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Dans l'espace, il y a beaucoup à écouter

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Image prise par InSight depuis mars en novembre 2018
Image prise par InSight depuis mars en novembre 2018
© AFP - HO / NASA/JPL-CALTECH

Mars respire, la comète Tchouri chante, Chuck Berry et Glenn Gould voyagent avec un chimpanzé et un tracteur à des milliards de kilomètres de la Terre. L'espace regorge de voix. Petit tour sonore de notre système solaire où pourtant, dit-on, "personne ne vous entend crier ".

Il est hasardeux de vouloir entrer en contact avec une civilisation qui a peut-être un milliard d'années d'avance sur nous en matière de technologie, et qui ne nous envisagera peut-être pas avec plus d'égards que les humains n’en ont pour les bactéries. L’histoire a montré que les rencontres-chocs entre les civilisations ont toujours été au détriment des moins avancées.spalns traités à partir des ondes ont été partagés avec fierté par la Nasa et s'ajoutent à la désormais longue sonothèque des sons et voix de l'espace.

Certains de ces sons voguent d'ailleurs depuis les années 70 dans l'immensité du vide spatial. Lancées en 1977, les sondes Voyager I et II avaient pour mission d’explorer le système solaire. Une tâche dont elles se sont acquittées avec succès : elles restent, à ce jour, les missions les plus prolifiques de la NASA en termes d’acquisition de données scientifiques. Depuis août 2012, la mission a pris une autre tournure : la sonde Voyager I a quitté la zone d’influence du Soleil, devenant l’objet créé par l’être humain le plus éloigné de la Terre et donne maintenant aux scientifiques des données concernant les champs magnétiques. Son alter ego, Voyager II, est quant à elle située à 16 milliards de kilomètres de notre étoile. 

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Les deux sondes continuent d’émettre des données radios. Elles devraient s’arrêter de fonctionner vers 2020, lorsque leurs moteurs au plutonium cesseront de fournir de l’énergie. Après cela, la seule mission des sondes Voyager, plus symbolique qu’autre chose, sera de remettre un message de l’humanité à une potentielle forme de vie intelligente extraterrestre. Les chances de succès de cette tâche sont quasi-nulles, les sondes devant passer à une distance d’1.7 année lumière de la prochaine étoile qu’elles croiseront… dans 40 000 ans. Si d’aventure de petits hommes gris venaient à mettre la main sur un Voyager, ils pourraient alors écouter les sons suivants :

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Des messages de l’humanité

A bord des deux sondes, outre les nombreux instruments scientifiques, on peut donc trouver un message de l’humanité, le Voyager Golden Record. Le contenu de ce disque de 12 pouces (30 cm) a été soigneusement pensé par un comité de sélection, présidé par l’astrophysicien Carl Sagan. Dans la boîte : des sons, 115 images et des textes destinés à donner un aperçu de la vie terrestre.

"C'est un présent d'un petit monde éloigné, une marque de nos sons, de notre science, de nos images, de notre musique, de nos pensées et de nos sentiments. Nous essayons de survivre à notre temps de sorte que nous puissions vivre dans le vôtre." Jimmy Carter

Outre un message du trente-neuvième président des Etats-Unis Jimmy Carter et de Kurt Waldheim, ancien secrétaire général des Nations-Unies, le disque, sur le couvercle duquel sont gravées des instructions pour lire les sons, contient une sélection musicale et des salutations prononcées dans 55 langues :

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Voyager n’est pas le premier message envoyé par l’humanité aux extraterrestres. Les sondes Pioneer 10 et 11, envoyées en 1972 et 1973, sont chacune dotées d’une plaque métallique identique sur lesquelles sont gravées des informations relatives à l’espèce humaine. Outre une représentation du système solaire et des informations d’ordre scientifique (dont la représentation de l’hydrogène, élément le plus abondant de l’univers), l’espèce humaine est représentée par une femme et un homme nus, ce dernier la main levée, en signe de paix.

La plaque de la sonde Pioneer.
La plaque de la sonde Pioneer.

Cette représentation, dessinée par la femme de Carl Sagan, Linda Salzman, fût beaucoup critiquée, notamment en raison de sa prétendue “obscénité”. C’est la raison pour laquelle il n’existe pas, sur les sondes Voyager, de représentation nue de l’être humain.

Dans l'espace, personne ne vous entend crier, mais…

Dans l’espace, personne ne vous entend crier ”, affirme à juste titre l'accroche du film Alien de Ridley Scott. Les films de science-fiction ne se gênent pourtant pas pour oublier ce détail et agrémentent ainsi leurs batailles spatiales de bruits de laser ou d'explosion. D'autres, à l'instar de 2001 l'odyssée de l'espace, Gravity ou encore Interstellar usent au contraire de cet angoissant silence pour ajouter à l'intensité de certaines scènes. Mais si le vide absolu contraint au silence il y a, paradoxalement, beaucoup à écouter. Ainsi avant même de rendre disponible à l’écoute les sons transportés par Voyager, la NASA avait mis à disposition les sons entendus par la sonde numéro une :

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En 2013, ce son, produit par les vibrations du plasma (ou gaz ionisé) était capté dans le vide interstellaire. Il s’est ajouté à une longue liste d’extraits enregistrés par Voyager I & II, mais aussi Cassini et d’autres sondes de la NASA et l’ESA, grâce auxquelles on peut entendre les sons émis par Jupiter, Saturne, ou encore notre planète bleue :

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Plus récemment, grâce à la sonde Philae, les scientifiques ont découvert, à leur grande surprise, que la comète Tchouri émet un rayonnement électromagnétique sur des fréquences de 50 à 60 milliHertz. En multipliant cette fréquence par 10 000, on peut ainsi entendre “chanter” la comète :

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Traduire des ondes radios

Ces sons ne sont pas, à l’origine, audibles pour l’oreille humaine. Il s’agit en réalité d’interprétations, comme l’explique Baptiste Cecconi, astronome au Laboratoire d’études spatiales et d’instrumentation en astrophysique :

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1 min

Dans l’air, le son se propage sous forme de variations de pression, un peu comme les rides à la surface de l’eau. En l’absence d’atmosphère, un son ne peut donc pas se diffuser. La lumière, en revanche, est formée d’ondes électro-magnétiques qui peuvent, elles, se propager à travers le vide spatial. En analysant l’intensité et la fréquence de ces ondes, les astronomes peuvent traduire ces ondes radio en sons.

"Les ondes radios sont captées par des antennes dans l’espace, c'est-à-dire que l’on mesure les variations de leur champ électrique avec le temps", précise Carine Briand, astrophysicienne à l'Observatoire de Paris, "ces ondes sont dans une gamme de fréquences non-accessible à l’oreille humaine. Il y a de nombreux processus physiques qui sont à l’origine de ces émissions électromagnétiques : ils impliquent tous des mouvements d’électrons. C’est l’ambiance autour d’eux qui va différer et donner des ondes à des fréquences différentes."

Ainsi dans la haute atmosphère solaire, les électrons vont être accélérés puis dévier de leur trajectoire par la présence de champs magnétiques. Puis les électrons vont se propager dans le milieu interplanétaire et le déstabiliser (s'il est vide pour la propagation du son, il ne l’est pas complètement pour les électrons) produisant des émission dans la gamme 20 - 1 MHz.Une autre source d'ondes électro-magnétiques n'est autre que la magnétosphère des planètes :

Pour rendre les choses accessibles au grand public on applique deux corrections, on réduit le temps. Une émission naturelle qui dure 1 à 2 heures est réduite à 10-15 secondes, et on transpose les fréquences dans la gamme audible, en conservant l’intensité et le rapport de fréquences. C’est équivalent au traitement que les chercheurs appliquent aux images UV ou infra-rouge (non visibles à l œil) du soleil et qui transposent ces ondes dans le domaine visible (bleu, vert, rouge etc).

Un son d'un autre monde

En réalité, nous ne disposons que d'un seul son audible qui nous vienne directement d'un autre monde. Le seul robot doté d’un micro à avoir été envoyé sur Mars est le Mars Polar Lander, qui n’a malheureusement pas survécu à l’atterrissage.

Le son enregistré nous vient en fait de Titan, la lune de Saturne. C’est la sonde Huygens qui, en 2005, a enregistré le son de sa descente dans l’atmosphère chargée de méthane du satellite, face à des vents de plus de 400 km/h :

Sons captés par la sonde Hyugens, lors de sa descente sur Titan.

1 min

Autant dire que l’on n'entend pas grand chose. Un astronome amateur s’est essayé à supprimer le bruit de fond enregistré par Huygens, une fois la sonde posée au sol, avec un résultat plus écoutable, sans garantie toutefois de réalisme.

Des images de Titan, recomposées avec les photos prises par la sonde Cassini.
Des images de Titan, recomposées avec les photos prises par la sonde Cassini.

Si on a pu entendre des sons en provenance d'autres mondes, nous n'avons pas encore entendu un son émis par une espèce extraterrestre. C'est cependant ce que recherche le programme SETI (Search for Extra-Terrestrial Intelligence ), mis en oeuvre dans les années 60 et soutenu, entre autres, par Carl Sagan (encore lui). Son objectif est de trouver, dans le spectre électromagnétique provenant de l’espace, des signaux artificiels et répétitifs, par opposition au bruit aléatoire… un peu à l’image des ondes radios émises par l’espèce humaine elle-même.

En déclin, faute de financements, depuis plusieurs années, l’écoute des astres par l’intermédiaire de SETI va reprendre de plus belle : l’astrophysicien Stephen Hawking a ainsi lancé en 2015 le projet Breakthrough Initiatives, financé à hauteur de 100 millions de dollars par le milliardaire russe Iouri Milner. Le projet, divisé plusieurs initiatives, doit notamment pour l'une d'elle, “Breakthrough Listen ”, surveiller pendant dix ans, grâce à deux puissants radiotélescopes, les signaux d’un millions de systèmes solaires, dans les cent galaxies les plus proches de notre planète bleue. C’est une surface observable dix fois plus importante que tout ce qui a été analysé jusqu’ici et, là où le projet SETI ne permettait de scanner “que” 800 000 longueurs d’ondes, Breakthrough en analysera plus de 10 milliards.

Un autre projet, “Breakthrough Message ” a pris la forme d'un concours visant à créer le message le plus adéquat à envoyer à une civilisation extraterrestre, une fois celle-ci détectée. Depuis Pioneer, la volonté de l’humanité d’entrer en contact avec une autre forme de vie n’a donc guère changé, contrairement aux moyens mis en oeuvre. Avec un bémol toutefois, à en croire Stephen Hawking lui-même :

Il est hasardeux de vouloir entrer en contact avec une civilisation qui a peut-être un milliard d'années d'avance sur nous en matière de technologie, et qui ne nous envisagera peut-être pas avec plus d'égards que les humains n’en ont pour les bactéries. L’histoire a montré que les rencontres-chocs entre les civilisations ont toujours été au détriment des moins avancées.