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Dans l'ombre de Notre-Dame de Paris, un chantier de plus de 150 artisans

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Déblaiement des débris de la charpente présents sur l’extrados des voûtes hautes de la cathédrale par un cordiste (dans le chœur).
Déblaiement des débris de la charpente présents sur l’extrados des voûtes hautes de la cathédrale par un cordiste (dans le chœur).
- Patrick Zachmann / Magnum Photos

Alors que les travaux de consolidation de la cathédrale Notre-Dame de Paris doivent durer au moins jusqu'en 2024, l'agence Magnum a réalisé une série de photographies sur les différents corps de métiers, parfois méconnus, qui participent au chantier. Tailleurs de pierre, cordistes, échafaudeurs...

Autour de Notre-Dame de Paris, des grues, des échafaudages, et désormais, sur les immenses palissades qui cachent les travaux, les passants peuvent découvrir 32 photographies du chantier. Ces images sont signées Patrick Zachmann, photojournaliste de l'agence Magnum présent sur le chantier depuis avril 2019. Intitulée Les bâtisseurs d’aujourd’hui, l'exposition a été inaugurée le 22 juillet dernier. En plein air et gratuite, elle révèle le travail acharné des différents métiers qui participent à la consolidation de la cathédrale, ravagée par les flammes dans la soirée du 15 avril 2019.

Le général Jean-Louis Georgelin, président de l'Etablissement public chargé de la conservation et de la restauration de Notre-Dame, se réjouit de l'exposition : "Le chantier n'est pas accessible pour beaucoup de raisons. Nous verrons plus tard s'il est possible de l'ouvrir un peu plus au public, mais pour l'instant ce n'est pas possible. Alors nous avons voulu montrer dès maintenant tous les métiers qui travaillent à cette réalisation." 

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Déambulant devant les photographies, il précise : "Un chantier comme Notre-Dame est une belle occasion de mettre en valeur les métiers d'arts... Et pourquoi pas susciter des vocations. Ce qui me frappe beaucoup sur ce chantier, c'est l'enthousiasme et la fierté de ces compagnons qui viennent de partout en France, très fiers de travailler sur un chantier qu'ils savent être regardés du monde entier."

Rendre Notre-Dame au public

Entre 150 et 180 artisans travaillent en ce moment sur le site historique : charpentiers, maîtres verriers, maçons, échafaudeurs, tailleurs de pierre, grutiers... Et parmi les emplois les plus atypiques, il y a les cordistes : des techniciens habitués à travailler suspendus à des cordes, avec uniquement la force de leur bras, à la manière d'alpinistes accrochés à une falaise, afin de sécuriser des zones du chantier. 

"C'est un métier qui est rare, peu connu, c'est un métier d'avenir", énumère avec le sourire Xavier Rodriguez, le PDG de l'entreprise de cordistes présente sur les lieux, "et cette exposition va mettre un coup de projecteur sur notre métier, et qui va, en tout cas je l'espère, attirer beaucoup de jeunes."

Des échafaudeurs installent les poutrelles de ceinturage de l’échafaudage sinistré en vue de son démontage (au nord de la nef).
Des échafaudeurs installent les poutrelles de ceinturage de l’échafaudage sinistré en vue de son démontage (au nord de la nef).
- Patrick Zachmann / Magnum Photos

Avec cette exposition, Guillaume Levet, tailleur de pierres, souhaite également rendre l'édifice sinistré aux passants : "Notre-Dame appartient aussi aux Parisiens, aux personnes qui voyagent... C'est un monument qui fait déplacer des foules ! Et nous, on a des métiers d'art, des métiers qui sont beaux à observer, et on a envie de communiquer avec le public." Lui travaille surtout avec les archéologues : ensemble, ils trient les pierres, essaient de les identifier, déterminer si elles pourront être réutilisées tel quel ou s'il faudra les reproduire. Aujourd'hui, il le reconnaît, le métier n'est plus tout à fait le même qu'à la construction originelle de Notre-Dame de Paris, "il s'est modernisé avec la robotisation", mais sur le fond, le travail reste le même : "On essaie même de remettre les traces d'outil de la manière similaire à l'artisan du XIIe siècle".

4 min

A quelques mètres, Didier Cuiset, le directeur de la société Europe Échafaudage, parle de son travail avec passion : 

C'est un boulot qui est magnifique : en fait, on ne fait que du monument historique, et quand vous échafaudez un clocher, une cathédrale, une église, nous sommes les premiers à toucher le sommet, les premiers à toucher à des parties sur lesquelles personne n'est venu depuis plus d'un siècle.

Un charpentier assemble l’un des 28 cintres servant à sécuriser les arcs-boutants. Chaque cintre, fabriqué sur mesure, en Lorraine, est assemblé sur place.
Un charpentier assemble l’un des 28 cintres servant à sécuriser les arcs-boutants. Chaque cintre, fabriqué sur mesure, en Lorraine, est assemblé sur place.
- Patrick Zachmann / Magnum Photos

Vers une réouverture en 2024 ?

La véritable phase de reconstruction de l'édifice ne commencera vraiment qu'à partir de 2021 : pour l'instant, il s'agit de consolider la cathédrale, afin d'éviter qu'elle ne s'effondre encore plus. Il faut notamment démonter un échafaudage présent autour de la flèche de Viollet-le-Duc sur les lieux le jour de l'incendie : il a fondu lors du drame, fragilisant le reste de l'édifice.

A partir de ce lundi débutera aussi la dépose du grand orgue symphonique. Voix de la cathédrale depuis 1733, il a été transformé à plusieurs reprises, notamment par Aristide Cavaillé-Coll en 1868. Ses 8 000 tuyaux répartis en 115 jeux en font le plus grand instrument de France en nombre de jeux. 

Le grand orgue et la rosace ouest, intacts.
Le grand orgue et la rosace ouest, intacts.
- Patrick Zachmann / Magnum Photos

"Lors de l’incendie, il n’a pas été inquiété par les flammes et a reçu relativement peu d’eau au cours de l’intervention des pompiers" affirme dans un communiqué l'Etablissement public chargé de la conservation et de la restauration de la cathédrale. "Néanmoins, il est recouvert de poussières de plomb qui se sont répandues sur l’ensemble de l’instrument et certaines parties ont souffert des variations thermiques subies par la cathédrale depuis l’incendie, notamment lors de la canicule de juillet 2019".

Après les travaux de consolidation de la cathédrale de Notre-Dame de Paris, le nombre d'ouvriers présents devrait augmenter pour la suite du chantier. Les reconstructions les plus spectaculaires ne devraient avoir lieu qu'à partir de 2021. D'après le général Jean-Louis Georgelin, il sera possible de reprendre le culte religieux dans la cathédrale d'ici 2024. Et il le répète : malgré le confinement, les travaux auraient pris peu de retard. "Le chantier connaît un dynamisme qu'il n'a jamais connu avant."

Schéma de présentation de l’opération de démontage de l’échafaudage sinistré.
Schéma de présentation de l’opération de démontage de l’échafaudage sinistré.
- Philippe Apeloig
59 min

Avec la collaboration d'Eric Chaverou