Covid-19 : l'Inde fera tout ce qu'elle peut "pour le bien général de l'humanité"

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Covid-19 : l'Inde fera tout ce qu'elle peut "pour le bien général de l'humanité"

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Des professionnels de santé en observation après l'injection d'une première dose de Covaxin, la vaccin anti-Covid-19 100% indien. Une vaste campagne a été lancée le 16 janvier.
Des professionnels de santé en observation après l'injection d'une première dose de Covaxin, la vaccin anti-Covid-19 100% indien. Une vaste campagne a été lancée le 16 janvier.
© AFP - Vishal Bhatnagar / NurPhoto

Entretien. "La pharmacie du monde" vient de lancer pour ses 1 366 millions d'habitants une vaste campagne de vaccination contre le Covid-19. Une urgence, dans un pays qui enregistre encore plus de 13 000 nouveaux cas chaque jour. Ce qui n'empêchera pas l'Inde d'exporter son vaccin, assure son ambassadeur.

L’Inde, qui compte 1,3 milliard d’habitants, est le deuxième pays en termes de nombre de cas de Covid-19, après les États-Unis. On y a dénombré depuis le début de la crise sanitaire mondiale plus de 10 millions de personnes infectées. Depuis un pic à près de 90 000 nouveaux cas quotidiens mi-septembre, la contagion a perdu en intensité.

Mais pour tenter d’enrayer une épidémie toujours active, la "pharmacie du monde" – c’est le surnom de l’Inde, qui produit 20 % de tous les médicaments non brevetés, et exporte ses premiers vaccins anti-Covid-19 – a lancé le 16 janvier dernier une gigantesque campagne de vaccination

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Un défi logistique de taille pour ce pays-continent, 7e au monde par la taille, explique Jawed Ashraf, ambassadeur d’Inde en France.

La contamination au coronavirus a atteint des records cet automne en Inde. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Depuis le pic atteint à la mi-septembre – nous avions près de 90 000 cas par jour, les chiffres descendent régulièrement. À ce jour, nous comptabilisons 13 000 à 15 000 nouveaux cas par jour. Mais nous demeurons, bien sûr, très vigilants à l'égard des nouvelles souches du virus, en particulier de la variante britannique. Et nous prenons toutes les mesures sanitaires possibles, le port du masque, notamment, autant que possible. Ce qui est encourageant, c'est que nous assistons à une réduction significative de la demande de lits d'hôpitaux en lien avec le Covid-19.  

La campagne de vaccination a démarré le 16 janvier en Inde. Comment s’organise-t-elle ?

Nous préparons cette opération depuis très longtemps. Nous avons déjà vacciné 790 000 personnes. Mais nous essayons gagner en rapidité et en souplesse. Lors de cette première phase, nous avons l'intention de vacciner 13 millions de personnes. Et d'ici à juillet, nous espérons atteindre 300 millions de vaccinations.

La campagne a été organisée dans 20 États et territoires [sur 28, ndlr]. Nous avons une infrastructure en place pour la faire fonctionner : une chaîne du froid, notamment, constituée de 29 000 relais, 45 000 réfrigérateurs, 41 000 congélateurs, pour le stockage de base. 

Il y a pourtant une certaine méfiance qui s’exprime à l’égard du Covaxin, ce vaccin indien qui a été mis sur le marché avant la fin des essais cliniques de Phase 3. Que fait le gouvernement indien pour rassurer la population ?

Nous avons communiqué sur les médias sociaux, à la télévision, via les communautés locales dans les villages. Nous avons fait appel à des médecins, à des experts, pour expliquer les facteurs de risque : quels sont les problèmes d'innocuité, à quoi nous pouvons nous attendre avec ce vaccin, ce que les vaccins vont faire et ce qu'ils ne feront pas, en quoi le gouvernement a confiance. Il y a eu beaucoup de programmes de sensibilisation.

Mais il y a toujours des gens qui diront que les vaccins sont dangereux – c'est un phénomène mondial. Regardez la France, où les vaccins ne sont apparemment pas très bien accueillis…

Par ailleurs, nous utilisons deux vaccins en Inde. Le Covaxin, fabriqué et développé par la firme indienne Bharat Bioetch, et le Covishield,  développé par AstraZeneca et produit par Serum Institute of India.

L’Inde est surnommée "la pharmacie du monde". Quand comptez-vous exporter vos vaccins contre le nouveau coronavirus dans les pays frappés par l’épidémie ?

Un quart de la production mondiale de vaccins a effectivement lieu en Inde. Nous sommes les seuls à les rendre abordables et fiables.

Nous avons déjà commencé à exporter des vaccins, même si nous prenons soin de notre vaste population d'1,3 milliard de personnes. Nous ferons tout ce que nous pouvons pour le bien général de l'humanité et pour relever ce défi sanitaire.

Nous avons envoyé une cargaison au Brésil, qui nous demandait une expédition immédiate. Nous avons aussi expédié aujourd’hui des vaccins aux Maldives et au Bhoutan. Nous allons bientôt approvisionner le Népal, le Bangladesh, le Sri Lanka, les Seychelles, l’île Maurice et tous nos voisins qui nous ont sollicités. Et nous continuerons à travailler dans le même esprit avec les médicaments essentiels dans les premiers stades de l’épidémie. 

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Et au-delà de ceux qui vous ont sollicités ? 

Nous commencerons à travailler avec d'autres pays, bien sûr, avec l'Afrique, avec l'Amérique latine, avec l'Asie du Sud-Est. Pour nous, c'est une prolongation naturelle de ce que nous faisons depuis des années. Nous avons fourni des médicaments à 150 pays dans le monde, dont certains n’ont pas les moyens de les acheter.

Et nous travaillerons aussi avec nos amis en Europe. Nous sommes en discussion avec des pays comme la France – l’un de nos plus grands partenaires stratégiques, un ami proche – sur ce que nous pouvons faire dans un contexte multilatéral. Cela fait partie des discussions entre le Premier ministre Modi et le président Macron.

Il y a entre nos deux pays un accord d'entraide et de soutien : les Français nous ont donné des ventilateurs en juillet. Nous travaillons ensemble et nous allons continuer pour aller de l'avant si nous en avons besoin.  

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