Le blanc est une couleur majeure dans l'Antiquité
Le blanc est une couleur majeure dans l'Antiquité

Histoire du mot "blanc"

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D'une méprisable pâleur à la hiérarchie des races : l'histoire du "blanc"

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Si en Occident, le blanc est associé au bien et à la pureté, ce n'est pas le cas dans d'autres cultures où il symbolise la mort. L'historienne Nell Irvin Painter nous raconte l'histoire de cette couleur et les différentes significations qu'elle a revêtues à travers les époques.

Le blanc est-il une couleur à part entière ? Aucun doute pour nos ancêtres de la Préhistoire qui colorent des animaux en blanc. Dans l’Antiquité, le blanc est l’une couleurs principales dans l’art, mais aussi une qualité physique.

Dans l’Antiquité, les Grecs méprisaient les Perses parce qu’ils étaient pâles. Cela voulait dire qu’ils ne faisaient pas leurs exercices dehors, sinon ils auraient été bronzés. Être trop pâle, trop blanc révélait un manque de virilité, un manque de force            
Nell Irvin Painter, auteure d'Histoire des blancs, éditions Max Milo

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Au XVe siècle, avec l’apparition de l’imprimerie, le blanc devient un support papier, et du même coup, une non-couleur. Au fil du temps, le mot "blanc" devient un symbole. Un signe de paix - le drapeau blanc est utilisé dès la guerre de Cent Ans (XVI-XVes siècles) pour demander l'arrêt des combats - ou de respectabilité morale, comme dans les fables de La Fontaine au XVIIe siècle, où certains personnages vertueux sont associés au blanc.

Avant les Lumières, l’idéal de beauté féminin en France c’était la jeunesse, la richesse, et la pâleur. Cela montrait que les femmes n’avaient pas à travailler dans les champs, et pourtant, la plupart des femmes françaises le faisaient.            
Nell Irvin Painter

Au XVIIe siècle, le terme "d’homme blanc" apparaît par opposition aux termes de “noir” ou “nègre”. Il prend une dimension sociale, politique, économique, biologique et établit une présomption de pouvoir et de liberté.

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En 1790, aux États-Unis, être considéré comme blanc est un passeport pour la citoyenneté : seul l’homme blanc a le droit de vote.

La Constitution américaine n’a pas le mot “noir” ou “blanc”, il n’a pas le mot “esclave” ou “esclavagisme”, mais il y a une clause qui dispose que “trois-cinquièmes de toutes les autres personnes” devraient être comptés dans la représentation du Congrès. Ces autres personnes étaient les esclaves. Donc à l’origine des États-Unis, la question des races fait partie de son ADN.            
Nell Irvin Painter

À la fin du XIXe siècle, la doctrine de la hiérarchie des races s’affirme : l’"homme blanc” est en haut de la pyramide. Ces représentations racistes durent jusqu'à la période nazie. 

Après que le nazisme a montré aux Américains les conséquences terribles de l’eugénisme, du racisme, aux États-Unis c’est aussi le moment du New Deal en 1930 et la Seconde Guerre mondiale, où l’on a besoin de solidarité nationale. Cette solidarité nationale a rattaché les personnes qui étaient considérées de race blanche, mais de race blanche inférieure, comme les Italiens du nord et du sud, les Juifs de l’Europe de l’Est, les Grecs ont été regroupés dans une seule race blanche.            
Nell Irvin Painter

Après la guerre, un combat contre le racisme émerge partout dans le monde, mais l’Australie applique la politique de “l’Australie blanche” jusqu’en 1973 et l’Afrique du Sud instaure l’apartheid jusqu’en 1991.

Aux États-Unis, récemment la signification de "blanc" pour les gens a complètement changé depuis l’élection présidentielle de 2016. Le candidat gagnant a fait campagne sur le slogan “Make America Great Again” et beaucoup de gens, pas seulement les personnes de couleurs ont entendu “Make America White Again”. Donc quand Trump a gagné, beaucoup d'Américains qui se pensaient non racisés et comme des individus ont réalisé qu’ils étaient racisés “blancs” et rattachés au président Trump, et depuis, les choses sont devenues de plus en plus... intéressantes.            
Nell Irvin Painter