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De Babylone à Versailles : l'enchantement des jardins

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Labyrinthe, jardin du château de Chenonceau
Labyrinthe, jardin du château de Chenonceau
© AFP - HEATON / ONLYWORLD.NET / ONLY FRANCE

1954. Mythiques, originels, imaginaires ou encore sources d'inspiration pour la littérature : de l'Eden à Versailles en passant par Babylone, archives de jardins enchanteurs en compagnie de Pierre Grimal.

Dans une causerie radiophonique de 1954, Pierre Grimal, philologue et historien, revisite l'histoire des jardins dans un propos qui ne craint pas le vocabulaire de l'enchantement et de la magie. De l'Eden originel aux jardins suspendus de Babylone, les escales sont aussi romaines que persanes :

L'homme et les jardins, Pierre Grimal (24.02.1954)

12 min

Durée :12'03 • Archive INA - Radio France

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Jamais il n’est de jardin où les dieux ne soient présents" , affirme Pierre Grimal. Et par son action sur la nature, l'homme est assimilé à une sorte de dieu lorsqu'il façonne la terre :

“Lorsqu’il crée un jardin, l’homme est un démiurge. Il ordonne à son gré l’ombre et la lumière, le soleil et le vent. Il faut croître ici ou là un arbre venu de loin, ailleurs, une fleur inconnue. Il modifie la forme et la couleur des plantes, invente des variétés et des fruits nouveaux. Aussi n’est-il pas étonnant que le jardin ait longtemps apparu comme un moyen très efficace de s’assurer la possession du monde.”

Du motif du jardin enchanté, largement véhiculé par les romans de chevalerie, à la comédie dans les jardins de Versailles conçus par André Le Nôtre, Pierre Grimal évoque cette histoire des jardins français :

“Si le siècle classique, que l’on s’obstine aveuglement à prétendre raisonnable, a mis autant de féérie dans ses jardins, c’est que peut-être, en dépit de Descartes et de Boileau, il a cherché à retrouver ailleurs que dans une littérature trop savante et livresque l’aspiration fondamentale et les constantes de l’âme humaine. C’est ainsi que le jardin, né autrefois par un défi à la nature dans les sables d’Orient, est parvenu à sauver, par sa seule force contre les raisonneurs, ce qui demeurait vivant de l’esprit médiéval et a préparé la floraison poétique du romantisme et du pré-romantisme.”

Comme un écho contemporain à cet enchantement, le paysagiste et jardinier Gilles Clément, dans son cours au Collège de France définissait le jardin en ces termes :

"Il s'agit là d'un lieu très privilégié (...) qui est le seul et l'unique endroit de rencontre de l'homme avec la nature où le rêve est autorisé. (...) Au jardin, il suffit d'être, et cela demande un silence."

Pour aller plus loin :

De Versailles à Chantilly : l'art d'André Le Nôtre en quatre jardins à la française

Le jardin comme lieu de l'intériorité au Moyen-Âge (L'Eloge du savoir, 19.07.2013)

Jardins d'Orient (Cultures d'Islam, 19.06.2016)

L'art des jardins arabo-andalous, une méditation à ciel ouvert (France Culture Conférences)