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Culture, écologie, évolution des idées et de la politique : Emmanuel Macron nous répond

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Emmanuel Macron vendredi 15 avril 2022 dans un de nos studios.
Emmanuel Macron vendredi 15 avril 2022 dans un de nos studios.
© Radio France - Christophe Abramowitz

À mi-parcours avant le second tour, le président-candidat a pris le temps, dans "Les Matins", de réflexions moins liées à l'actualité de la campagne. Sur les transformations de la société ou ses ambitions pour la culture. Même s'il n'a pas manqué d'épingler Marine Le Pen, qui "se planque du peuple".

Invité par France Culture, tout comme Marine Le Pen, le président de la République candidat à sa réélection a répondu aux questions de Guillaume Erner pour Les Matins. Un entretien enregistré vendredi dernier en fin de matinée dans un de nos studios dont voici les propos saillants.

"Une forme de tyrannie de l’événement est revenue"

Le chef de l’État qui n'aurait pas une avance aussi confortable qu'en 2017 selon les sondages a d'abord voulu recontextualiser la campagne présidentielle et ces dernières années. Covid, dérèglement climatique, retour de la guerre en Europe… "Nous nous sommes redécouverts vulnérables à tous égards et nous avons vécu l'impensable. Nous vivons un temps qui est profondément bouleversé, où il y a une forme de tyrannie de l'événement qui est revenue" souligne Emmanuel Macron. Appréhender les récents bouleversements sanitaires, économiques, géopolitiques, climatiques et les inégalités et tensions qui en découlent est selon lui impératif pour “comprendre l'état de la société d'un point de vue politique”.

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Le candidat à un second mandat relève nos angoisses, nos fatigues, nos inquiétudes, nos peurs, et fait valoir son "quoi qu'il en coûte". De rappeler aussi que nos sociétés “ont été bousculées, meurtries par le terrorisme, avec des traumatismes profonds et j'ajouterais dans les grandes transformations, les grandes transitions, les grands bouleversements également, la transformation anthropologique qui va avec les changements d'usage et la montée du numérique”.

Une "diffraction de la question politique" et de nouvelles radicalités

Sans vouloir porter de jugement, Emmanuel Macron décrit “un rapport au politique qui se structure de manière de plus en plus émotionnelle”. Il évoque de nouveaux engagements et des causes, des pétitions qui se multiplient, et des Français qui se détournent “de la question citoyenne dans sa complétude, qui est le rapport au vote, aux partis politiques, même aux syndicats, des façons d'intermédier le rapport avec la vie de la cité dans tout ce qu'elle a de complet”. Avec des réseaux sociaux qui “contribuent à cette diffraction de la question politique et des grands débats”, en réaction à “des phrases décontextualisées”.

D’après celui qui avait lancé le grand débat national suite aux “gilets jaunes”, ces évolutions sans place aux compromis engendrent “un rapport à la radicalité et à la pureté en politique qui rend extrêmement difficile la maïeutique immanquable qu'il y a dans la construction de toutes les démocraties représentatives”.

Le président-candidat illustre son propos avec les récents résultats du premier tour : "Les trois quarts des électeurs qui se sont exprimés, ce qui est quand même assez fort, se sont exprimés pour trois projets : un projet d'extrême droite, ce qui est une radicalité; un projet d'extrême gauche avec Jean-Luc Mélenchon qui assume une radicalité politique dans les éléments, en particulier liés au capitalisme et au rapport même à l'économie de marché; et ce que je qualifierais comme un projet d'extrême centre si on veut qualifier le mien dans le champ central". D’où, selon le président-candidat, une responsabilité des intellectuels et des politiques “à reconsidérer notre démocratie par rapport à cette relation à la radicalité", à “cette volonté de pureté”. Et pour l'avenir, "Il faut réussir à ce que nos compatriotes soient associés eux-mêmes à l'action, surtout quand ils en sont les dépositaires. C'est ça ce que je veux réussir à faire, ce qui est un changement profond. C'est une réforme de l'État autant que des institutions".

Un président-candidat face à Marine Le Pen qui "se planque du peuple"

Le choc entre le bloc élitaire et le bloc populaire beaucoup évoqué ces derniers jours, et issu de la réflexion du sondeur et analyste Jérôme Sainte-Marie, est en grande partie rejeté par Emmanuel Macron : “C’est largement à débattre”. Il rappelle ne pas être “fils d’archevêque” et relever de “la méritocratie républicaine” grâce à sa grand-mère enseignante et à sa réussite aux concours. Celui qui reconnaît avoir souvent eu “des phrases très maladroites” affirme être toujours allé au contact, y compris avec des gens qui ne pensaient pas comme lui. Et d’asséner que, pendant cette campagne, “la candidate d'extrême droite se planque du peuple”. En écho aux accusations qui lui ont souvent été faites, celui qui a changé de slogan à moins de quinze jours du premier tour ("Nous tous" au lieu de "Avec vous") réplique que “le vrai mépris est de se protéger du peuple, de ne jamais y aller”. Mardi, la représentante du Rassemblement national avait presque la même phrase à son encontre : "Je compte consulter le seul expert qu’Emmanuel Macron n’a jamais consulté : le peuple", clamait-elle en conférence de presse à Vernon (Eure), affirmant par ailleurs que le Président sortant est "resté totalement inactif" sur les questions démocratiques et assumant de choisir les journalistes qui la suivent.

Il marque par ailleurs solennellement son opposition à son adversaire à propos de changements constitutionnels : "L'implicite de la démarche de Mme Le Pen est qu'au fond, une fois élue, elle considère qu'elle est supérieure à la Constitution puisqu'elle peut ne pas la respecter pour en changer les règles. C'est une rupture, et c'est grave. Et c'est une opposition là, fondamentale. De la même manière, quand elle se dit prête à soumettre un référendum pour revenir sur la peine de mort, ce n'est pas conforme à la Constitution et c'est une régression profonde sur, à mes yeux, ce qui est un acquis de la Constitution de la Ve République." Sauf que Marine Le Pen venait juste de revenir sur ce dernier point sur BFMTV, disant finalement ce "référendum sur la peine de mort impossible" et rappelant son opposition à rétablir la peine capitale.

"Je me suis sans doute le plus transformé intellectuellement sur le rapport à l’écologie"

Emmanuel Macron dit essayer de lire, de suivre les débats intellectuels de société, sur le genre notamment. Mais le chef de l’État en campagne, critiqué par l’opposition pour son manque d’action en la matière, confie que “le rapport à la nature, la pensée de l'écologie” sont “une des choses sur lesquelles je me suis sans doute le plus transformé intellectuellement”.

Celui dont le ministre emblématique, Nicolas Hulot, a claqué la porte reconnaît ne pas avoir suffisamment pensé ce domaine et ne pas être "au bout du chemin" mais il explique avoir beaucoup lu et réfléchi à la compatibilité de cette pensée avec notre pays et "notre aventure européenne". "Vous noterez, souligne-t-il à propos de Notre-Dame-des-Landes, que je suis le premier des présidents à avoir acté qu'on ne ferait pas le projet d'aéroport." Pas un mot en revanche des alertes répétées du Giec ni des manifestations de jeunes à ce sujet. Ce samedi, à Marseille, au lendemain de son enregistrement sur nos ondes, son discours a mentionné 43 fois l'écologie en une heure trente d'après le décompte de l'émission "Quotidien".

Culture : pas assez présente dans la campagne selon celui qui défend son bilan

Soutenu la semaine dernière par de très nombreux responsables culturels puis par 500 artistes contre l’extrême droite, Emmanuel Macron dit regretter la très faible part de la culture dans cette campagne. Quand certains dans son entourage regrettent eux la faible place qu'elle occupe dans son programme (que peu d'occurrences). Sur nos ondes, le président-candidat promeut avant tout son bilan. À commencer par sa politique de nominations, "en particulier de femmes qui, pour la première fois, des Beaux-Arts au Louvre ou ailleurs, ont occupé des fonctions éminentes et j'en suis fier”. Laurence des Cars fut en effet la première femme nommée à la tête du Louvre.

Autre fierté revendiquée : le soutien à la culture pendant la crise du Covid et notamment aux intermittents. Même s’il reconnaît “qu'il y a encore une fragilité et ça, je veux m'y atteler pour les plus petites compagnies”. Et il promet en tout cas de ne pas revenir sur le régime souvent contesté ces dernières années des intermittents : "Je ne veux pas changer un système que j'ai défendu et renforcé".

Il se garde d'évoquer la suppression de la redevance, dont il partage l'idée avec Marine Le Pen. Même si elle souhaite privatiser l'audiovisuel public quand lui s'est engagé à garantir son budget.

Passage en revue des programmes culturels d'Emmanuel Macron et de Marine Le Pen par Eric Chaverou.

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Le soutien aux créateurs et aux auteurs devrait aussi se poursuivre, après "des victoires politiques inédites pour le droit d'auteur et les droits voisins”, et quand “la transformation des usages menace aujourd’hui les créateurs”. Emmanuel Macron s’enthousiasme pour sa politique de commandes publiques auprès de jeunes artistes via “Mondes nouveaux”, à poursuivre et "pérenniser".

Après avoir vanté sa politique pour le patrimoine par le biais de Stéphane Bern ou du Loto du patrimoine, il insiste sur le “levier extrêmement important” de l’accès à la culture. Cet accès a selon lui été renforcé à l’école et grâce au Pass culture. Le président-candidat se souvient de son annonce sur nos ondes, admet des incompréhensions sur ce qui été annoncé comme “gadget” et concède un mauvais départ. Mais il se réjouit désormais d’”un immense succès” qu’il veut “remonter au collège”. "Je crois que c'est un projet de société" n'hésite pas à affirmer Emmanuel Macron. Car pour boucler la boucle, "la question culturelle est un ciment. L'Éducation, la culture sont des réponses à cette espèce de diffraction de la question politique".

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Quant aux moyens, "le quoi qu'il en coûte culturel est une réalité. Il a été là." se félicite le président-candidat, qui promet de ne pas réduire l'investissement pour la culture. Même s'il précise que l'"on doit se mettre en capacité de réinventer une certaine partie de nos pratiques de création comme d'usage" et qu'un nouveau système de financement est nécessaire en mettant à contribution les grands diffuseurs en faveur de notre exception culturelle. Sans oublier, comme l'annonce son nouveau projet, de "bâtir un métavers européen et français parce que ce sera un formidable levier de création et de diffusion".

Enfin, Emmanuel Macron vante la source d'inspiration que fut pendant son mandat la lecture de Bruno Latour et surtout de Peter Sloterdijk, "parce que je trouve qu'il a une réflexion toujours historique et aux bornes, pour sa pensée en particulier sur la question européenne, sur notre histoire, sur la modernité".

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"Après, ceux qui m'aident à vivre, ce sont des poètes. Donc, je lis de la poésie tous les jours et de Cendrars à Apollinaire en passant par René Char, qui est mon plus grand compagnon, ce sont eux qui m'aident à vivre. Parce que ce sont ceux qui vraiment vous libèrent le plus de, parfois, justement, cette violence de la tyrannie du quotidien, et qui, soit pour les uns vous donnent ce visage de la mort, soit vous donnent cette espèce d'intimité absolue avec ce que vous avez à être. Donc heureusement qu'il y a la poésie pour vivre." confie celui qui a écrit un roman jamais publié sur le conquistador espagnol Hernán Cortés.

Avec la complicité de Rosalie Lafarge

Retrouvez l'intégralité de son entretien en vidéo