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Cultivons la paix ! - Les Mardis des Bernardins

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Centenaire de la Grande Guerre, soixantenaire de la guerre d’Algérie, conflits multiples au Proche-Orient, en Afrique… La guerre semble omniprésente dans la vie des hommes sur Terre. Comment chacun peut-il faire avancer le monde vers la paix ?

Réunis au Collège des Bernardins, à la table de ses Mardis, trois intervenants au passé aussi riche que différent ont choisi de voir la moitié pleine du verre. A en écouter nos invités, la paix est le produit d’un mélange complexe entre paix intérieure, harmonie et diversité, justice et amitié, respect et connaissance de l’autre.

L'homme est-il un loup pour l'homme ?

L’homme n’est-il pas un loup pour l’homme ? Avant de savoir comment faire la paix, encore faudrait-il la rechercher... Or ne sommes-nous pas tentés, primairement, de dévorer notre prochain, les idées ou identités qu’il représente ?

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Reza, photojournaliste, a ouvert le débat en rappelant la vision qu'avait Rousseau de l'homme : ce dernier naît bon, et c'est la politique qui le corrompt. Pour Samuel Grzybowski, président de Coexister, l’association interreligieuse des jeunes, la haine et la guerre sont originellement présentes dans le cœur de l’homme au même titre que l’amitié et la paix. C’est ensuite à chacun de choisir sa voie. Enfin, le Pr. Jean-Jacques Rein, chef du service de cardiologie pédiatrique à l’hôpital Hadassah de Jérusalem, citait la Genèse pour évoquer les mauvaises pulsions qui animent initialement l’homme. Face à ce caractère inné, l’éducation est un combat qui doit l’amener à rechercher la paix. Dans la Bible, la paix est en effet une bénédiction de Dieu.

"Poursuis la paix, recherche-la" (Ps. 34)

Beaucoup de gens ne poursuivent en réalité pas la paix mais la guerre, en entretenant des hostilités sur divers terrains. Ils trouvent face à eux une masse silencieuse qui tombe par défaut dans leur jeu. C’est ce que disait Martin Luther King : *« pour que le mal triomphe, il suffit que les personnes au grand cœur restent sans rien faire * ». Ainsi, la marche vers la paix nécessite une tension de la volonté, de même qu'un engagement actif.

C’est ainsi que Samuel Grzybowski disait concevoir son engagement. C’est, à son sens, l’une des vertus des religions que de confronter l’homme en permanence à des choix dans lesquels il exprime sa véritable humanité. L’expérience de la guerre et du mal, dans toutes ses difficultés, a le mérite de placer l’homme face à sa liberté suprême. L'étudiant en droit évoquait, peut-être involontairement, la houleuse sentence de Sartre : « jamais nous n’avons été si libres que sous l’Occupation ».

Reza, quant à lui, expliquait paradoxalement tirer de ses expériences de la guerre, de la misère, de l’injustice et de la torture sa conviction la plus profonde : « il n’y a pas d’autre chemin que la paix pour l’humanité ».

Le Pr. Rein a, ensuite, tenu à déplacer le curseur quant aux acteurs de la paix. S’en remettre aux Etats pour faire la paix est une erreur ce sont d’abord les populations qui font la paix, créant ainsi des microclimats dans un environnement parfois trouble. En effet, la guerre n’empêche pas la coexistence active des personnes. La vie au Proche-Orient et le quotidien de son service de cardiologie pédiatrique illustrent qu’au-delà du conflit, les populations vivent en symbiose, qu’elles le veuillent ou non. La médecine est ainsi pour lui une arme de paix sans pareil : de même que la maladie touche sans distinction, le Pr. Rein opère les enfants, quelle que soit leur origine ou leur religion, avec des médecins israéliens ou palestiniens. En sauvant une vie, les médecins répandent un message de paix autour de cet enfant : dans sa famille, chez ses voisins, voire dans sa ville. Chaque opération chirurgicale montre puissamment comment le respect fondamental de la dignité humaine peut aider à connaître et comprendre l’autre.