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Culture en ligne : la MuseumWeek encourage à une meilleure accessibilité pour les aveugles et malvoyants

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La manifestation culturelle invite les établissements culturels comme tout un chacun à utiliser le champ de description, de texte, ALT sur les réseaux sociaux.
La manifestation culturelle invite les établissements culturels comme tout un chacun à utiliser le champ de description, de texte, ALT sur les réseaux sociaux.

La neuvième semaine des musées s'achève et promet de poursuivre son initiative pour les personnes aveugles et malvoyantes. La MuseumWeek a pour la première fois mis en avant ce thème inclusif déterminant et son coordinateur Benjamin Benita s'engage à maintenir cette mobilisation à l'avenir.

En France, malgré une loi de 2005, seulement 3 à 4% des sites sont réellement accessibles pour les personnes aveugles ou malvoyantes. La culture n'y échappe pas, malgré pourtant les investissements très importants réalisés pendant les confinements. Ce constat dramatique a été établi par un responsable de l'association Valentin Haüy qui a récemment publié un plaidoyer à ce sujet.

La MuseumWeek s'est aussi emparée de ce sujet de société pour sa 9e édition. En partenariat avec Twitter, elle a mis en avant le champ ALT et dès son premier jour un hashtag #accessibiliteMW. Cette manifestation mondiale en partenariat avec l'Unesco mobilise au moins 6 000 institutions culturelles : des musées, mais aussi des galeries, des bibliothèques, des centres d'archives, de science, de musique, sans oublier désormais des artistes eux-mêmes et des créateurs digitaux.

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Entretien avec Benjamin Benita, président de l'association Culture for Causes Network (CFCN), qui pilote et coordonne la MuseumWeek depuis la France.

Pour la première fois cette année, vous mettez en avant l'accessibilité aux contenus culturels numériques. Pourquoi et pourquoi si tard ?

Cette thématique de l'accessibilité s'est inscrite dans le cadre de la première journée de la Museum Week, dédiée à l'innovation pour la culture et l'impact social. C'est vrai que c'est peut-être regrettable de placer l'accessibilité sous le chapeau de l'innovation. Pourtant, dans le monde, vraiment peu de choses sont faites pour que les contenus culturels soient rendus accessibles. Et en France, une loi de février 2005 impose aux institutions culturelles cette accessibilité.

Trop peu de contenus sont aujourd'hui accessibles et donc il s'agissait d'agiter un drapeau en disant faisons plus. Ne nous contentons pas de ce qui est déjà fait. Le numérique prend une place de plus en plus important et cela ne s'arrêtera pas là, nous devons faire plus.

Comment améliorer concrètement cette accessibilité ?

C'est passé symboliquement lundi par le hashtag #accessibiliteMW. Cela correspond à une invitation pour des musées comme la Cité des sciences, le Palais de la découverte et d'autres à remplir le champ ALT, pour alternatif, qui permet aux personnes qui ne peuvent pas afficher une image d'en deviner le contenu si elles pouvaient le voir sur Twitter. C'est une opération symbolique pour encourager à faire plus. Cela veut dire au-delà systématiquement, ou peut-être beaucoup plus souvent, remplir ce champ sur Twitter et inciter le public à adopter cette technique. Cela permet à des personnes qui ont le droit d'en profiter de voir le contenu que vous avez posté et d'élargir votre audience.

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Nous voulons aussi encourager les musées à rendre accessible leurs sites internet. Il s'y trouve des balises pour les images à remplir. Il existe des normes d'accessibilité à mettre en œuvre pour que les personnes non-voyantes ou malvoyantes bénéficient, notamment, des informations pratiques qui leur sont réservées. Des normes qui relèvent du langage informatique permettent de coder les pages et de faire en sorte qu'elles puissent être lues par des dispositifs adaptés.

Que vous en disent les musées ?

Ce n'est pas un problème de coût au sens financier du terme. C'est un problème de coût en termes de temps parce que cela prend du temps. Et souvent les établissements souffrent d'un problème d'engorgement au niveau des réseaux sociaux. On constate que tout afflue vers les équipes chargées des réseaux sociaux, où tout est important finalement. Et c'est un cas où tout le monde a raison, parce qu'évidemment toutes les activités portées par l'établissement sont importantes. C'est un problème de bande passante en quelque sorte, pas un problème de volonté.

Et à l'étranger, où l'accessibilité est-elle la norme ou davantage développée pour les contenus culturels ?

Je ne sais pas si aux États-Unis et au Canada c'est vraiment la norme, mais j'ai constaté une pratique plus récurrente du point de vue de l'accessibilité numérique. Cela semble un peu plus ancré dans les pratiques, un peu plus une évidence. L'inclusivité y bat son plein plus facilement.

Mieux vaut tard que jamais, mais la Museum Week a été lancée en 2014 et c'est seulement la première fois que vous vous engagez sur cette l'accessibilité.

C'est vrai, c'est une première. Nous avons couvert beaucoup de thèmes, des thèmes qui étaient aussi importants. Pendant trois ans, on s'est occupé de la place des femmes dans la culture, hier, aujourd'hui, demain. Nous avons interrogé le rôle des artistes dans la société. L'an dernier, avec l'Unesco, nous nous sommes embarqués sur des sujets beaucoup plus vastes et importants : la tolérance, le vivre ensemble. Et effectivement, pour l'accessibilité, c'est une première mais il y a un engagement de notre part à le maintenir comme un thème récurrent.

Nous sommes une association loi 1901 donc nous n'avons pas de moyens, nous sommes bénévoles. Nous nous emparons parce que nous pensons qu'il faut envoyer un signal. Mais nous ne sommes pas dans le jugement moralisateur. Qui serions-nous pour pouvoir pointer du doigt qui que ce soit ? Nous servons des causes, des sujets de société qui nous semblent importants. Ce sujet-là, peut-être tardivement, nous apparaît important à signaler. Il nous faut construire des sociétés résilientes, inclusives et cela veut dire la nécessité d'impliquer tous les publics. Il y a un devoir moral, voire éthique, un devoir de société de rendre accessible, même au-delà de la culture, les contenus numériques présentés en ligne. Que voudrait dire bâtir, penser la société de demain sans les personnes malvoyantes ?

Au-delà de cette semaine, quel est donc votre objectif à ce propos ?

Nous allons essayer de faire davantage, d'organiser d'autres opérations de communication, de sensibilisation sur ce thème, ailleurs dans le monde, grâce à nos 25 ambassadeurs dans le monde et principalement en Amérique du Nord et en Amérique du Sud. Même si les choses sont avancées en Amérique du Nord, il reste encore beaucoup à faire et ce n'est finalement pas un rappel inutile.

Et en France, souhaitez-vous que cela soit pérennisé pour certains établissements ? Pour que cela ne soit pas simplement l'affaire d'une semaine.

Le mieux est l'ennemi du bien. Il faut déjà mettre en place des pratiques régulières. Si on rentre dans un systématisme, on se donne une mission qui rend parfois impossible les choses. En revanche, arriver à mesurer ce que l'on réalise déjà et se dire que l'année prochaine on se fixe comme objectif d'aller un peu plus loin en matière d'accessibilité, ça, cela me semble un objectif intéressant.

Benjamin Benita, coordinateur de la Museum Week, au siège de l'Unesco à Paris, le 10 juin 2022.
Benjamin Benita, coordinateur de la Museum Week, au siège de l'Unesco à Paris, le 10 juin 2022.
© Radio France - Eric Chaverou

Cette année, la semaine des musées aborde aussi notamment le thème délicat de la sexualité.

Oui et quand nous posons comme sujets la sexualité, l'environnement, la liberté, et que c'est une occasion de s'exprimer, nous jouons un rôle dans le social. La Museum Week est là pour exposer le plus grand nombre à la culture de manière générale, à l'art de manière générale, mais aussi à des sujets de société pour inviter à les repenser. Ce développement a eu lieu en 2016 avec le soutien de l'Unesco et de sa directrice de l'époque Irina Bokova à une opération lancée par Twitter mais élargie à d'autres plateformes.

Que serait un monde numérique sans art, sans culture ? Ce serait terrible. Si on prend le thème de la sexualité, voulons-nous vraiment un monde dans lequel les jeunes générations voient leur construction du monde fabriquée par une certaine industrie ? Sur ce thème, on aurait envie de voir des contenus produits par des peintres, par des historiens. C'est le cas cette semaine avec une historienne de l'art qui nous a parlé de l'histoire du nu.

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Comment organisez-vous cette semaine ? Comment déterminez-vous les hashtags, les thèmes ?

C'est un casse tête parce qu'il existe beaucoup de sujets importants à traiter. Les thèmes doivent être suffisamment vastes, polysémiques, pour qu'un centre de science, un centre de musique, une galerie, un artiste, puissent s'emparer du sujet et aient des choses à dire. Il faut que le thème ne pose pas forcément de problème dans certaines régions du monde. Je vous avoue que nous pouvons aborder la sexualité aujourd'hui, nous en sommes contents, mais cela n'a pas toujours été possible.

Nous avons un réseau de personnes dans le monde avec lesquelles nous discutons de ces sujets. Il n'y a pas de vote. La décision finale appartient à l'association mais nous échangeons en bonne intelligence. Le terme est-il bien adapté ? Le sujet fait-il sens ? Est-il suffisamment profond, important dans la société, pour l'investir ? On rajoute ensuite la composante dates et calendriers avec toutes les journées internationales, les événements organisés, et cela fait plusieurs mois de travail pour arriver à mettre en place ces mots dièse.

Et comment les citoyens reçoivent-ils la Museum Week ? Quel est son public ?

Nous avons récemment découvert grâce à des outils d'analyse informatique que nous sommes loin de l'entre soi. Les musées ne discutent pas entre eux. Pendant le confinement, nous avons réussi à réussi à réunir 60 000 personnes, soit plus du double de la dernière édition hors confinement. Et nous savons que ces personnes sont jeunes, à 80% elles ont moins de 34 ans et 30 % ont moins de 24 ans. Et c'est principalement un public établi dans l'hémisphère Nord, Europe, Amérique du Nord. Nous avons aussi pas mal de relais en Australie. En Afrique, c'est naissant depuis plusieurs années.

Et pour les musées, la Museum Week donne une occasion de plus de se parler en interne et d'échanger à l'occasion d'un événement qui a une portée médiatique. Aujourd'hui, c'est vrai que c'est un événement un peu moins unique puisqu'il y a beaucoup d'autres événements numériques. Mais cela reste un aiguillon, un rendez-vous pionnier qui a créé un élan. Cela a permis de montrer qu'un musée n'était pas qu'une relation avec des publics qui s'inscrivait dans l'espace et le temps, ouvert de tel jour à tel jour, à telle heure, et à tel endroit. Nous accompagnons cette mutation numérique. Au-delà de sa raison d'être pédagogique, un musée doit influer, jouer un rôle dans les communautés, dans la société, être inclusif, faire des choses pour les communautés qui en ont besoin. C'est aussi un espace de société. Ce rôle de société, il se prolonge sur les réseaux dématérialisés et je crois qu'il se prolongera aussi dans le Web 3.0.