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Culture : quelle place lui donnent les candidats à la présidentielle 2022

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Nous avons étudié les programmes de neuf candidats et candidates pour réaliser ce panorama qui évoluera au fil des nouveautés apportées au débat.
Nous avons étudié les programmes de neuf candidats et candidates pour réaliser ce panorama qui évoluera au fil des nouveautés apportées au débat.
© Getty - Alexandre Frémont - RF / VectorInspiration

À moins de 70 jours du premier tour, les propositions en matière culturelle sont soit absentes, soit simplement évoquées ou embryonnaires, rarement développées. Plusieurs candidats mettent l'accent sur l’éducation artistique et culturelle. Passage en revue des programmes, à gauche et à droite.

La culture et l’école sont souvent associées dans les programmes des candidats à la présidentielle, à l’approche de l’échéance du 10 avril, date du premier tour de la présidentielle, dans moins de dix semaines.  

Anne Hidalgo, Jean-Luc Mélenchon, Fabien Roussel, Valérie Pécresse et Nicolas Dupont-Aignan, cinq des neuf candidats dont nous avons examiné les projets, affirment ainsi que l’éducation artistique et culturelle jouera un rôle déterminant dans la politique qu’ils entendent mener en cas de victoire.

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Des mesures en faveur des artistes-auteurs et des intermittents du spectacle sont aussi annoncés, mais uniquement à gauche. Christiane Taubira qui a remporté la Primaire populaire n’a pas encore présenté son programme. Yannick Jadot vient de dévoiler le sien, en confirmant son engagement à soutenir fortement la création.

À l'extrême droite, seul Nicolas Dupont-Aignan fait une série de propositions en matière de politique culturelle. Marine Le Pen et Éric Zemmour ont seulement exprimé tous deux leur volonté de privatiser l'audiovisuel public. 

Quelle politique culturelle à gauche ?

La candidate du PS à la présidentielle, Anne Hidalgo, lors de la présentation devant la presse des 70 propositions de son programme, le 13 janvier 2022.
La candidate du PS à la présidentielle, Anne Hidalgo, lors de la présentation devant la presse des 70 propositions de son programme, le 13 janvier 2022.
© Getty - Chesnot

ANNE HIDALGO 

Il n’y a pas de chapitre exclusivement consacré à la culture, dans le programme de la candidate du Parti socialiste, Anne Hidalgo, accessible en ligne. Aucun des titres de ses huit grands thèmes de campagne ne comporte le mot culture. Il en est question dans deux de ses 70 propositions. La maire de Paris promet de redonner à la culture sa place centrale, en défendant la liberté de la création et de sa diffusion, au cœur de la politique d’aménagement des territoires, avec une attention particulière pour les acteurs du spectacle vivant, "durement touchés par la crise sanitaire", par un accueil systématique, tout au long de l’année, d’artistes en résidence dans les scènes publiques, et par au moins 10% de leurs programmations réservées à la nouvelle création. Avec l’éducation posée comme nouvelle axe de la politique culturelle, la candidate du PS se fixe un objectif : l’intervention de quelque 10 000 artistes dans les écoles, dès 2023, dans le cadre d’un renforcement de l’EAC, l’éducation artistique et culturelle. Elle s’engage aussi à agir pour une juste rémunération des auteurs, des écrivains, des producteurs et des diffuseurs, "durement touchés dans le contexte de la mondialisation et de la révolution numérique", à faire entrer les arts visuels dans de nombreux lieux publics et à déployer une politique "ambitieuse" de préservation et de valorisation du patrimoine.  

Un déplacement d’Anne Hidalgo sera exclusivement consacré à la culture, vendredi 4 février, au Festival du court-métrage de Clermont-Ferrand, ville dont le maire n’est autre qu’un de ses conseillers de campagne pour la culture, Olivier Bianchi. 

Christiane Taubira, sortie en tête de la Primaire populaire, lors de son discours de victoire au Point Ephémère à Paris, le 30 janvier 2022.
Christiane Taubira, sortie en tête de la Primaire populaire, lors de son discours de victoire au Point Ephémère à Paris, le 30 janvier 2022.
© AFP - Thomas Coex

CHRISTIANE TAUBIRA

Christiane Taubira, gagnante de la primaire populaire mais dont l’appel à l’union à gauche est rejeté par ses concurrents, n’en est pas encore à présenter son programme. Elle en a dévoilé les premières lignes, lundi matin sur France Info, en visant notamment une "réhabilitation" de la culture : "À faire en sorte qu'elle irrigue notre conscience de notre identité, notre conscience de notre singularité, de ce que nous sommes en train de faire.

Le candidat d’Europe Ecologie Les Verts, Yannick Jadot, lors d'un meeting de campagne à Lyon, le 29 janvier 2022.
Le candidat d’Europe Ecologie Les Verts, Yannick Jadot, lors d'un meeting de campagne à Lyon, le 29 janvier 2022.
© AFP - Olivier Chassignole

YANNICK JADOT

Le candidat d’Europe Ecologie les Verts a présenté son programme ce mercredi 2 février. Dans un chapitre intitulé La culture, créatrice des imaginaires de demain, Yannick Jadot confirme sa volonté d’augmenter d’un milliard d’euros par an le budget du ministère de la Culture et de fixer à 25% la part dédiée à la création. Il promet aussi de mettre en place un revenu garanti pour les artistes-auteurs, de proposer une nouvelle étape de la décentralisation "associant Etat, collectivités et acteurs culturels", et de donner de "nouveaux moyens" aux territoires, en veillant dans le même temps par des financements "à la transition écologique du secteur."

Quelle politique culturelle à l'extrême gauche ?

 Le leader de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, lors d’un meeting de campagne au théâtre Femina de Bordeaux, le 24 janvier 2022.
Le leader de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, lors d’un meeting de campagne au théâtre Femina de Bordeaux, le 24 janvier 2022.
© AFP - Philippe Lopez

JEAN-LUC MÉLENCHON

Jean-Luc Mélenchon entend lui porter le budget consacré à l’art, à la culture et à la création à 1% du PIB, au chapitre 10 de L’avenir en commun, le programme pour l’Union populaire, en s’en prenant au Pass Culture qu’il considère comme l’unique mesure du quinquennat, comme un "bon d’achat" qui symbolise selon lui "la vision purement marchande d’Emmanuel Macron". 

En quatorze points, le leader de la France insoumise entend restaurer un service de la culture "ambitieux" pour ses acteurs et le public, reprendre les grands travaux culturels pour "abroger" les inégalités territoriales, étendre la gratuité dans les musées et encadrer les tarifs des lieux privés, soutenir la création, revaloriser l’éducation artistique à l’école, concevoir un régime pour les artistes-auteurs et améliorer celui des intermittents du spectacle, en y intégrant les "autres professions culturelles discontinues", comme celle des guides-conférenciers.

Le candidat communiste, Fabien Roussel, lors de la présentation de son programme devant la presse, au siège du PCF à Paris, le 24 janvier 2022.
Le candidat communiste, Fabien Roussel, lors de la présentation de son programme devant la presse, au siège du PCF à Paris, le 24 janvier 2022.
© AFP - Bertrand Guay

FABIEN ROUSSEL

Fabien Roussel pour le PCF, dès l’introduction de son programme accessible en ligne, évoque la culture en parlant d’une République "qui défendra l’art, la création et la liberté d’expression", qu’il qualifie d’"essentiels à notre démocratie." Le candidat communiste annonce l’organisation d’états généraux, la création d’un grand ministère de la Culture, de l’éducation populaire et des médias. Comme Jean-Luc Mélenchon, Il prévoit de fixer l’intervention de l’État en matière culturelle à 1% du PIB, en orientant l’action publique vers la réduction des inégalités territoriales, en matière d’équipements et de soutien à la création. 

Le candidat communiste veut lui aussi un statut protecteur pour les artistes-auteurs et une consolidation du régime des intermittents du spectacle. Les propositions avancées concernent surtout les jeunes : du développement des pratiques culturelles à l’école jusqu’à les rendre obligatoires dans les cursus universitaires, à la création de “Maisons de la jeunesse” présentées comme des lieux de rencontres avec des acteurs culturels, en passant par la mise en place d’un plan national pour l’éducation artistique. 

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Quelle politique culturelle à droite et à l'extrême droite ?

La candidate Les Républicains, Valérie Pécresse, lors d’un meeting de campagne à Oyonnax, le 28 janvier 2022.
La candidate Les Républicains, Valérie Pécresse, lors d’un meeting de campagne à Oyonnax, le 28 janvier 2022.
© AFP - Jean-Philippe Ksiazek

VALÉRIE PÉCRESSE

La candidate Les Républicains n’a pas encore détaillé le volet culturel de son programme qu’elle dévoilera le 13 février au Zénith de Paris. Le projet, présenté au congrès LR du 30 novembre 2021 et mise en ligne, sera "enrichi"- cela est souligné sur son site de campagne - pour devenir son projet présidentiel. Dans un chapitre intitulé "Promouvoir les arts et la culture", Valérie Pécresse annonce une "journée nationale des héros français", afin de célébrer les grandes figures de la nation dans les écoles, en citant Jeanne d’Arc, de Gaulle, Pasteur et Molière. En mettant l’accent sur l’éducation artistique et culturelle, elle souhaite également "jumeler chaque école avec un établissement culturel de son territoire" et "inciter" les structures soutenues par des fonds publics à développer des actions auprès des jeunes. 

Elle prévoit de renforcer les lois sur le mécénat pour la sauvegarde du patrimoine et de soutenir aussi la création. Valérie Pécresse veut imposer à chaque grand établissement culturel parisien de consacrer une part significative de son budget à la diffusion de ses créations partout en France, et compte lancer une politique de commandes auprès de jeunes créateurs en faveur des musées hors de la capitale. Ses premières mesures ne sont pas encore chiffrées et aucune n’évoque les artistes-auteurs et les intermittents du spectacle, contrairement à plusieurs de ses adversaires à gauche.  

Le candidat Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan, lors d’un meeting de campagne à Paris, le 3 octobre 2021.
Le candidat Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan, lors d’un meeting de campagne à Paris, le 3 octobre 2021.
© AFP - Thomas Coex

NICOLAS DUPONT-AIGNAN

Le candidat Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan, fait la part belle à la culture dans son programme, avec 42 mesures dont une douzaine sur la sauvegarde et la mise en valeur du patrimoine, en portant les crédits d’entretien et de restauration à 400 millions d’euros par an. Il veut consacrer comme plusieurs de ses adversaires à gauche 1% du budget de l’Etat à la culture et créer un grand ministère de la Culture englobant le patrimoine, le tourisme, le spectacle vivant, les lettres, le cinéma et la communication. Nicolas Dupont-Aignan met l’accent lui aussi sur l’EAC, en assurant vouloir "faire de l’enseignement artistique une priorité et favoriser l’intervention d’artistes dans le système éducatif en doublant le plafond d’heures prises en compte dans l’assurance chômage (110 heures contre 55 actuellement)". 

Le candidat Eric Zemmour, lors d’un meeting de campagne, au Palais des Victoires de Cannes, le 21 janvier 2022.
Le candidat Eric Zemmour, lors d’un meeting de campagne, au Palais des Victoires de Cannes, le 21 janvier 2022.
© AFP - Bertrand Guay

ÉRIC ZEMMOUR et MARINE LE PEN

Même si son clip de lancement de campagne montrait la pyramide du Louvre, le programme d’Eric Zemmour ne contient aucun paragraphe en matière de politique culturelle. Quand la candidate du Rassemblement national, Marine Le Pen, n’a pas encore présenté le sien. Elle doit le dévoiler le 5 février à Reims. Les deux rivaux d’extrême droite ont toutefois pour point commun d’avoir exprimé leur volonté de privatiser une grande partie de l’audiovisuel public. Marine Le Pen, qui s'est aussi servie du Louvre pour une vidéo de campagne contestée, ne conserverait que les chaînes d'Outre-mer, TV5 Monde et ARTE. Éric Zemmour ne garderait que les médias à visée internationale, France 5 et les radios France Info et France Culture.

La candidate du RN, Marine Le Pen, a présenté devant la presse ses propositions pour l’Outre-mer, le 14 décembre 2021 à Paris.
La candidate du RN, Marine Le Pen, a présenté devant la presse ses propositions pour l’Outre-mer, le 14 décembre 2021 à Paris.
© Getty - Chesnot
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