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Cuba : de l'exil à la diaspora

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Cubains de Miami le 26 novembre 2016. Les 2/3 des exilés Cubains vivent aux Etats-Unis, essentiellement en Floride
Cubains de Miami le 26 novembre 2016. Les 2/3 des exilés Cubains vivent aux Etats-Unis, essentiellement en Floride
© AFP - Rhona Wise

CARTE. Plus de 12% des Cubains vivent hors de l'île, dont plus des 2/3 aux États-Unis, après plusieurs vagues de départs depuis 1959. Avec le renouvellement des générations, ces exilés se détachent de la politique et n'envisagent plus un retour durable dans leur pays.

A quelques heures des funérailles de Fidel Castro ce dimanche à Santiago de Cuba, dans l'est du pays, voici comment Cuba s'est développé à l'étranger depuis la prise du pouvoir par le "lider maximo".

Depuis 1959, plus d'un million de Cubains ont quitté le pays

Sociologue, Vincent Bloch suit de près les mouvements migratoires de l'île. Ce chercheur à l'EHESS raconte comment la situation a évolué ces dernières années.

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Répartition des migrants cubains dans le monde
Répartition des migrants cubains dans le monde
© Radio France - Antoine Guerrier

En décembre 1961, la loi parlait des couches de la population qui quittaient l'île "avec un dédain impardonnable" et à qui l'on confisquait tous leurs biens. A l'époque, dans les cinq premières années après 1959 et la chute du régime Batista, environ 220 000 Cubains sont partis.

A lire : Histoires castristes

Puis, 360 000 ont fui entre 1965 et 1973, avant que les conditions dans les années 70 ne restreignent énormément les départs (seulement 30 000). 1980 est ensuite marquée par l'exode de Mariel, soit près de 140 000 Cubains expulsés, considérés comme contre-révolutionnaires. Ils seront encore 100 000 pendant les années 80, avant la célèbre crise des balseros. En 1994, après des émeutes à La Havane, quantité de personnes se jettent ainsi à la mer sur des embarcations de fortune et 50 000 "boat people" réussissent à rejoindre la Floride. Des balseros encore dans l'actualité ces derniers mois, comme le montrent ces images d'avril dernier :

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Vincent Bloch conclut en précisant que "dans les vingt dernières années, ce sont plus de 600 000 Cubains qui ont quitté l'île." Et ajoute que

"Graduellement, l'émigration est devenue un processus en voie de normalisation. On est passé de l'exil à la diaspora. D'abord en 1984, il y a eu le permis de résidence à l'étranger, notamment pour les citoyens cubains mariés à des ressortissants étrangers. En 1994, après la crise des balseros, il y a eu des accords entre Cuba et les États-Unis et la durée du permis de résidence à l'étranger est passé à 11 mois. La réforme de 2012 a encore accéléré les choses puisque le permis de sortie du territoire a été supprimé et remplacé par la délivrance d'un passeport soumis quand même à certaines conditions (militaires et professionnels de santé exclus)."

"Les exilés politiques, les anciens prisonniers politiques, quelque part ont perdu.Et les nouvelles générations mettent en retrait le thème politique"

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Répartition des migrants cubains aux Etats-Unis
Répartition des migrants cubains aux Etats-Unis
© Radio France - Antoine Guerrier

A écouter : Cuba Libre (2/5) : « Miami Para Mi » - La Floride, porte d'entrée des Cubains aux États-Unis

La Floride : Eldorado de la diaspora cubaine

Les exilés cubains sont près d'un million et demi à vivre à 150 kilomètres de leur terre d'origine ! Dans cet État "très latino" qui compte la plus forte proportion de citoyens non nés sur le territoire américain, les Cubains ont souvent la double nationalité et ils ne se soucient plus vraiment de politique avec le renouvellement des générations.

"Fini l'exil", brandit un Américano cubain dans une manifestation dans le quartier de Little Havana, à Miami, le 26 novembre, peu après l'annonce de la mort de Fidel Castro
"Fini l'exil", brandit un Américano cubain dans une manifestation dans le quartier de Little Havana, à Miami, le 26 novembre, peu après l'annonce de la mort de Fidel Castro
© AFP - Gaston De Cardenas

Les relations économiques, familiales et culturelles préoccupent avant tout ceux qui s’inquiètent aussi des décisions à venir de Donald Trump. Le nouveau président élu vient en effet de menacer de mettre fin sans contreparties au rapprochement historique avec Cuba. Ce succès de l'administration Obama qui a notamment permis depuis juillet 2015 au drapeau américain de flotter de nouveau sur l'île (et réciproquement). Ces Américano cubains vont donc devoir attendre avant un retour durable explique Vincent Bloch :

"On peut revenir beaucoup plus facilement, mais pour des séjours d'agrément. Et l'insécurité juridique et économique restent trop grandes."

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A écouter : Actualité de l'histoire : États-Unis : 60 ans d’histoire ?

A lire : Cuba : les illusions de la contagion démocratique. Par Vincent Bloch

« ¿Bienvenidos a Miami? » La politique cubaine américaine de 1959 à 2004. Par Michel Lafleur. Revue européenne des migrations internationales