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Danielle Darrieux : "Je préfère être devenue une comédienne plutôt qu'une star"

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Danielle Darrieux dans "Madame de" de Max Ophüls, 1953
Danielle Darrieux dans "Madame de" de Max Ophüls, 1953
© AFP - FRANCO LONDON FILMS / ARCHIVES DU 7EME ART

Disparition. L'actrice Danielle Darrieux, star française des années 1930, héroïne dans les années 1950 de grands films de Max Ophüls comme "Madame de", comédienne chez Demy, Chabrol, Ozon, et au théâtre, est morte. 80 ans de carrière sur laquelle elle revenait, dans nos archives, avec une certaine modestie.

Elle était la dernière représentante majestueuse du cinéma français de l’avant Seconde guerre mondiale : l’actrice Danielle Darrieux, immense vedette des années 1930, dont la carrière s’est ensuite étendue jusqu’aux années 2000 au travers de chefs-d’œuvre signés Max Ophüls, Joseph Mankiewicz ou Jacques Demy, est morte ce 18 octobre. Elle avait fêté ses 100 ans il y a quelques mois.

Après avoir débuté au cinéma à l’âge de 14 ans, sa fraîcheur et sa spontanéité font d’elle rapidement une tête d’affiche. Surnommée « la Fiancée de Paris », elle se fait également connaître en interprétant des chansons, et tourne à Hollywood dès 1935, devenue une star mondiale grâce à "Mayerling" d’Anatole Litvak.

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Avec le son si particulier de l'entre-deux-guerres, sa couleur, écoutez l’événement que représente la sortie de son nouveau film "Retour à l’aube" dans ces "Radio actualités françaises" du 21 novembre 1938 :

Première mondiale du film "Retour à l'aube", 21.11.1938

2 min

En 1998 sur France Culture, au micro de Pascale Lismonde dans l’émission Ciné-Club, Danielle Darrieux portait un regard rétrospectif sur l'ensemble de sa carrière. Les paroles de la comédienne sont entrecoupées d’extraits de films et de l’analyse de Raymond Chirat, historien du cinéma. Elle raconte comment tout a démarré dans son enfance. Sa mère est professeure de chant, et dans ses élèves une certaine Marie Serta travaillant dans la production de cinéma. Venue un jour à la leçon accompagnée d’un homme, celui-ci glissa discrètement à l’oreille de sa mère qu’un producteur de film cherchait une enfant pour le tournage de son film "Le Bal" à partir du livre d’Irène Némirovsky. Elle se présente au casting avec l’énergie de l’aventure, disant “Je ne savais absolument pas ce que je faisais.” Nous sommes en 1931, et son premier rôle enthousiasme la critique par sa vivacité et sa spontanéité. Quelle drôle de gosse ! souligne avec humour l’historien Raymond Chirat, reprenant le titre du film de Léo Joannon (1935).

Danielle Darrieux, Ciné club, 23.12.1998

1h 28

J’avais une étiquette dans le dos, point de vue élégance. C’était "Mayerling", "Madame de", les costumes, la taille, le corset.

A propos de "Madame de", réalisé par Max Ophüls qui lui disait : "Danielle, vous avez tellement le sens du comique, que vous ne devriez jouer que des rôles dramatiques" :

C’est mon plus beau souvenir, je l’adore. J’ai l’impression d’avoir fait un film (rires). C’est vrai que c’est un film que j’aime beaucoup. C’est le seul que je puisse regarder comme si ce n’était pas moi, parce que je n’aime pas me voir. Mais il y a quelque chose dans ce film qui me plaît beaucoup, qui me correspond.

A l'antenne intervient aussi le réalisateur Paul Vecchiali, éternel admirateur de la comédienne, qui lui a confié le rôle de sa mère dans le film biographique "En haut des marches" (1983) :

Si j’ai fait du cinéma, c’est à cause d’elle, ou grâce à elle. C’est-à-dire que j’ai vu à six ans "Mayerling", et en sortant de "Mayerling", j’ai dit : “je ferai du cinéma”. Et Maman m’a demandé pourquoi. J’ai dit : “pour tourner avec Danielle Darrieux”.

30 min

En juin 1973, face au comédien Jean-Claude Brialy, plein d'emphase, une Danielle Darrieux beaucoup plus réservée évoque son parcours au cinéma et au théâtre, le manque de rôles pour les femmes de son âge :

Jean Claude Brialy reçoit Danielle Darrieux le 1er juin 1973

1h 00

Je n'ai jamais aimé beaucoup les à-côtés de ce métier, trop photos, trop sortir et tout ça… Je trouve ça un peu assommant. Maintenant je préfère être devenue une comédienne plutôt qu'une star comme j'étais. Je trouve ça plus agréable d'être une actrice.

Je crois que j'ai appris au fur et à mesure. Je ne savais rien du tout, rien. Disons, j'avais peut-être un petit don à la base, mais j'ai appris mon métier quand même pendant plusieurs années.