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Daniel Cordier, avant-dernier Compagnon de la Libération et marchand d'art, est mort

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Daniel Cordier Compagnon de la Libération, secrétaire de Jean Moulin, le 17 juin 2014 à Paris, France.
Daniel Cordier Compagnon de la Libération, secrétaire de Jean Moulin, le 17 juin 2014 à Paris, France.
© Getty - Jean-Luc Petit.

L’un des deux derniers compagnons de la Libération, qui fut par la suite un marchand d’art reconnu, est mort ce vendredi 20 novembre, à l’âge de 100 ans.

"Le courage je ne sais pas ce que c'est, je vis. Je suis qui je suis", déclarait Daniel Cordier en 2013 sur France Culture. L'avant-dernier Compagnon de la Libération, secrétaire de Jean Moulin pendant la Seconde Guerre mondiale, est mort à l'âge de 100 ans ce vendredi 20 novembre, à Cannes.

Le jeune Daniel Cordier est longtemps influencé par l'antisémitisme et le royalisme de son beau-père, Charles Cordier, qui l'a élevé et dont il gardera le patronyme. Daniel Cordier est alors un admirateur de Charles Maurras. Au moment où la guerre éclate, il n'attend qu'une chose : se battre en patriote pour la France. C'est pourquoi il est atterré par la demande d'armistice du Maréchal Pétain, le 17 juin 1940. 

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C'était imprévu. Je pensais naïvement, mes parents pensaient comme moi, que Pétain allait lancer la contre-offensive victorieuse de la France et au lieu de cela, il annonçait la fin des combats, c'est-à-dire la fin de l'espérance. J'ai fondu en larmes, je suis monté dans ma chambre et j'ai beaucoup pleuré. Daniel Cordier, en 2010 sur France Culture

Résultat, Daniel Cordier s'engage dans la Résistance et découvre que parmi les alliés à cette cause, nombreux sont communistes ou socialistes. "Je me suis dit : Mais non ! [Pétain] est un vieux con, il n'est pas capable de se battre, de faire la guerre mais nous, nous sommes jeunes, on va lui montrer ce dont on était capable !", racontait Daniel Cordier dans A Voix nue en 2013. Il rencontre à ce moment-là ceux qui deviendront ses amis : Stéphane Hessel et Raymond Aron. Ses convictions politiques changent radicalement. En 1941 il écrit à Charles Maurras et rompt avec lui. "Comme je n'avais pas d'autres opinions politiques, je suis resté Action française mais Maurras c'était fini !" confiait-t-il sur France Culture, toujours en 2013.

Daniel Cordier est envoyé à Montluçon en 1942... pour assister Georges Bidault, le chef de l'agence de presse clandestine. Et c'est le 30 juillet 1942, à Lyon, qu'il rencontre Jean Moulin en lui apportant des documents. Le courant passe entre les deux hommes, et Jean Moulin le recrute dans la foulée comme secrétaire. Ils travaillent ensemble pendant dix mois.

Quand nous avons ouvert la porte pour entrer, il [Jean Moulin] a tourné la tête, il s'est levé et il est venu vers nous. Il s'est tourné vers moi très souriant, très gentil en me disant : "J'espère que vous avez fait bon voyage !" Il était halé, très élégant, très raffiné. Il était très beau et très gentil. Daniel Cordier sur France Culture en 2013

À réécouter : Daniel Cordier intime
2h 32

Daniel Cordier, Alain de son nom de guerre, construit un véritable état-major clandestin. Il étoffe les équipes, gère le courrier et les liaisons radio. Il connaît si bien les rouages de la Résistance qu'il reste en place, même après l'arrestation de Jean Moulin. Après avoir été intercepté par les franquistes, il réussit finalement à rejoindre Londres en 1944. 

L'homme devient ensuite Compagnon de la Libération et intègre les services secrets du général De Gaulle. Mais dès la paix revenue, en 1946, il démissionne. La politique ce n'est pas pour lui. A la place il se lance dans l'art moderne que lui avait justement fait découvrir Jean Moulin.

J'avais fait fortune dans les tableaux, c'est vrai que je ne tenais pas à perdre cet argent que j'avais de façon relative justement gagné, et effectivement aujourd'hui je vis encore de cela, ça m'a permis quand même de travailler pendant trente ans en écrivant les volumes sur Jean Moulin. Donc tout ça s'équilibre, c'est un peu fou... mais probablement je suis fou, ça ne me dérange pas. Daniel Cordier, sur France Culture

Aujourd'hui, un seul Compagnon de la Libération est encore vivant, Hubert Germain, lui aussi centenaire, sur les 1 038 distingués par le général de Gaulle pour leur engagement au sein de la France libre pendant l'Occupation allemande.

Emmanuel Macron a annoncé vendredi qu'un hommage national serait rendu à Daniel Cordier, l'avant-dernier Compagnon de la Libération et ancien secrétaire de Jean Moulin, décédé à l'âge de 100 ans. "Avec lui, c’est la mémoire vivante de la Résistance qui s’éteint", a réagi Emmanuel Macron vendredi dans un communiqué de l'Elysée, saluant Daniel Cordier, Compagnon de la Libération, mort vendredi à l'âge de 100 ans.