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Covid-19 : le traitement des médias jugé à la fois utile et anxiogène

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Le fact-checking, le travail de vérification par les journalistes des informations qui circulent sur la pandémie, est une des attentes prioritaires des Français.
Le fact-checking, le travail de vérification par les journalistes des informations qui circulent sur la pandémie, est une des attentes prioritaires des Français.
© Getty - Sorbetto

La 13e édition des Assises du journalisme est consacrée à "l'information aux temps COVID". Selon une récente étude, les Français, toujours méfiants vis-à-vis des médias et notamment dans le traitement jugé anxiogène de la pandémie, sont dans le même temps convaincus de leur utilité.

Un Français sur deux considère que le traitement de la pandémie est anxiogène, selon l'étude de Viavoice pour les Assises internationales du journalisme, en partenariat avec Radio France, France Télévisions, France Médias Monde et le Journal du Dimanche. Une étude réalisée en ligne du 4 au 8 septembre, auprès d'un échantillon représentatif de 18 ans et plus. 

60% des personnes interrogées y estiment que la place accordée à la crise sanitaire est trop importante.

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43% jugent que les médias ont alimenté le peur du virus et un tiers qu'il ont utilisé cette peur pour faire de l'audience.

Et pourtant, dans cette même étude, une grande majorité, 67% des Français interrogés, reconnaissent que l'information leur a été utile, pour leur vie quotidienne

Les points de vue sur le travail des journalistes sont donc très contrastés, à l'image du baromètre de confiance dans les médias qui montre depuis sa création en 1987 qu'invariablement la moitié du public n'a pas confiance dans les médias, pour plusieurs raisons : manque de fiabilité, manque de respect des personnes, médias jugés trop proches des pouvoirs...

Le fact-checking, le travail de vérification des informations, le journalisme de solution et la parole donnée au public, pendant la crise, ont été à ce titre particulièrement bien accueillis. 

Et un clivage générationnel, sur les réseaux sociaux, est une fois de plus mis en évidence.  

Entretien avec le sociologue Jean-Marie Charon, spécialiste des médias et du journalisme.

Anxiogène, excessive ou catastrophiste pour une majorité de Français, l'information sur la pandémie est, dans l'étude Viavoice, jugée aussi utile, rigoureuse, pédagogique par plus de la moitié des personnes interrogées.
Anxiogène, excessive ou catastrophiste pour une majorité de Français, l'information sur la pandémie est, dans l'étude Viavoice, jugée aussi utile, rigoureuse, pédagogique par plus de la moitié des personnes interrogées.
- Viavoice

Covid-19 :  beaucoup trop traité et de manière anxiogène par les médias ?

Selon l'étude de Viavoice, l'information sur la pandémie est traitée de manière générale par les journalistes et les médias de façon anxiogène par la moitié des Français, excessive par 45% d'entre eux, catastrophiste par près d'un tiers. 

Cette critique forte en apparence du travail des journalistes est à nuancer estime Jean-Marie Charon : 

Il est très compliqué de savoir s'il est question vraiment du travail des journalistes ou s'il est question d'une manière plus générale du fait d'être confronté à cette pandémie. 60% des personnes disent qu'on en parle trop, mais que veut dire ce résultat ? Est-ce que ce sont vraiment les médias qui sont en cause ? Ou est-ce que c'est cette situation qui est insupportable pour les personnes ? Il y a sans doute eu des problèmes dans les traitements, peut-être des informations trop anxiogènes, mais j'ai tendance à penser - c'est souvent le cas en matière de réflexion sur les médias - que chacun d'entre nous impute aux médias un certain nombre de phénomènes plus généraux auxquels nous sommes confrontés. Et là, typiquement, cette question de la pandémie, on va reprocher aux médias de l'avoir trop traitée, de l'avoir traitée sur un mode anxiogène. Mais en fait, on nous parle plutôt de la pandémie et de l'inconfort qu'elle pose. Et peut-être aussi qu'on nous parle de la manière dont les pouvoirs publics ont eux-mêmes créé un climat assez anxiogène...

A une large majorité, les Français considèrent que la place accordée à la pandémie dans les médias est trop importante.
A une large majorité, les Français considèrent que la place accordée à la pandémie dans les médias est trop importante.
- Viavoice

Covid-19 : fact-checking, journalisme de solution et participation du public plébiscités

Le travail de vérification des informations publiées et diffusées, le travail de fact-checking, depuis le début de la crise sanitaire est jugé nécessaire, utile ou pas assez important, par 78% des personnes interrogées. 

Et 45% d'entre elles le pose comme une attente prioritaire, dans les mois qui viennent. 

Il faut dire que de très nombreux avis, points de vue et faits pas forcément avérés circulent sur les réseaux sociaux, selon le sociologue Jean-Marie Charon : 

Les médias se voient finalement confier la mission de dire si une information est vraie ou non, ou de la compléter, de donner des éléments de compréhension. Or, ce développement au cours des dernières années en matière de traitement de l'information faisait parfois débat, y compris au sein des Rédactions, puisque la vérification des informations a toujours fait partie du travail des journalistes. Et puis de l'extérieur, on trouvait ça normal que les journalistes vérifient... Mais ce n'est plus simplement cela. Le fact-checking, c'est un travail d'enrichissement et surtout de reprise d'un certain nombre d'éléments qui circulent sur les réseaux sociaux pour les journalistes qui se donnent le rôle de faire ce travail de vérification.

Autre attente importante des Français : obtenir des informations constructives qui proposent des solutions pour se protéger de la maladie. Cette attente est jugée prioritaire par un peu plus de la moitié, 51% des personnes interrogées. 

Et pour Jean-Marie Charon : 

Ce qu'on appelle aujourd'hui le journalisme de solutions, lancé il y a une quinzaine d'années par Reporters d'Espoirs, fait débat lui aussi. Des journalistes affirment que les médias ne sont pas forcément là pour donner les bonnes nouvelles. Mais ce chiffre important, 51%, semble donner du crédit à cette pratique sur laquelle les Rédactions continuent de s'interroger.

Et la question de la parole donnée au public par les médias pendant la crise sanitaire est aussi une composante très importante de l'étude Viavoice pour le sociologue :

La démarche est jugée nécessaire à 37%, intéressante à 19% et insuffisante à 11%, soit un total de 67%. Cette composante du participatif dans l'évolution du traitement de l'information, comme le fact-checking et le journalisme de solution, serait aujourd'hui plutôt validée. Mais il est difficile de faire des conclusions. Tous les médias n'ont pas traité la pandémie de la même manière et tous les publics ne réagissent pas de la même manière, dans cette évolution.

A la reconnaissance de l'utilité du journalisme s'ajoute une très grande exigence. Jean-Marie Charon estime que le public ne tolère plus le manque de précisions, le flou, les contresens quand il a vraiment besoin d'une information :

Face à la pandémie qui n'était pas intellectuellement maîtrisée, dans cette situation inédite de forte incertitude, les Français ont vu des autorités se contredisant et les fameux savants, synonymes de connaissances, qui n'étaient pas d'accord entre eux ou qui ne disaient pas la même chose d'une semaine à l'autre. Le grand public a été confronté à la science en train de se faire et pas à la science que l'on raconte une fois qu'elle a donné des résultats !

Selon l'étude réalisée par Viavoice, le journalisme de solution et le fact-checking sont plus attendus par le grand public que leur propre participation, dans les médias, au sujet de la crise sanitaire.
Selon l'étude réalisée par Viavoice, le journalisme de solution et le fact-checking sont plus attendus par le grand public que leur propre participation, dans les médias, au sujet de la crise sanitaire.
- Viavoice

Covid-19 : un clivage générationnel sur les réseaux sociaux

Au cœur de la crise sanitaire, les Français ont très majoritairement fait confiance à l'information qu'ils ont trouvée par eux-mêmes dans les médias, 77% contre 69% au mois de mars, plutôt qu'à celle relayée par leur entourage, selon l'étude de Viavoice réalisée pour les Assises internationales du journalisme de Tours. 

Et alors que les tranches les plus âgées de la population, 36% des 65 ans et plus, estiment contradictoire l'information circulant sur les réseaux sociaux avec celle proposée par les grands médias, les plus jeunes, les 18-24 ans à 43%, la jugent complémentaire. 

Cela confirme d'autres pratiques et un autre rapport à l'information, explique Jean-Marie Charon :

Les jeunes ont de plus en plus tendance à arriver en contact avec les médias dans un second temps. Leur premier rapport à l'information, aux faits, aux idées a lieu davantage sur les plateformes ou moteurs de recherche qui vont les mener aux médias. Et ils vont le faire sans arrêt, dans une forme de va-et-vient et de mise en perspective, de comparaison entre ce que disent les médias et d'autres informateurs, sur les réseaux sociaux notamment : des experts, mais aussi des groupes de pression, voire des complotistes. Il y a quelques années, une étude Médiamétrie montrait déjà qu'environ 70%, qu'une grande majorité des 18-24 ans, sur leur moyen d'information répondaient : les réseaux sociaux !