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Dans "Nos années folles" de Téchiné, l'histoire vraie de Paul Grappe, déserteur travesti

Par
Paul Grappe ou Suzanne Landgard en 1925.
Paul Grappe ou Suzanne Landgard en 1925.
- ©Archives nationales, fonds Maurice Garçon

Passer de l'autre côté du genre pour échapper à la guerre, c'est ce que décide Paul, le mari de Louise, lorsqu'il est envoyé au combat. Redécouvrez le documentaire qui raconte l'histoire de Paul, Louise, et Suzanne, dont s'est inspiré André Téchiné pour "Nos années folles", qui sort ce mercredi.

Paul et Louise s'aimaient à la Belle époque dans un Paris populaire, celui du quartier des Gobelins. On débarque de province, on joue de la mandoline, on n'a pas l'eau courante, mais Louise a son certificat d'études et Paul devient technicien dans l'optique. Et puis Paul est appelé au front, renâcle, et trouve la parade pour déserter : se travestir en femme. C'est Louise, sa femme, qui l'habille, lui perce les oreilles, lui offre des crèmes, et demeure son épouse dans un couple de garçonnes qui survit à la Grande guerre mais souffre lorsque Paul, devenue Suzanne, découvre le Bois de Boulogne, entre partouzes fameuses et rencontres des deux sexes qu'il / elle narre dans son journal intime.

Deux historiens, Danièle Voldman et Fabrice Virgili, s'étaient emparés de cette histoire iconoclaste en fouillant dans les archives judiciaires pour en tirer un livre, La Garçonne et l’assassin. En 2011, sur France Culture, Anaïs Kien leur avait demandé de raconter Paul, Louise et Suzanne dans le documentaire, "Nous n'irons plus au bois", qu'elle produisait avec Charlotte Roux pour "La fabrique de l'histoire :

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"Un scénario idéal", esquissait Anaïs Kien. Six ans plus tard, André Téchiné s'est saisi de l'histoire de Paul Grappe et Louise pour en faire le film "Nos années folles", qui sort de mercredi 13 septembre (Voir la bande annonce) :

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L'occasion de redécouvrir aussi la série "A voix nue" consacrée à André Téchiné cette rentrée de septembre sur France Culture. Au cinquième volet de cet interview, le cinéaste célébré au dernier festival de Cannes (où le film était dévoilé) revenait sur le propos de "Nos années folles" :

C'est un terrain miné. Est-ce que l'autodétermination est possible dans le domaine du sexe ? Oui ça m'intéresse beaucoup... Je pose une question qui mérite débat, mais ce n'est pas une affirmation [...] Il ne viendrait pas à l'idée de faire des films militants, ou des films à thèse [...] Dans "Nos années folles", je me contente de questionner, à partir d'une histoire vraie qui a le mérite, la richesse, à mes yeux, de mélanger le cas de figure du déserteur, la honte absolue, et le cas de figure du travlo prostitué, avec sa honte aussi. C'est un personnage que je ne juge pas mais je ne peux pas être dans une position où je juge mes personnages. Je suis obligé, chaque fois, pour chaque personnage, de les défendre jusqu'au bout, même quand je suis en désaccord. Je les aime, même quand je trouve chez eux une part de folie, de pathologie. J'essaye de les aimer mais je ne veux pas pour autant en faire des images pieuses.

59 min