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D'Agnès Varda à Céline Sciamma, 6 portraits de femmes cinéastes

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Le 12 mai 2018, Cate Blanchett, Agnès Varda, Céline Sciamma sur les marches du Palais des festivals aux côtés de 78 autres femmes, pour montrer le nombre de réalisatrices sélectionnées en compétition officielle depuis 1946.
Le 12 mai 2018, Cate Blanchett, Agnès Varda, Céline Sciamma sur les marches du Palais des festivals aux côtés de 78 autres femmes, pour montrer le nombre de réalisatrices sélectionnées en compétition officielle depuis 1946.
© Getty - Venturelli/WireImage

Festival de Cannes. A l'occasion du Festival de Cannes dont l'édition 2020 ne pourra se tenir, une sélection d'entretiens avec 6 femmes cinéastes, d'Agnès Varda, sélectionnée en 1962 pour son film "Cléo de 5 à 7" à Jane Campion, seule Palme d'or attribuée à une femme réalisatrice pour "La Leçon de piano" en 1993.

Si l'édition 2019 a vu pour la première fois quatre réalisatrices sélectionnées en compétition officielle - Céline Sciamma, Justine Triet, Jessica Hausner et Mati Diop - le Festival de Cannes n'a pas toujours brillé par la place qu'il accorde aux femmes. La réalisatrice néo-zélandaise Jane Campion en effet est la seule femme à avoir reçu une Palme d'or, en 1993 pour La Leçon de piano. Quant au Grand Prix, autre prestigieuse récompense cannoise, qui distingue des films originaux et manifestant une plus grande innovation formelle - quand les Palmes vont souvent à des œuvres plus consensuelles - seules les réalisatrices Márta Mészáros, Naomi Kawase, Alice Rohrwacher et Mati Diop l'ont reçu, respectivement en 1984, 2007, 2014 et 2019. C'est pourtant à Cannes, au cours de l'édition 2018 du Festival, un an après l’affaire Weinstein et l’émergence du mouvement #MeToo, que des professionnel.le.s du cinéma créaient la plate-forme "50/50 en 2020", en vue d’atteindre la parité dans ce secteur particulièrement masculin et inégalitaire. 

Cette sélection d'émissions vous propose d'entendre la réalisatrice Mati Diop, lauréate du Prix France Culture Cinéma des Etudiants en 2020 pour son film Atlantique, mais également les voix d'Agnès Varda, de Jane Campion, de Claire Denis, d'Alice Rohrwacher et de Céline Sciamma, toutes récompensées par le Festival de Cannes.

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Une jeune femme prénommée Cléo attend les résultats d'une analyse médicale. De la superstition à la peur, de la rue de Rivoli au café Le Dôme, de la coquetterie à l'angoisse, de chez elle au Parc Montsouris, la jeune chanteuse va vivre 90 minutes d'attente très singulières. Son amant, son musicien, une amie puis un soldat lui ouvrent les yeux sur le monde. C'est son deuxième long-métrage, Cléo de 5 à 7, qui vaudra à Agnès Varda une sélection en compétition officielle au Festival de Cannes en 1962. Et en 2015, la cinéaste a reçu une Palme d'honneur pour l'ensemble de son œuvre. Dans cette masterclasse enregistrée en 2017, Agnès Varda revient sur la façon dont elle élabore ses œuvres au micro d'Antoine Guillot.

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Jane Campion est la seule réalisatrice à avoir reçu la Palme d'or pour son film La Leçon de piano. Un prix attribué ex aequo avec Adieu ma concubine de Chen Kaige lors du Festival de Cannes 1993. Dans cet entretien accordé à Laure Adler en 2009, la réalisatrice néo-zélandaise confiait sa prédilection pour des personnages de femmes à la fois libres et différents, souvent un peu "au bord du chemin" et son amour pour les paysages du bush néo-zélandais où elle a grandi, et qu'elle met magnifiquement en scène dans La Leçon de piano.

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Le premier film de Claire Denis, Chocolat, réalisé en 1988, lui vaut une sélection en compétition officielle au Festival de Cannes. Pour ce film, qui se déroule au Cameroun, la réalisatrice est allée puiser dans les repérages qu'elle avait effectués avec Wim Wenders pour Paris, Texas en 1984. Une expérience qu'elle évoquait ainsi dans cette série d'entretiens menés en 2002 par Thierry Jousse : "J'accompagnais Wim Wenders dans ces repérages, le film n'était pas encore tout à fait trouvé. Ce n'était pas seulement une quête géographique, mais spirituelle aussi. C'était assez exceptionnel comme traversée, mais je savais que ces paysages américains n'étaient faits pour moi. Je sentais que moi qui venais d'ailleurs, je ne trouverai rien dans ce voyage." 

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En 2014, la réalisatrice italienne Alice Rohrwacher reçoit le Grand Prix du Festival de Cannes pour son deuxième film Les Merveilles. Quatre ans, plus tard, c'est avec Heureux comme Lazzaro qu'elle remporte le Prix du scénario au Festival de Cannes. A propos de ce dernier film, elle confiait à Marie Richeux dans cet entretien en 2018 : "Je voulais faire un film où le migrant c'est nous. L'immigration se fait parfois sur cent mètres : rapprocher l'image de soi pouvait peut-être contribuer à la paix. C'est un film religieux et fondamentalement anti-religieux".

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Remarquée pour son moyen métrage documentaire 1000 soleils, présenté à Cannes en 2013, Mati Diop a commencé comme actrice pour Claire Denis dans 35 rhums (2008). En 2019, elle remporte avec son deuxième long-métrage Atlantique le Grand prix du Festival de Cannes. Atlantique est un film sur l’océan, le départ et la mort : celle de Souleiman et d’autres jeunes ouvriers de Dakar, qui ont quitté leur pays en quête d'un avenir meilleur. Souleiman laisse derrière lui sa fiancée, Ada. Mais les jeunes migrants ne survivent pas au voyage : ils reviennent en noyés pour hanter les leurs, réclamer vengeance ou, comme Souleiman, retrouver leur aimée... Au micro de Caroline Broué, la réalisatrice franco-sénégalaise, lauréate du Prix France Culture Cinéma des Etudiants en 2020, revient sur l'origine de son désir de cinéma.

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En 1770, Marianne, une jeune peintre est invitée à réaliser le portrait d’Héloïse qui vient de quitter le couvent. Comme le veut la tradition aristocratique, ce tableau doit acter le destin d'épouse... C'est avec ce Portrait de la jeune fille en feu, son quatrième long-métrage, que la réalisatrice Céline Sciamma obtient le Prix du scénario au Festival de Cannes en 2019. Au micro de Marie Richeux, dans l'émission "Par les temps qui courent", Céline Sciamma évoque la façon dont elle envisage ses films comme un langage, mais aussi comme des lieux porteurs d'un idéal d'égalité, d'humour et d'amour sans conflit.

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