De Brocéliande au bois de nos instruments de musique : l'âme des arbres

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De Brocéliande au bois de nos instruments de musique : l'âme des arbres

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Un arbre
Un arbre
- Pixabay

Que serait Noël sans un sapin dans la maison ? Notre monde sans ses arbres ? Et d'ailleurs les arbres ont-ils une âme ? A travers plusieurs émissions de France Culture, hommage à ces grands compagnons en "armures et fanfreluches complètes de prêtre-guerrier", comme les décrivait Giono.

"Les mélèzes se couvrent de capuchons et de limousines en peaux de marmottes, les érables se guêtrent de houseaux rouges, enfilent des pantalons de zouaves, s'enveloppent de capes de bourreaux, se coiffent du béret des Borgia…" Qui aussi bien que Jean Giono dans son Roi sans divertissement, pour parler des arbres ? Peter Wohlleben peut-être, qui avec son livre La vie secrète des arbres (éditions des Arènes), nous plonge dans l'univers d'une forêt, à la manière d'un conte. En tout cas, la parution de son best-seller, sur fond de préoccupations climatiques, a fait de 2017 l'année des arbres ! Ne passez pas à côté de ces émissions de France Culture, anciennes et nouvelles, qui se sont consacrées aux arbres et à leur âme.

Raconte-moi les arbres ! Des êtres doués de sensibilité et d’intelligence.

Forêt de pins près de Petersdorf, en Allemagne, prise en photo au dessus des cimes par un drone
Forêt de pins près de Petersdorf, en Allemagne, prise en photo au dessus des cimes par un drone
© AFP - Patrick Pleul

Ingénieur forestier et écrivain allemand, Peter Wohlleben est l'auteur du best-seller La Vie secrète des arbres, initialement paru en 2015 et dont la publication de la traduction française a marqué cette année 1017. Il était l'invité d'Aurélie Luneau pour son émission “De cause à effets”, en mars 2017. Il évoquait la manière dont les arbres savent communiquer, s’entraider, se défendre : 

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Je crois qu'à l'école, on a mal appris l'évolution, c'est-à-dire qu'il n'y a que le plus fort qui survit, et que chacun combat tout le monde. Moi je me suis rendu compte que les vieilles souches, même après des centaines d'années, sans avoir une seule feuille verte, continuaient à vivre, et pourtant elles n'étaient pas dans de bonnes conditions pour pouvoir survivre. Donc au lieu d'y avoir une lutte permanente, il doit y avoir une entraide. Et ça a l'air relativement logique, parce qu'un seul arbre sait qu'il n'est pas une forêt, et qu'il a besoin d'un certain climat pour se développer, l'humidité, etc. Et les arbres le savent, individuellement. C'est amusant, parce que c'est presque humain de se dire : "Mais alors finalement, je vais recevoir quoi moi, en échange ?" Les arbres ne peuvent pas se poser la question, mais ça existe intrinsèquement.

Peter Wohlleben est ensuite revenu en ce mois de décembre dans les Matins, au moment où les enjeux climatiques tenaient toujours le haut de l'affiche et où les réponses à la crise climatique pouvaient sembler, plus que jamais, résider dans les forêts primaires 

Nous avons toujours considéré les arbres comme au service de l'humanité, qui produisent pour nous de l'oxygène. Ce n'est pas ça qu'ils font. Les arbres existent depuis 300 millions d'années, les hommes depuis 300 000 ans, les forestiers depuis 300 ans.

De la forêt à la musique… les voyages du bois de résonance

Lorsqu'on entend jouer un quatuor à cordes, est-ce que c'est l'âme des arbres, qui s'expriment à travers les caisses de résonance des instruments ? Pour tenter d'obtenir une réponse à cette question, l'émission "Sur les docks" s'était rendue dans le massif du Jura en janvier 2013. A mille mètres d'altitude, grâce à ses épicéas pluricentenaires, la forêt du Risoux est connue par les luthiers et facteurs d'instruments pour ses "bois de résonance", très serrés. Des bois vendus jusqu'à cinq fois plus cher qu'un bois standard : 

On a la chance dans le réseau d'avoir des bois qui sont très vieux, qui ont 300 et 400 ans pour certains, voire plus. On a eu des arbres qui avaient 450 ans. Et on va trouver des épicéas qui vont pousser très lentement, qui ont une structure vraiment fantastique dans laquelle on va pouvoir prélever du bois de résonance. Lors d'un martelage, on voit que certaines plantes sont droites, avec un port élancé, sans noeuds, sans vis… On va leur faire un signe particulier, et on les abattra à la bonne lune, au bon moment. Souvent c'est la lune d'octobre, pour du bois de résonance. François Villard, garde forestier

"On a perdu cette notion d’arbre sacré.”

Il parle de la danse cosmique des bourgeons, des arbres comme "cadeaux du ciel", et de relation aux "arbres sacrés". A la fois ingénieur et poète, Ernst Zürcher , professeur et chercheur à la Haute école spécialisée bernoise, spécialiste de chronobiologie passait dans l'émission "Terre à terre" de Ruth Stégassy en mars 2014. L'écouter c'est se forger un autre regard sur les arbres, pour lui éternel sujet d'étonnement :

"Vous prenez un arbre : il est vertical. Si l'arbre était simplement un résineux sans aucune branche, ça irait encore, ça tient par soi-même. Mais sitôt que vous considérez les branches… un arbre qui est étalé avec toute sa couronne dans l'espace, à 30, 40, 50 mètres de haut, moi ce qui me sidère ce sont ces branches qui restent pendant des dizaines, des centaines d'années dans cette position absolument inconfortable. Comment l'arbre parvient-il à faire ça ? Que fait-il avec la gravité terrestre ? Avec son propre poids ? C'est comme si c'était un oiseau qui avait un vol immobile.

Le murmure des arbres

Le murmure des arbres
Le murmure des arbres
© Radio France - Cendrine Robelin

À l'heure où le monde revêt des couleurs apocalyptiques, que diriez-vous d'une immersion sonore initiatique au cœur d'une forêt des plus visitées d'Europe ? La forêt de Brocéliande, dont Alexis s'est fait pour nous le guide, le temps d'un "Création on air" en janvier 2017 :

Tout prend sens dans la forêt, et répond à mes doutes, mes peurs, mes angoisses. La forêt est mon maître, mon guide, la source de mon bon sens, de mes conseils, de mon espérance. La forêt me relie à l'au-delà.

Au-delà des humains : et si la forêt pensait ?

L'anthropologue Eduardo Kohn, professeur au Canada, en est persuadé : tous les êtres vivants sont des êtres pensants... L'homme n'a pas l'exclusivité de l'âme ! En mai 2017, dans l'émission "De cause à effets, le magazine de l'environnement", il nous entraînait sur les traces des indiens Runa, en Amazonie. 

Cette téléportation au cœur de l'Amazonie nous force à remettre en question notre rapport aux êtres non-humains : 

Une des choses les plus intéressantes avec les peuples de l'Amazone c'est qu'ils ont une forme de parler. Les gens de l'Amazone, comme tous les êtres humains sont des êtres symboliques, ils n'ont rien de différent quant à leur capacité langagière ou l'intérêt qu'ils portent à la langue. Mais ils se déplacent dans des espaces où cette forme de pensée n'est pas la principale. Et ils ont une forme extrêmement développée d'usage d'éléments qui ne font pas partie du langage. Des onomatopées. Cela peut sembler enfantin, mais c'est particulièrement sophistiqué, et ça permet de penser la forêt.

Des arbres solidaires, avec chacun leur caractère

Forêt de Saou (Drôme)
Forêt de Saou (Drôme)
- Wikicommons

Depuis Saou, dans la Drôme, et suite à sa lecture de La vie secrète des arbres de Peter Wohlleben, Guillaume Erner consacrait en mars 2107 son humeur du matin à la forêt, s'émerveillant notamment d'une découverte : les arbres sont solidaires :

Chacun d'entre eux sait qu'il doit sa vie aux autres, que seul, il ne résisterait pas longtemps, voilà pourquoi la société des arbres fait bloc par rapport aux autres espèces pour accéder aux ressources qui lui sont nécessaires : le sol, la lumière. Du coup, les arbres communiquent entre eux, assure Wohlleben, électriquement et chimiquement, notamment par l'intermédiaire de réseaux de champignons, les hyphes, ces petits filaments blancs que vous trouvez dans le sol quand la terre est retournée. Et enfin, les arbres ont leur caractère, chacun se comporte de manière singulière, comme un individu doté d'un tronc mais aussi de feuilles.

L'arbre, la douceur de l'ombre

S'étendre sous les ombrages, s'y délasser, y méditer, s'enfouir dans le végétal, s'y réfugier, y grimper... Alain Corbin, grand historien de nos sensibilités, proposait dans les Lundis de l'histoire en mai 2013,  une foisonnante et passionnante promenade historique et littéraire, aux côtés d'auteurs aussi divers que Virgile et Péguy, Chateaubriand et Senancour, Rousseau et Yves Bonnefoy, Victor Hugo, Dante et George Sand… des individus qui, au fil des siècles, possédaient les mots pour décrire ces "être" qui ont sidéré l’homme par leur prestance et leur mystère.

Souvent les poètes, les écrivains, ne sont pas d’accord avec les savants. Pour de nombreux peintres et poètes, il y a entre l’arbre, le végétal et la femme et l’homme des ressemblances extrêmement fortes. D’abord les historiens de l’Antiquité pensaient que l’arbre comme l’homme a du sang, c’est sa sève. Qu’il a des os nous dit Pline, ce sont le bois dur de ses branches. Et à la fin du XIXè siècle dans l’Art Déco, la femme plante est partout.

La méditation de l'arbre 

Et si vous deveniez un arbre ? Semblable à lui, immobile, cultiver sa sensibilité et son discernement. Rester là, attentif à son corps, aux bruits du monde… acceptant pendant un temps de ne rien faire d’utile. Un peu de méditation sylvestre avec Christophe André dans cette émission d'août 2016 :

Renoncer à atteindre quoi que ce soit. C'est sans doute un des aspects les plus déconcertants de l'apprentissage. On se dit alors "Me dépouiller de mes attentes, faire des efforts sans poursuivre le moindre but ? Mais sans attentes, sans objectifs, on ne va nulle part, c'est inutile." C'est vrai, la méditation semble souvent inutile parce qu'elle se refuse à poursuivre des objectifs immédiats.

Arbres : bouquet d'histoires singulières

Le noyer de Jutigny
Le noyer de Jutigny
- Marine Guillier

Terminons cette petite playlist boisée, par quelques histoires d'arbres singulières, racontées dans Les Pieds sur terre en novembre 2015. Celle de cet arbre abattu parce qu'il gênait les voisins. De ces arbres qui dans leur chute ont pulvérisé le pare-brise d'une jeune conductrice. Ou encore de cet if millénaire, arrosé de "round up"

Un jour j'ai remarqué qu'il y avait moins d'aiguilles sur un côté de l'arbre. ça commençait à vraiment se dégarnir de plus en plus. Tout devenait marron, il n'y avait plus de vert. On a fait venir des experts pour analyser le sol autour des arbres, et les aiguilles. Et là, on a découvert qu'il a été pollué par du désherbant, du glyphosate. C'était très très inquiétant, parce qu'on pense que c'était fait volontairement. Et personne n'a voulu nous croire, croire qu'on aurait pu asperger volontairement un arbre millénaire d'un produit toxique.