit qui détonnent dans ce champ de tombes finalement très anonymes. Sans les bouquets floraux, on ne saurait pas qu’il y a une tombe."

Difficile de dire si Miguel Schincariol imaginait un tel résultat, pour le directeur de l'agence Hans Lucas, mais selon certains éléments de cadrage le laissent penser. C’est intelligent et original. C'est ce qui fait "qu'on peut s'échapper, se perdre dans cette photo et faire différentes interprétations."

Ce sont les ombres des personnes présentes qu'on aperçoit. "Des ombres qui marchent." "Ces ombres, ça peut être des morts, des âmes qui s’élèvent et ces fosses."
Ce sont les ombres des personnes présentes qu'on aperçoit. "Des ombres qui marchent." "Ces ombres, ça peut être des morts, des âmes qui s’élèvent et ces fosses."
© AFP - MIGUEL SCHINCARIOL

"Cette photo a besoin d’espace, estime Wilfrid Estève, il lui faut une double page ou une couverture. On ne peut pas l’insérer en vignette, ça ne serait pas logique car cette image mérite qu’on s’arrête dessus, qu’on entre dedans."

Cette photo de Miguel Schincariol résume bien hélas la situation du Brésil, conclut Wilfrid Estève, avec cette répétition de scènes d’enterrements à grande échelle à la va-vite.

les jeunes touchés par un variant de Manaus

Une situation qui semble incontrôlable dans plusieurs régions du pays, comme le relève Thierry Ogier dans Les Échos. "Ici, on signale l’absence de médicaments pour intuber les patients. Là, on redoute une pénurie d’oxygène, comme celle qui avait causé la mort de dizaines de patients à Manaus en début d’année", écrit le correspondant du quotidien au Brésil.

La ville de Manaus en Amazonie, qui a vu arriver un mutant du Covid-19 plus agressif que la forme traditionnelle du virus et qui a la particularité d’être nocif pour les jeunes, explique Courrier International, illustration à l’appui avec un reportage dramatique du Wall Street journal.

Face au désastre, le président brésilien Jair Bolsonaro a appelé à l’union nationale et a annoncé la création d’un comité de crise pour lutter contre la pandémie. Le comité va regrouper les 27 gouverneurs du pays, des représentants du Parlement et un nouveau ministre de la Santé, le quatrième depuis le début de la crise.

Une intervention qui arrive bien tard et qui a suscité de nouvelles critiques et un concert de casseroles en signe de protestation.

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Après avoir pendant un an minimisé la crise, Jair Bolsonaro a promis que les Brésiliens pourraient reprendre bientôt une vie normale et qu’ils seraient tous vaccinés d’ici à la fin de l’année. À ce jour, un peu plus de 11 millions de Brésiliens ont été vaccinés… sur les 212 millions d’habitants que compte le géant latino-américain.