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Daniel Kretinsky : le milliardaire tchèque à l'assaut des médias français

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Daniel Kretinsky, 43 ans, a fait fortune dans l'énergie et détient le 1er groupe de médias tchèque. Il a pris le contrôle cet été de l'hebdomadaire Marianne, avant d'autres titres français comme Elle.
Daniel Kretinsky, 43 ans, a fait fortune dans l'énergie et détient le 1er groupe de médias tchèque. Il a pris le contrôle cet été de l'hebdomadaire Marianne, avant d'autres titres français comme Elle.
© Maxppp - Matej Divizna / EPA

Jusqu'ici inconnu, Daniel Kretinsky interroge, voire inquiète. Le riche homme d'affaires tchèque de 43 ans élargit très largement son groupe de presse en France. Après l'achat de "Marianne" et de magazines de Lagardère, comme "Elle", cet amoureux du pays où il a étudié a investi dans "Le Monde".

"Marianne", "Elle" et maintenant "Le Monde". Le profil du milliardaire tchèque Daniel Kretinsky et son appétit médiatique en France questionnent énormément, voire inquiètent. Celui qui a étudié le droit à Dijon avant de faire fortune dans l'énergie établit en France la tête de pont à l'Ouest de son empire de presse. Il a assuré qu'il "ne fera pas de mouvement hostile à la rédaction du Monde".

Un juriste notamment formé à Dijon 

Fils d’une juge constitutionnelle et d’un universitaire, Daniel Kretinsky est le plus jeune des cinq hommes les plus riches de République tchèque grâce à ses activités dans l'énergie. Sa fortune pèserait plus de 2,2 milliards d'euros selon Forbes, soit le 924e milliardaire dans la liste du magazine. 

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Ce francophone et francophile très doué pour les langues a commencé par étudier le droit à Brno, sa ville natale, puis à Dijon en 1995. Juriste d'entreprise, il intègre le groupe financier J&T, tremplin par ses contacts et ouvertures aux marchés régionaux à son propre groupe lancé avec deux associés : EPH - Energeticky a prumyslovy holding (holding énergétique et industriel).

Il mise avec succès sur les très polluantes centrales à charbon et les mines de lignite, avec aussi une cinquantaine de centrales électriques dans sept pays d’Europe. Parmi ses 25 000 employés, se trouve notamment un ancien Premier ministre, dont il a financé la campagne. 

L'homme au look de jeune cadre dynamique reste discret. Il limite ses apparitions publiques mais son empire s'est considérablement élargi ces dernières années, en Europe centrale mais aussi au Royaume-Uni, en Italie et en Allemagne, où son groupe est très actif. En 2017, il a réalisé 1,97 milliard d'euros de bénéfices, pour 6 milliards de chiffre d’affaires.

La presse allemande le surnomme "le fantôme de l'énergie" ou "le géant discret du charbon". Alors que son nom a été mentionné dans les Panama Papers à propos d'une compagnie offshore installée dans les îles Vierges britanniques, mais il a démenti nettement toute implication dans des opérations illégales.

Fan de foot, ce joueur de golf a aussi acheté le célèbre club du Sparta Prague il y a une dizaine d'années, mais sans grands résultats.

La Fabrique médiatique
19 min

À la tête du premier groupe de médias de son pays

Sa conquête médiatique débute en 2013 quand il reprend, avec l'entrepreneur slovaque Patrik Tkac, la branche tchèque du groupe germano-suisse Ringier Axel Springer Media AG.

"C'était pour moi une décision citoyenne. La vague de populisme et de nationalisme que connaît l'Europe est en partie la conséquence de l'affaiblissement économique des médias traditionnels", a-t-il expliqué dans une interview au Figaro en avril dernier, son unique entretien direct récent.

Le Czech News Center, une unité du groupe Czech Media Invest (CMI) de Kretinsky et Tkac, est aujourd'hui le premier éditeur de médias de République Tchèque. Ses journaux comptent près de 3,5 millions de lecteurs et ses portails près de 4,5 millions d'internautes visiteurs. Il rassemble ainsi les plus grands tabloïds, des magazines, quelques radios et des sites internet puissants de ce pays de 10,6 millions d'habitants membre de l'Union européenne.

Daniel Kretinsky a ensuite voulu s'étendre en dehors de son pays, avec d'abord début 2018 des radios en Europe centrale du groupe Lagardère, puis, à la surprise générale, sept magazines de ce géant français des médias, dont Elle, Télé 7 jours et France Dimanche.

Quelques jours plus tard, il mettait la main sur Marianne, en grandes difficultés financières, et faisait de la France la tête de pont de sa conquête de l'Europe de l'Ouest.

Ses négociations exclusives avec Mathieu Pigasse au sujet du Monde finiront par attirer plus que l'attention.

Quelles motivations en France ?

"Sa stratégie n'est pas très claire. Il affirme : j'ai beaucoup d'argent et je peux me permettre des investissements un peu à perte parce que je défends la démocratie." expliquait il y a quelques jours sur notre antenne, dans La Fabrique médiatique, Chloé Woitier. Journaliste médias au "Figaro", celle qui a interviewé Daniel Kretinsky en avril raconte : 

Il précise défendre la presse écrite parce qu'elle a besoin de soutien face à Facebook et Google et à tous ces acteurs du numérique qui l'affaiblissent. Moi, dit-il, je suis là un peu comme un philanthrope pour éviter une bascule dans le populisme et dans les contenus de basse qualité. 

Dans la même émission, l'éditorialiste à "Alternatives économiques" Guillaume Duval relevait également qu'"il a pour l'instant pris des mesures plutôt sensées d'un point de vue journalistique pour les journaux dont il a pris le contrôle".

Après des inquiétudes exprimées notamment par le pôle d'indépendance du Monde (constitué, notamment, des sociétés des rédacteurs, des employés et des lecteurs, ainsi que du directeur du Monde, Jérôme Fenoglio, et du président du directoire) le président du directoire du groupe Le Monde, Louis Dreyfus, est venu à notre micro, dans Les Matins du 22 octobre :

D'abord, les actionnaires du groupe Le Monde ne sont pas décisionnaires sur la ligne éditoriale, et quand un actionnaire privé s'intéresse au journal et veut rentrer au capital, la rédaction enquête de manière totalement indépendante pour savoir s'il existe des raisons autres qu'industrielles à cette démarche.

Et d'ajouter :

Je ne pense pas que ce soit de la love money. Je pense que l'on peut construire des actifs rentables au Monde. Il faut juste être sûr qu'il s'agit d'une démarche d'entrepreneur et qu'il n'y ait pas de raisons connexes en vue d'autres bénéfices.

L'Invité(e) des Matins
43 min

Invitée de ces mêmes Matins, l'économiste Julia Cagé a préféré parler de power money, d'investissement d'influence, et établir une comparaison avec l'achat par Jeff Bezos, le pdg d'Amazon, du Washington Post.

L'influence de Poutine, par le biais des accords énergétiques de Kretinsky avec la Russie, a aussi été souvent questionnée : "Kretinsky ami du Kremlin ?" s'est par exemple demandé Le Canard enchaîné.

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Daniel Kretinsky a finalement acquis 49 % des parts de Mathieu Pigasse dans Le Monde. Et après une réunion au siège du journal, son pôle d'indépendance a obtenu un droit de veto en cas de changement de contrôle.