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David Cameron, le parieur qui a mené au Brexit

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David Cameron a joué le Brexit sur un référendum, il a perdu
David Cameron a joué le Brexit sur un référendum, il a perdu
© Maxppp - FACUNDO ARRIZABALAGA/EPA/Newscom/MaxPPP

Les artisans du Brexit. David Cameron restera dans l'histoire comme le Premier ministre britannique ayant perdu la campagne du Brexit. Il a eu l'idée du référendum et pensait pouvoir convaincre les citoyens du Royaume-Uni de voter "contre" la sortie de l'UE : il a "échoué", selon son propre aveu.

En 2019, dans son mémoire For the Record, David Cameron écrivait : "J'accepte l'échec de mon approche. Les décisions que j'ai prises ont contribué à cet échec. J'ai échoué."  Si l'on est contre le Brexit, alors le péché originel, c'est lui.

Cultures Monde
58 min

C'est lui, David Cameron, qui, le 23 janvier 2013, en pleine campagne pour sa réélection au poste de Premier ministre, ouvre la boîte de Pandore. Dans un discours intitulé "Britain and Europe", il affirme qu'il va renégocier la place du Royaume-Uni dans l'Union européenne. Plus que cela, il promet un référendum, "avec un choix très simple : dedans ou dehors". Il tiendra sa promesse et bientôt huit ans après ce discours, le Brexit – mot qui n'existait même pas à l'époque –, est entériné. Il pèche par orgueil, il pensait qu'il pourrait convaincre les Britanniques de "rester" grâce aux assouplissements qu'il aurait réussi à obtenir de l'Europe.

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Très critique envers l'UE, il ne veut pas en sortir

David Cameron est un homme politique moderne, dans le sens où il veut s'adapter à son époque. Économiquement, c'est un ultra-libéral, de l'école Thatcher. Pour le reste, lorsqu'il arrive à la tête du parti en 2006, il se veut dynamique, jeune, social même, loin de l'archétype de l'aristocrate britannique qu'il est. Fils d'un agent de change et d'une juge, descendant d'une lignée noble des Highlands écossais, du roi Guillaume IV, David Cameron est un (très) lointain cousin d'Elizabeth II. En 2006, une fois à la tête du parti conservateur, il ne parle pas, ou peu, d'Union européenne. Longtemps, la question a été taboue au sein de son parti, il a vu les différentes "ailes" s'écharper. David Cameron ne joue pas (encore) avec le feu.  

Mais le Premier ministre s'adapte, d'abord à la crise financière, sa politique se veut plus austère, moins sociale, il faut serrer la ceinture, il faudra aussi, bientôt, trouver des "coupables" à cette crise. L'aile "droite" du parti conservateur commence à regarder l'Europe de travers, et le parti politique UKIP, les souverainistes emmenés par Nigel Farage, sont à chaque scrutin plus populaires. La question migratoire est passée par là, dès 2011 Cameron se prononce d'ailleurs pour une politique de "limitation". Alors arrive le fameux discours de janvier 2013. 

Un référendum peut-il tout régler ?

Déjà, sur la question de l'indépendance écossaise, il avait organisé un référendum, pensant qu'un vote démocratique règlerait la question définitivement. En 2014, les Écossais votent "Non" à leur indépendance, à 55 % : Cameron, de justesse, a réussi son pari, ce qui ne règle pas pour autant la question des velléités indépendantistes. Mais David Cameron aura beaucoup plus de mal à faire campagne pour le "Non" au Brexit que pour le "Non" à l'indépendance écossaise. S'il n'a jamais affiché fermement une volonté de sortir de l'UE, il multiplie les allusions et discours très critiques à l'égard de l'Union. Dès 2007, il promet par exemple de retirer la Grande-Bretagne des normes européennes concernant le travail. En 2009, il s'en prend à la Cour européenne de Justice. 

En 2014, il veut modifier les termes qui unissent son pays à l'Europe, notamment la politique migratoire. Il propose par exemple la mise en place d'un "cap" (nombre maximal d'entrées par an), il obtiendra finalement un "freinage d'urgence", c'est-à-dire une limitation des bénéfices sociaux des travailleurs émigrés lors de leur quatre premières années au Royaume-Uni. David Cameron pense avoir les armes pour faire campagne. C'était sans compter la défiance progressive des Britanniques mais aussi celles de certains membres de son camp "conservateur",  Boris Johnson en tête. 

Une campagne cabossée

Durant la campagne, David Cameron se bat pour convaincre les indécis à propos du référendum, dont la proportion oscille entre 15 et 20% selon les sondages (ligne grise dans le graphique ci-dessous) jusqu'au jour du vote en 2016. Fin avril 2015, ceux qui veulent rester dans l'UE (ligne verte) sont 47%, les "leavers" (ligne bleue), 33%. Dans la foulée, Cameron est réélu avec une majorité solide, mais les électeurs sont volatiles. En février 2016 il va décrocher un accord de compromis : à ce moment-là les pro Brexit et les anti sont ex-æquo dans les sondages. Mais dans son propre cabinet, certains soutiennent le Brexit. Autre balle dans le pied, la révélation du scandale des Panama Papers, dans lequel son nom apparaît (avant d'être Premier ministre, il avait des parts dans un fond basé dans un paradis fiscal). 

Le 24 mai 2016, un mois avant le vote, les deux camps sont à égalité (40%), mais les derniers jours sont favorables au camp du "Leave". Selon un article de Politico, Cameron a tenté de réitérer sa stratégie gagnante du référendum écossais : être très présent au front, jouer sur la sécurité économique. David Cameron "worked is ass off" ("a bossé comme un dingue", selon un membre de la campagne) mais il perd, démissionne, disparaît. Dans son discours post-Brexit, il affirme : "je ne crois pas qu'il serait juste pour moi que je tente d'être le capitaine qui emmène le pays vers sa prochaine destination. Je pense que c'est dans l'intérêt national"

Évolution du sondage : si on vous demandait de voter l'appartenance du Royaume-Uni à l'UE, que voteriez-vous : quitter l'UE (bleu), rester (vert), indécis (gris) ne voterait pas (rouge)
Évolution du sondage : si on vous demandait de voter l'appartenance du Royaume-Uni à l'UE, que voteriez-vous : quitter l'UE (bleu), rester (vert), indécis (gris) ne voterait pas (rouge)
- Site What UK think EU

Des regrets, des regrets, des regrets

Avec le recul, Cameron a avoué à plusieurs reprises qu'il ne regrette pas la décision d'avoir organisé un référendum mais plutôt la manière dont il a mené la campagne ensuite. Persuadé qu'il avait la bonne idée, donc, mais qu'il a manqué d'épaules pour accomplir sa mission. "J'avais fait une promesse, celle de laisser le choix aux Britanniques de rester dans cette Europe réformée, ou de partir", explique-t-il en 2019, lors de sa tournée des médias pour la sortie de son livre For the Record. Il se dit "désolé" de la situation, notamment du fait d'avoir démissionné directement après le vote "Leave". Il se montre également critique envers les membres de son ancien parti, les conservateurs, qui ont voté contre le plan proposé par Theresa May. Pour certains, lui est parti au moment le plus difficile, juste après la vote. Il a laissé Theresa May se salir les mains (elle l'a payé cher). L'ex Premier ministre réfute, dans les pages du New York Times, toujours en 2019 :

Je ne me sentais tout simplement pas capable.