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Daniel Buren précise "ce que Buren veut dire"

Daniel Buren devant les colonnes du Palais-Royal le 15 janvier 2008.
Daniel Buren devant les colonnes du Palais-Royal le 15 janvier 2008.
© AFP - François Guillot

1988. Cinquième et dernier entretien avec Daniel Buren dans "A voix nue", où le plasticien parle de la responsabilité de l'artiste à travers ses œuvres, de leur durabilité. Il s'exprime sur "les colonnes de Buren", explique son processus créatif et revient toujours sur les rayures verticales.

Dans ce dernier volet de la série "A voix nue", en compagnie de Daniel Buren, l'artiste plasticien affirme que "tout est à vendre" dans ses œuvres. Il s'interroge d'ailleurs sur la durée de vie de ses créations une fois finies et sur la responsabilité de l'artiste.

"A voix nue" avec Daniel Buren. Une diffusion 25/03/1988.

29 min

Le regardeur, le public doit faire un effort. On ne se met pas à la place de qui que ce soit. Ou on est tout de suite en osmose avec 50 000 personnes ou on ne l'est jamais, ou on fait quelque chose où l'autre doit faire un effort pour accéder, pour comprendre et c'est un long processus.

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Dans cet entretien, Daniel Buren s'explique sur son œuvre la plus célèbre et la plus controversée, "Les deux Plateaux" dans la cour du Palais Royal, création que l'on appelle plus couramment les colonnes de Buren. Il détaille ses inspirations, son intérêt pour l'histoire du lieu, l'importance du sous-sol dans sa réflexion pour créer "une troisième dimension qui ne soit pas au-dessus de celui qui regarde" afin d'éviter tout monumentalisme et révéler aussi tout une "mémoire" de la ville. Sur cette création et la façon dont les gens la reçoivent, pour Daniel Buren il est évident que "les gens ont compris l'un des aspects de ce type de travail, c'est-à-dire qu'il faut l'inventer". Son projet créatif n'"existe que quand les autres vont l'inventer à leur tour, vont l'utiliser". Le projet des colonnes était un projet "ouvert à l'utilisation", mais précise Buren, "je n'avais pas prévu les types d'utilisations". Il trouve ainsi que les gens marchent différemment entre les colonnes et observent le lieu même du Palais Royal. "On voit le lieu beaucoup mieux qu'on ne le voyait avant, c'est déjà un pas très positif", conclue-t-il.

[Au sujet des bandes verticales] J'ai utilisé quelque chose qui n'est pas de moi, et je l'ai toujours dit, et qui devient quelque chose que je revendique, que je signe en tout cas virtuellement, dont je prends la responsabilité dès que je l'utilise. Ce n'est pas moi qui signe ni qui revendique que tout ce qu'on va trouver, tout ce qu'on voit partout qui est rayé serait un travail de moi.

Il s'oppose à cette "idéologie de l'art" qui ferait que l'artiste revendique à lui tout ce qui s'approche de ce qu'il a fait. Sa position à lui serait plutôt : "On ne peut revendiquer que ce qu'on fait."

  • "A voix nue"
  • Première diffusion le 25/03/1988
  • Producteur : Alain Jouffroy
  • Indexation web : Odile Dereuddre, de la Documentation de Radio France
  • Archive INA - Radio France