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David Murgia : "Une culture accessible. Toujours et en toutes circonstances"

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Des musiciens donnent un concert de musique classique en plein air devant le théâtre de l'Odéon dans le centre de Paris le 27 mars 2021, en marge d'une manifestation de travailleurs de la culture
Des musiciens donnent un concert de musique classique en plein air devant le théâtre de l'Odéon dans le centre de Paris le 27 mars 2021, en marge d'une manifestation de travailleurs de la culture
© AFP - STEPHANE DE SAKUTIN

Coronavirus : une conversation mondiale. Alors que le théâtre royal flamand a inauguré lundi un spectacle-test, 150 lieux culturels rouvriront leur porte, dans la désobéissance, du 30 avril au 8 mai, à l'initiative du mouvement Still Standing For Culture. Le comédien David Murgia, nous raconte la genèse de ce collectif dont il est membre.

Dès le début du confinement l’équipe du Temps du débat a  commandé pour le site de France Culture des textes inédits sur la crise  du coronavirus. Intellectuels, écrivains, artistes du monde entier ont   ainsi contribué à nous faire mieux comprendre les effets d’une crise  mondiale. La liste de ces contributions à cette Conversation mondiale entamée le 30 mars, continue de s'étoffer et dépasse maintenant les 100  contributions. En outre, chaque semaine, le vendredi, Le Temps du débat   proposera une rencontre inédite entre deux intellectuels sur les  bouleversements actuels.

David Murgia est comédien et metteur en scène. En Belgique, il est l’un des membres du mouvement Still Standing For Culture, qui depuis un an mobilise une large part du  secteur culturel. Après des mois de cartes blanches, de mobilisations, de performances  artistiques et politiques dans l’espace publique en faveur de la reprise  des activités culturelles, ce mouvement a décidé de passer à l’étape  supérieure : la réouverture, en désobéissance, de 150 lieux culturels, du 30 avril au 8 mai, dans le respect des protocoles sanitaires mis en place il y a neuf mois. Dans ce cadre, Still Standing For Culture s’installera aux Halles de  Schaerbeeck, un centre culturel important à Bruxelles, pour organiser chaque soir des cabarets-débats regroupés sous le titre : « Sortir de  l’urgence, réinventer l’avenir ».

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Rassemblement d’artistes, de fédérations artistiques et de lieux culturels, Still Standing For Culture a d’abord émergé, au début de la crise sanitaire, dans  l’attente d’indemnités pour les travailleurs de la culture - qui pour  rappel, ne disposent pas en Belgique de reconnaissance en tant qu’intermittents du spectacle.  L’action du mouvement s’est construite pour refuser l’idée d’une Culture  considérée comme une simple variable d’ajustement, en créant  progressivement des solidarités avec d’autres pans de la société (notamment les activités porteuses de sens et de lien social) laissés à l’arrêt par les choix politiques de confinements sectoriels arbitraires. 

Devant les bousculades autorisées des centres commerciaux, Still Standing For Culture rassemblait les paroles de secteurs précarisés par la gestion de crise, transformant l’espace marchand en  lieu de manifestation politique et artistique. Puis dans 150  localités du pays, plus de 500 porteurs et porteuses d'action d'un champ culturel large (des lieux et artistes en passant par le socio culturel et l'éducation permanente. 

De Faire Culture, le mouvement invitait à faire débat : Sommes nous condamnés à être une  variable d'ajustement ? Si oui : quelles conséquences? L’idée était claire : combattre une gestion de crise dans une  situation devenue structurelle, contester les choix politiques  et idéologiques du gouvernement, ne pas considérer comme une évidence la hiérarchie des priorités politique et la vision médiocre de l’action culturelle par temps de crise. 

Car oui, il eût été  facile de faire reprendre la culture à certains endroits, en sortant de  l’approche sectorielle, et en observant avec plus de finesse les  situations par risques, de manière particulière, en cessant de considérer « le secteur culturel », constitué d'un million de  spécificités, à la grosse louche. Mais cela n’a pas semblé nécessaire pour le gouvernement dont l’objectif était le maintien maintenir un modèle où la  production et la consommation sont au cœur de nos vies. Résultat : le lien social, l'intelligence  collective, l'élaboration de nouvelles formes et de nouveaux contenus  sont restés interdits, car la culture n’a pas sa place pas dans un  modèle social gouverné par la logique économique du siècle passé. Aujourd’hui, il s'agit de démonter que la fermeture prolongée des théâtres, des cinémas et des salles de concert ne relève plus de l’urgence sanitaire mais de véritables choix choix politiques du  gouvernement.

Le récit médiatique a construit cette image d’artistes à  l’arrêt, qui patientent tristement avant l’arrivée d’une reprise  printanière, ce qui n'a pas aidé le pouvoir à distinguer un concert de 5 000 spectateurs à d'autres types d'activités culturelles. Face à cette triste vision d’une culture seulement rentable et  divertissante, nous avons cessé d'attendre des autorités qu'elles perçoivent l'urgence sociale de la situation. 

Nous devons agir dans le présent, rester en mouvement, (re)faire culture par nous même, et tenter de faire émerger les questions qui traversent cette temporalité exceptionnelle. 

C’est pourquoi nous passons de la contestation légale à des actions  plus fortes et subversives par la réouverture intelligente, solidaire et responsable de 150 établissements, du 1er au 8 mai. Il faut faire art. Les corps  doivent se déplacer devant des œuvres : se rendre dans un lieu fait déjà  partie du cheminement culturel. La culture, c'est le déplacement. Le  vivant ne peut être remplacé par un écran et aucun argument scientifique n’est crédible pour responsabiliser la culture  devant la hausse des  courbes de contamination. L’arrêt de la culture est tout simplement injuste et représentatif d’une triste vision du monde. Nous la contestons.

Il s’agit de faire débat, de faire culture. Ces directives, ne sont pas discutées de manière démocratique. J’ignore ce que nous avons perdu pendant toute cette année. Mais je vois ce que nous nous sommes en train de retrouver en construisant l’argumentaire par nous-mêmes, en refaisant les choses de manière intelligente et responsable, sans attendre que le gouvernement nous en donne l’autorisation. Déjà, une culture qui ne parle plus d’elle-même. Si nous ne faisons rien, nous serons piégés à chaque vague et à chaque épidémie. Ce sont dans les moments les plus incertains que la culture doit agir.

Retrouvez ici toutes les chroniques de notre série Coronavirus, une conversation mondiale.