Dans la Somme, la basilique d'Albert profite du loto du patrimoine

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Dans la Somme, la basilique d'Albert profite du loto du patrimoine

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Reportage | Une première évaluation du loto du patrimoine a eu lieu à l’Assemblée. 231 projets sur 269 ont déjà reçu des fonds pour des restaurations. Curiosité orientaliste classée monument historique, la basilique Notre-Dame de Brebières d'Albert, dans la Somme, touchera 48 000 euros.

Stéphane Bern est auditionné ce mercredi au Sénat sur le bilan de la mission sur le patrimoine qui lui a été confiée par le Président de la République. Et les députés ont commencé à examiner mardi dernier les retombées du loto du patrimoine. Certains maires ont été déçus des sommes finalement allouées mais le concept a fonctionné. La Fondation du patrimoine a déjà pu attribuer en fin d’année dernière 19,6 millions d’euros, provenant de la Française des Jeux, à 231 porteurs de projets de restauration de monuments, sur un total annoncé de 269 projets. Endommagée par des infiltrations d'eau, de l'humidité et le vent, la basilique Notre-Dame de Brebières, à Albert, dans la Somme, a elle obtenu une enveloppe à venir de 48 000 euros pour sa restauration intérieure : pour les décors peints, les mosaïques et les toiles marouflées.

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© Radio France - Lise Verbeke

Comment la basilique a-t-elle été sélectionnée au loto ? 

C'est grâce à la création en 2015 de l'Association "Les Amis de la Basilique d'Albert" que "la Lourdes du Nord", comme l'avait surnommée le Pape Léon XIII, a pu être restaurée. Une équipe de bénévoles s'est ainsi constituée pour sauver cette basilique classée monument historique en 2004. Il s'agit d’accroître "la notoriété de cette merveille architecturale, et la transmettre, préservée, aux générations futures".

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Chaque année, l’association lance un appel aux dons pour la restauration du lieu. Pour les travaux d’extérieur, l’association avait récolté 23 500 euros. La façade en briques et en pierres blanches est donc fraîchement rénovée. L’association s’attaque maintenant à l’intérieur de la basilique. Témoignages de l’époque Art déco, les peintures qui couvrent les immenses murs sont fatiguées, selon l’abbé Joël Dulin : 

Pendant peut-être une vingtaine d'années, il a plu dans la basilique. Elle était très très mal entretenue. Maintenant, elle est très bien entretenue. Mais pas à l'époque, donc il pleuvait et les murs sont très très abîmés. Les peintures ont été très abîmées, les toiles marouflées ont été très abîmées, certaines ont même disparu parce qu'elles ont pourri. Et maintenant, il faut restaurer l'ensemble.

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© Radio France - Lise Verbeke

L’aide de la Fondation du patrimoine : une reconnaissance et un soulagement financier

Les travaux de la basilique sont faramineux. Prévus en dix tranches, ils devraient coûter deux millions d’euros au total. D’où la nécessité pour la mairie d’Albert, appuyée par l’association des Amis de la Basilique, de déposer un dossier lors de l’appel à projet de la Fondation du patrimoine. Ce dossier portait sur les premières tranches des travaux, pour un total de presque 180 000 euros. L’enveloppe de 48 000 euros, donnée par la Fondation du patrimoine, est donc la bienvenue. "Nous sommes heureux que la mission Bern nous ait sélectionnés, se réjouit Laurence Catherine, adjointe au maire chargée du patrimoine, car cela montre l’importance de notre patrimoine, mais aussi son importance dans la Nation, et ce qu’il y a tout autour, les lieux de mémoire de la Grande Guerre. C’est aussi un soulagement financier, car cela nous permettra d’envisager plus facilement l’avenir." 

Depuis mi-janvier, des échafaudages ont été installés, notamment dans la chapelle Saint-Michel. Deux restauratrices examinent les peintures murales et les toiles marouflées pour établir un diagnostic sur leur état et établir ensuite les techniques de restauration les plus adéquates. 

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© Radio France - Lise Verbeke

La basilique d’Albert, un symbole à sauvegarder

Construite entre 1885 et 1897, la basilique d’Albert interpelle par son originalité en Picardie, avec son style néo byzantin et mauresque. Son architecte, Edmond Duthoit, aimait dire qu’elle était la synthèse de tout ce qu’il avait vu lors de ses voyages au Proche-Orient et en Afrique du Nord. Avec notamment son clocher, qui ressemble à un minaret surmonté d’un dôme où se trouve la statue de la vierge dorée.  

L’architecture de l’église d’Albert est la synthèse de ce que j’ai vu : mon clocher est un minaret de Tlemcen ou de Séville. Sur les palais de Sienne ou de Florence, on voit des consoles qui ressemblent terriblement aux corniches de la nouvelle église ; celles des absides, avec leurs demi-coupoles et leurs corbeaux, sont originaires de Syrie, la claire-voie supérieure se rencontre dans toutes les basiliques de Syrie, d’Italie, de Sicile et de Corse. Les grands arcs en fer à cheval, qui séparent les bas-côtés de la nef principale, sont empruntés à la grande mosquée de Tlemcen.       Edmond Duthoit 

Lors de la première Guerre Mondiale, cet édifice étonnant a connu une grande notoriété mondiale. Après de très importants bombardements, son clocher est ébranlé. La vierge dorée surplombant le dôme est renversée, mais elle ne tombe pas. Les soldats britanniques, très présents à Albert, envoient des cartes postales de la basilique à la statue penchée à leurs proches. Et cette statue devient l’incarnation d’une prophétie populaire : quand la vierge tombera, dit-on, la guerre sera terminée. La statue tombera en avril 1918…

La basilique presque totalement détruite par les bombardements de la Première Guerre mondiale avec sa vierge en équilibre qui fera sa renommée mondiale
La basilique presque totalement détruite par les bombardements de la Première Guerre mondiale avec sa vierge en équilibre qui fera sa renommée mondiale
© Maxppp - Berliner Verlag/Archiv/picture alliance / ZB

Après la Grande Guerre, la basilique est reconstruite à l’identique par le fils d’Edmond Duthoit. Et aujourd’hui encore, elle reste un lieu de mémoire important pour les nombreux Anglais qui viennent dans la Somme sur les traces de leurs ancêtres.