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Culture : les propositions des candidats à la présidentielle 2017

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Le ministère de la Culture et de la Communication, rue de Valois, a été créé en 1959 par de Gaulle. Il reste l'un des symboles de la politique à la française
Le ministère de la Culture et de la Communication, rue de Valois, a été créé en 1959 par de Gaulle. Il reste l'un des symboles de la politique à la française
© Maxppp - Olivier Boitet / Le Parisien

Le sujet est très peu débattu. Mais les onze prétendants à l'Elysée ne manquent pas d'évoquer la culture dans leurs programmes. Voici l'essentiel de ce qu'ils annoncent : leurs mesures, comme les moyens de les financer.

Quelles sont les priorités des onze candidats à la présidentielle pour la culture ? Et avec quels financements ? Panorama détaillé, précédé du point de vue de Cécile de Kervasdoué, pour qui les véritables projets culturels manquent :

Quels clivages culturels chez les candidats ? Et quels projets ?

1 min

Nathalie Arthaud : "libérer la culture des mains des Drahi, Bouygues, Bolloré et autre Dassault"

Pour la candidate de Lutte Ouvrière, l'accès à la culture passe d'abord par la lutte contre le chômage, la pauvreté et le manque de moyens dans l'Education nationale. Pour permettre réellement à tous de se cultiver, "de payer sans compter une place de cinéma, d'aller voir un spectacle, un concert", et "l’éveil à la culture scientifique". Celle qui n'avance pas de budget défend "une culture de qualité pour les classes populaires" et se dit "opposée à toute forme de chauvinisme et de repli nationaliste. De même que nous nous opposons à l'individualisme, au mérite et la concurrence érigés en modèle." Il est question de la "libérer des mains des Drahi, Bouygues, Bolloré et autre Dassault" et d'"encourager toutes les initiatives en faveur de la culture, en développant les bibliothèques". Le sort des bibliothèques et la numérisation du patrimoine occupent d'ailleurs une large place dans la rubrique culture de son site.

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François Asselineau : obligation de diffuser des informations et œuvres représentant les points de vue d'autres civilisations

La culture apparaît en page 54 (sur 69) du programme du candidat de l'Union Populaire Républicaine. Cinq points brefs abordent le sujet. A commencer par la protection du patrimoine, avec "une augmentation substantielle des budgets alloués à la sauvegarde des monuments historiques classés et inscrits ainsi que des œuvres d’art monuments historiques classés et inscrits ainsi que des œuvres d’art françaises". Le chèque culture doit être amélioré pour mieux y accéder. Et le service public de l'audiovisuel doit être mobilisé pour promouvoir la culture, alors qu'"obligation sera faite aux grandes chaînes de télévision et stations de radio publiques (dont TF1 déprivatisée) de diffuser des informations et œuvres représentant les points de vue d'autres civilisations : cinéma japonais, chinois, indien, russe, égyptien, tunisien, sénégalais, brésilien, etc." Est aussi affirmé l'objectif de "faire de la francophonie une référence culturelle commune mondiale" et de "maintenir et approfondir l’exception culturelle française".

Jacques Cheminade : un budget à 2% du PIB

Bandeau du site de Jacques Cheminade
Bandeau du site de Jacques Cheminade

Il dit amener ce sujet en tête de son projet présidentiel, car "nous sommes soumis par des forces financières à une occupation culturelle." Pour ce domaine où "nous sommes en guerre", Jacques Cheminade est l'unique candidat donc à brandir un budget à 2 % du produit intérieur brut, proche de celui des armées aujourd’hui. Et de mettre en avant 5 pistes pour tenir son "pari sur l’émancipation de la jeunesse" : vers un art populaire et savant (avec notamment des brigades d’intervention artistiques ou des mercredis musicaux), un art et une science de proximité (avec des musées de l’imaginaire dans toute la France et un Palais de la découverte par région, chaque département recevant un télescope d’au moins 80 centimètres de diamètre), l'audiovisuel pour redonner l'art et la science au peuple (avec "une gestion et une animation de France 5 pour en faire réellement la « chaîne des idées » et de la transmission d’une culture éducative exigeante"), un soutien aux créateurs (avec notamment un régime des intermittents du spectacle pérennisé et une "titularisation des précaires et permittents de notre service public de la culture"), et une coopération culturelle internationale, en stoppant notamment "la politique de fermeture des activités des Instituts et des Alliances françaises dans le monde" et en lançant "un Conseil d’action culturelle extérieure auprès du président de la République" ainsi qu'une "Agence mondiale de la traduction".

Nicolas Dupont-Aignan : musées gratuits le dimanche pour Français et résidents

Bandeau du site du candidat de "Debout la France !"
Bandeau du site du candidat de "Debout la France !"

"Instaurer la gratuité des musées le dimanche pour les Français et les résidents en France" est la mesure qui prime sur la page Culture du député de l'Essonne. Suivent six grandes priorités déclinées en différents points, avec un budget de 1% sanctuarisé. Pour "retrouver une ambition", il faut avant tout "créer "un grand ministère de la Culture englobant le patrimoine, le tourisme, le spectacle vivant, les arts, les lettres, le cinéma et la communication". "Sauvegarder et faire vivre notre patrimoine" passerait notamment par un nouveau "programme massif de numérisation" pour une mise en ligne "sur un portail unique des données culturelles publiques, de façon à faciliter leur accès auprès du grand public". Autre initiative : un tirage de loto lors des journées du Patrimoine pour accompagner les actions en faveur du patrimoine. Nicolas Dupont-Aignan souhaite aussi, entre autres, "permettre à tous les élèves de primaire de préparer au moins une oeuvre artistique" et "offrir un ticket découverte culturelle par an à tous les Français à partir de 16 ans". Enfin, le mécénat serait développé, le régime de l'intermittence conservé et la loi Hadopi abrogée.

François Fillon : un grand projet européen, au service des chefs d'œuvre de l'Europe et de l'identité européenne

Image en tête de la rubrique culture du candidat François Fillon
Image en tête de la rubrique culture du candidat François Fillon

Le représentant de Les Républicains estime que la culture "constitue l’ultime rempart contre la barbarie qui nous frappe, mais aussi contre la précarité de nos territoires les plus touchés par la crise." Ses 20 propositions passent par trois axes : "réduire la fracture culturelle, soutenir la création française et faire de nos atouts culturels un vecteur de développement et de rayonnement". Et ses priorités, distinguées en gras, sont de :

  • "Conforter la place de l’éducation aux arts et à la culture dans les programmes d’enseignement, en articulant mieux enseignement culturel et histoire générale, et en renforçant la place de l’histoire de l’art dans l’enseignement de l’histoire générale. Développer la conscience d’appartenir à cette civilisation singulière et brillante qu’est la civilisation européenne."
  • "Mobiliser tous les établissements culturels nationaux, qui devront développer systématiquement des actions sur tous les territoires, conformément à leur mission nationale, et pour tous les publics notamment les personnes atteintes d’un handicap."
  • "Préserver le régime des intermittents du spectacle, en luttant contre les abus, en excluant toute forme d'emploi permanent, et en réservant son bénéfice aux artistes et techniciens qui collaborent à des œuvres de création originale dont la fabrication ou l’exécution est limitée dans le temps."
  • "Appliquer le principe d’un nombre minimum de représentations à tous les spectacles subventionnés."
  • "Lancer un grand projet européen, au service des chefs d'œuvre de l'Europe et de l'identité européenne. Il s'agira de créer, à Strasbourg, un lieu qui rassemble, dans une présentation régulièrement renouvelée, des œuvres d'art en provenance des grands musées européens, témoignant de la richesse et de la diversité de l'histoire de l'art en Europe, et de la force de ses artistes. Vitrine des chefs d'œuvre de l'Europe, mais aussi fonds européen d'acquisition d'œuvres d'art, il permettra d'acquérir les œuvres majeures qui, aujourd'hui, faute de moyens suffisants dans les Etats, sont dispersées dans le monde entier."

A LIRE Culture : quelles sont les propositions des candidats à la primaire de la droite ?

Benoît Hamon : inscription obligatoire en bibliothèque en CP

Bandeau du projet de Benoît Hamon
Bandeau du projet de Benoît Hamon

Sur notre antenne, le candidat du Parti socialiste a précisé ses souhaits d'un statut de l'artiste, d'un grand plan pour les arts à l'école, avec notamment une inscription obligatoire en bibliothèque en CP, ou de "fabriques de la culture" partout en France. Soutenu par l'ancienne ministre de la Culture Aurélie Filipetti, il promet 4 milliards d'euros supplémentaires dédiés à la culture. Dans son projet de campagne, il évoque en page 28 sur 40 une "culture partout, par tous, pour tous" avec un "ministère de la Culture, des Médias et du Temps libre". Avec également un "service public de l'audiovisuel d’information et de la culture, à l’image de la diversité de la France, en soutien à la création, moteur de l’innovation citoyenne, du rayonnement de la France et indépendant des pouvoirs politique et commercial", "un Palais de la langue française" et "une journée annuelle « rue libre pour la culture », lors de laquelle les institutions et acteurs culturels proposeront de construire avec les habitants des programmations hors les murs".

A LIRE Benoît Hamon : "Je veux qu'il y ait en CP une inscription obligatoire en bibliothèque"

Jean Lassalle : une Fête de la Philo et des Savoirs le 21 mars

Dans son projet, il est d'abord question au chapitre de la nouvelle vie des villes de "mettre en relation les habitants dans les quartiers par des événements sur le modèle de la Fête de la Musique, comme, au rythme des saisons : une Fête de la Philo et des Savoirs le 21 mars, une Fête des Sports le 21 septembre, une Fête de l'Engagement le 21 décembre". Le député des Pyrénées-Atlantiques souhaite ensuite un enseignement et une pratique des arts à l'école, sur le temps périscolaire, et "former le caractère en enseignant les arts martiaux à l’école". Enfin vient le point 13, sur 17 : "Nouer des liens pour faire vivre la culture sur nos territoires". Deux préconisations s'en détachent :

  • "Orienter le financement public de la culture, des médias, vers la création indépendante, plutôt que vers les activités de grands groupes"
  • "Ratifier la Charte européenne des langues régionales, en conservant le français comme seule langue de l'administration"

Les propriétaires d'œuvres d'art, exemptées d'ISF, seraient aussi sollicités pour les présenter au public quelques jours par an. Et "un circuit de salles" ferait "tourner en province les œuvres des musées parisiens".

Marine Le Pen : la Hadopi supprimée, le CSA réformé

C'est au chapitre "Une France fière" que la candidate du Front national commence à aborder ce sujet. D'abord en inscrivant "dans la Constitution la défense et la promotion de notre patrimoine historique et culturel". Une loi de programmation du patrimoine doit permettre un meilleur soutien à l’entretien et à la préservation du patrimoine. Avec un budget alloué qui augmenterait de 25 %. Autre mesure à part entière : "Mettre un coup d’arrêt à la politique de vente à l’étranger et au privé de palais et bâtiments nationaux." Suivent un grand plan national de création de filières des métiers d’art, la restauration d'une "véritable éducation musicale généraliste dans les établissements scolaires", et la réforme du "Conseil Supérieur de l’Audiovisuel avec la création de trois collèges : l’un composé des représentants de l’État, le deuxième de professionnels, le troisième de représentants de la société civile (associations de consommateurs, de téléspectateurs, etc.)."

La Hadopi serait supprimée pour "ouvrir le chantier de la licence globale". Et la présidente du FN souhaite "Remettre en ordre le statut d’intermittent du spectacle par la création d’une carte professionnelle afin de préserver ce régime tout en opérant un meilleur contrôle des structures qui en abusent."

Emmanuel Macron : un pass jeune culturel de 500 euros à 18 ans

Fin janvier, le candidat d'"En Marche !" nous avait réservé l'exclusivité de son programme culturel. Il promettait un symbole : un pass jeune de 500 euros à 18 ans, pour l'accès à la culture. "Et ces 500 euros seront financés par l’Etat, pour une partie très minoritaire, par les diffuseurs, et par les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon). Ça fait partie des contributions que je veux leur demander parce qu’ils bénéficient aujourd’hui de cet accès à la culture. Donc, on doit les mettre à contribution parce qu’Internet n’a de sens que si l’on construit ce commun, et je veux qu’ils financent cela.", nous expliquait-il. Autre souhait : que 100 % des enfants aient accès à l’éducation artistique par des appels à projets qui seront financés par les villes et l’Etat. Et pour "faire de l'accès à la culture un sujet prioritaire", Emmanuel Macron nous a donné l'exemple de l'ouverture des bibliothèques : elles doivent selon lui ouvrir beaucoup plus largement, en soirée et le week-end. En ligne, 7 objectifs sont déclinés. Dans lesquels il est notamment ambitionné un "Netflix européen", de "lancer un Erasmus des professionnels de la culture pour favoriser la circulation des artistes, des commissaires d’exposition et des conservateurs", ou de "professionnaliser et ouvrir les nominations dans le secteur culturel afin qu’elles reflètent la diversité de la société" et de conforter le soutien au mécénat ainsi que de maintenir l’exonération des œuvres d’art de l’assiette de l’ISF. Enfin, l'ancien ministre de l'Economie brandit la création d'un fonds d’investissement dédié de 200 millions d’euros pour investir dans les industries créatives et culturelles françaises.

A ECOUTER Emmanuel Macron et la culture : le grand entretien

Jean-Luc Mélenchon : œuvres d’art intégrées dans le calcul de l’ISF

Couverture du livret thématique de Jean-Luc Mélenchon consacré à la culture
Couverture du livret thématique de Jean-Luc Mélenchon consacré à la culture

Le candidat de "La France insoumise" prône sans surprise un recul du privé et un grand retour de l'Etat dans le domaine de la culture avec un budget à 1% du PIB. Jean-Luc Mélenchon met l'accent sur la démocratisation de la culture et la fin de la précarité dans les métiers du secteur. Un livret thématique de 28 pages traite du sujet, sous la houlette notamment de Danièle Atala, plasticienne et candidate du Front de Gauche dans le 18ème arrondissement de Paris aux municipales de 2014. Alors que quasiment tous les autres candidats, de droite comme de gauche proposent de s’appuyer sur le privé pour développer la culture, Jean-Luc Mélenchon veut lui en finir avec les "expositions sponsorisées", et les ristournes fiscales dont bénéficient de "bienveillants mécènes" au double visage, citant en exemple les fondations Vuitton, Pinault. Il propose donc en avant-poste de supprimer les niches fiscales accordés aux mécènes, d’intégrer les œuvres d’art dans le calcul de l’ISF. Toutes ses propositions vont dans le sens général d’un renforcement du rôle de l’Etat, et pour cela le candidat et son équipe promettent un budget accru pour la culture, porté à 1 % du PIB et non du budget de l’Etat. A noter aussi la gratuité annoncée le dimanche pour les musées, expositions et monuments, 100 millions d’euros pour l’éducation artistique et culturelle dans toutes les classes, de la maternelle à la fac, et la création à l’école d'une filière "création numérique".

A LIRE Démocratisation de la culture, retour de l'Etat : le programme de Jean-Luc Mélenchon en matière de culture (Journal de la culture de Zoé Sfez, extrait ci-dessus)

Philippe Poutou : abrogation immédiate de la loi Hadopi

Dans une rubrique intitulée "Information et culture", le candidat du Nouveau Parti Anticapitaliste affirme d'abord qu'"à l’instar de la santé et de l’éducation, l’information et la culture ne doivent pas être des marchandises !" Et qu'il faut "fournir à touTEs un accès gratuit à une information et une culture de qualité". L'information, qui passe avant la culture, doit passer par "une véritable législation anti-concentration". Avec "un réel statut juridique pour les rédactions, avec droit de regard, voire de véto, sur les décisions économiques et éditoriales de leurs médias". Le CSA "doit être remplacé par un véritable organisme de supervision des médias (pas seulement audiovisuels), associant la représentation politique, les salariéEs des médias et leurs usagers, en charge notamment de la répartition des aides publiques à la presse".

Pour la culture à proprement parler, Philippe Poutou veut "un réseau culturel public de proximité pour promouvoir la création", l’abrogation de la loi Hadopi "immédiatement (et non en 2022 comme cela est prévu actuellement) et les droits d’auteur doivent être refondus, pour garantir des conditions de vie décentes à tous les artistes."