David Simon est à l'origine des séries les plus marquantes de ces 20 dernières années
David Simon est à l'origine des séries les plus marquantes de ces 20 dernières années

David Simon, créateur de séries en colère

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David Simon, un créateur de séries en colère

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Il a réalisé certaines des plus grandes séries que vous regardez. David Simon a révolutionné le monde des séries en montrant l'échec du rêve américain avec un regard quasi documentaire. Portrait de celui qui s'est autoproclamé "homme le plus en colère de la télé".

David Simon est à l’origine des séries les plus marquantes de ces 20 dernières. Cet ancien journaliste a révolutionné les codes de la télévision avec des séries naturalistes, des fictions exigeantes et un style documentaire. Véritable auteur, il a bâti au fil du temps une oeuvre-monde, comparée à la littérature de Balzac ou de Dickens.

“Nous construisons nos scénarii sur l’idée que nous nous faisons des villes américaines aujourd’hui. The Wire, c’est un regard porté sur l’état de l’empire américain”

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David Simon en 2007

2 juin 2002, la chaîne câblée HBO diffuse le premier épisode d’une nouvelle série, The Wire, une enquête sur un trafic de drogue dans un style bien éloigné des séries policières classiques. Malgré l’audience décevante, elle suscite au fil des années un engouement critique inédit pour une série, à commencer par Barack Obama.

Je suis un très grand fan de "Sur écoute". Je pense que c'est l'une des meilleures parmi les séries télévisées mais aussi parmi les oeuvres d'art des dernières décennies.

L’homme derrière The Wire, c’est David Simon, écrivain et ex-journaliste. Issu d’une famille juive de Washington, il travaille 12 ans au Baltimore Sun et a passé un an en immersion dans la brigade criminelle de Baltimore l’une des villes au plus fort taux de criminalité du pays
David Simons a publié plusieurs chroniques de ces années à Baltimore, dont Homicide : A Year on the Killing Streets.

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Une série policière ?

En 2000, il adapte l’une d’elle en mini-série pour la chaîne HBO, The Corner, chronique sociale d’un quartier pauvre, rongé par la drogue. David Simon veut aller plus loin avec sa nouvelle série sur Baltimore, The Wire. 

Il doit harceler les cadres de la chaîne qui se refusaient jusque-là à diffuser une série policière, par dédain pour le genre.

Ariane Hudelet, professeure d’études visuelles : "The Wire ce n’est pas ça. On voit bien dès le début que ça prend son temps, ça pose une intrigue très complexe avec beaucoup de personnages. La série nous parle d’un système, de plusieurs systèmes imbriqués et au finale, ça nous fait une fresque, un tableau sociologique de Baltimore."

David Simon écrit la série avec Ed Burns, ancien policier reconverti en instituteur. L’équipe tourne au pied des tours HLM pendant plusieurs années et engage des acteurs non-professionnels, recrutés sur place.

Ed Burns raconte en 2007 son point de vue sur la série :“Quand on voit des gamins noirs dans les médias, ils sont systématiquement menottés mais si à travers une série on commence à les suivre, à savoir d’où ils viennent et pourquoi ils sont dans cette situation, alors on s’y attache.”

Avec The Wire et les séries qui suivent, David Simon développe une Comédie humaine moderne désenchantée mais aussi un univers foisonnant, avec les mêmes acteurs d’une série à l’autre.

Ariane Hudelet : "L’un de ses acteurs Clarke Peters disait qu’il avait l’impression de faire partie de l’équipe d’Orson Welles à l’époque du Mercury theatre. C’est ça aussi qui fonctionne d’une série à l’autre."

Il fait apparaître à la télévision des communautés jusque-là peu visibles : prostituées, toxicomanes, prolétaires, syndicalistes.

Un regard sur la ville comme entité

Avec la Nouvelle-Orléans dans Treme ou New York dans The Deuce, il ancre sa mythologie dans un lieu : la ville moderne post-industrielle.

François Jost, professeur d'études visuelles : “On visite des quartiers à hauteur d’homme. Ce n’est pas surplombant. Ce qui est important, c’est qu’il y a un point de vue très politique. Dans Treme par exemple, il y a une opposition très forte entre le fédéral et l’étatique. C’est là qu’on retrouve le journaliste : pour lui ce qui compte c’est le terrain. On ne va pas dire des grandes généralités mais regarder comment ça fonctionne sur le terrain entre le dealer, le guetteur, etc. C’est vraiment une monographie du quartier.”

Se revendiquant comme “l’homme le plus en colère de la télévision”, il critique la politique des années Bush, et la guerre en Irak avec Generation Kill. Il dénonce l’exclusion des pauvres dans Show me a hero.

“L’idée que le capitalisme débridé pourrait se substituer à toutes les politiques sociales, que la mondialisation finirait par donner autre chose que l’exclusion des travailleurs, toutes ces idées, ça ne tient plus aujourd’hui.”

David Simon, 2007

Ariane Hudelet : "Toutes ses séries sont des explorations. On a parlé du travail de Simon comme social science fiction (fiction de sciences sociales). Ce qui ressort de l'œuvre de Simon, c’est une croyance en l’humain, en l’étincelle de l’humain qui doit continuer à se battre contre l’absurdité des systèmes."

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