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De Cecil B. DeMille à Terrence Malick : le cinéma américain à travers 12 Palmes d'or

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Sur le tournage du film "Apocalypse Now" du réalisateur Francis Ford Coppola, Palme d'Or 1979.
Sur le tournage du film "Apocalypse Now" du réalisateur Francis Ford Coppola, Palme d'Or 1979.
© Getty - Caterine Milinaire

Festival de Cannes. "Apocalypse Now", "Pulp Fiction", "Sexe, mensonges et vidéo"... ces films cultes ont marqué le rendez-vous cannois. Dans cette sélection d'émissions de France Culture, revisitez l'histoire du cinéma américain à travers douze réalisateurs couronnés sur la Croisette.

2020, le Festival de Cannes n'aura pas lieu. Tout comme en 1939, lorsque le début de la guerre ajourna la première édition du rendez-vous annuel sur la Croisette. Ou encore en 1968, lorsque les cinéastes les plus engagés de la Nouvelle Vague provoquèrent l'annulation de la cérémonie, en soutien au mouvement social historique en train de naître. En dehors de quelques années blanches, le festival phare du cinéma d'auteur international n'a eu de cesse de récompenser le travail de nombreux réalisateurs étasuniens, tous styles confondus. De la satire antimilitariste de Robert Altman au documentaire critique de Michael Moore, en passant par la comédie musicale audacieuse de Bob Fosse, ou encore le polar stupéfiant de Quentin Tarantino, (re)découvrez, grâce à une sélection d'émissions, les œuvres fascinantes des douze cinéastes américains palmés à Cannes.

Cecil B. DeMille : à lui seul, ce nom incarne la démesure et le classicisme hollywoodiens. Ce réalisateur, producteur et acteur emblématique fut l'un des fondateurs d’Hollywood, en 1914. Sélectionné en compétition officielle lors de la toute première édition du Festival de Cannes pour son film Pacific Express, Cecil B. DeMille ne put être récompensé. En effet, le 3 septembre 1939, la déclaration de guerre du Royaume-Uni et de la France à l'Allemagne nazie entraîna l'annulation du festival. Pacific Express attendra sa Palme d'or jusqu'en... 2002 ! Attribuée rétroactivement, et à l'unanimité du jury de la 55e édition, cette consécration posthume a gravé le nom de Cecil B. DeMille dans le marbre cannois. En 2018, "Plan Large" proposait de dégager quelques lignes de force thématiques et stylistiques dans l'œuvre du cinéaste monument.

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En 1970, Robert Altman s'illustre sur la Croisette avec M.A.S.H., une comédie antimilitariste et fougueuse. En pleine guerre de Corée et entre deux opérations, trois médecins irrévérencieux enchaînent les filouteries dans leur antenne chirurgicale (d'où le titre : Mobile Army Surgical Hospital). A travers cette satire, où Altman étale le coût humain du combat tout autant que la bêtise des majors simples d'esprit, le réalisateur américain dresse un parallèle implicite entre la guerre de Corée (1950-1953) et celle du Vietnam, dans laquelle les Etats-Unis sont engagés au moment où le film obtient la Palme d'or. En 2009, l'émission "Une vie, une œuvre" revenait sur le parcours du cinéaste anticonformiste.

  • Francis Ford Coppola : Conversation secrète, Palme d'or 1974 ; Apocalypse Now, Palme d'or 1979

Réalisateur, scénariste, producteur exécutif et compositeur, Francis Ford Coppola remporte sa première Palme d'or en 1974 avec Conversation secrète, film aux trousses d'un as de la filature. Le cinéaste se retrouve palmé une seconde fois en 1979, pour Apocalypse Now, épopée grandiose de la folie guerrière avec le Vietnam pour cadre. "Les Mardis du cinéma" revenaient en 1997 sur l'itinéraire de Coppola, figure de proue du Nouvel Hollywood.

Francis Ford Coppola - Les Mardis du cinéma (1997)

57 min

De retour de la guerre du Vietnam, Travis se reconvertit en chauffeur de taxi. Le vétéran déambule alors dans les rues de New-York, se mêlant aux destins les plus misérables de la ville. Avec Taxi Driver, Martin Scorsese triomphe à Cannes en 1976, malgré de nombreuses critiques au sujet de la violence démente du personnage magistralement interprété par Robert de Niro. En 2014, l'émission "Sur les docks" proposait de partir à la recherche du réalisateur, producteur et acteur américain, dont l'œuvre foisonnante a marqué toute une génération de cinéastes. En compagnie de ses proches collaborateurs, de critiques de cinéma et de spécialistes de sa filmographie, il s’agissait à la fois de tenter d’approcher Scorsese et de fouiller dans son œuvre pour en saisir la part documentaire.

Sur les docks | 14-15
53 min

Chorégraphe et metteur en scène important de Broadway, Bob Fosse a marqué les planches des plus grands théâtres avec des pièces monumentales comme Chicago en 1975. Il s'illustre également à l'écran, en orchestrant la réalisation de l'immense Cabaret (1972) ou d'All That Jazz - Que le spectacle commence ! en français - grâce auquel il remporte la Palme d'or en 1980, ex aequo avec Kagemucha, l'ombre du guerrier d'Akira Kurosawa. Pour nous faire entendre le talent et la modernité du chorégraphe et nous convaincre de (re)voir son oeuvre, l'émission "Les Géants de la comédie musicale américaine" a rendu hommage à Bob Fosse en 1988, dans un dernier épisode d'une série en cinq volets consacrée aux grands noms du musical.

Les Nuits de France Culture
1h 01

En 1989, à 26 ans seulement, Steven Soderbergh fait une entrée fracassante dans le monde du cinéma en décrochant une Palme d'or avec un premier film déconcertant d'habileté : Sexe, mensonges et vidéo. Graham Dalton, un jeune homme souffrant de problèmes d'érection, collectionne des interviews vidéo de confessions érotiques des femmes qu'il rencontre. Dans l'émission "Un autre jour est possible", l'historien du cinéma Michael Henry Wilson évoquait en 2014 la portée réflexive du cinéma de Steven Soderbergh, dans lequel les personnages se retrouvent souvent derrière une caméra.

Un autre jour est possible
28 min

Le road movie Sailor et Lula, tiré du roman de Barry Gifford, trip passionnel et aventureux au casting caviar (Nicolas Cage et Laura Dern dans les premiers rôles), a permis à David Lynch de décrocher sa première Palme d'or en 1990. Période dorée pour le réalisateur à l'origine de la série culte Twin Peaks, diffusée pour la première fois à la télévision au même moment que la sortie en salles de son succès cannois. Son cinéma invite le public à de nouvelles expériences sensorielles dans lesquelles la logique narrative se désagrège pour mieux mystifier le spectateur. S'il appartient bel et bien au système des studios hollywoodiens, Lynch n'a jamais cessé d'en explorer les marges. Dans une série de quatre émissions animées par Adèle Van Reeth, explorez la philosophie de l'œuvre lynchienne.

Avec Barton Fink, Ethan et Joel Cohen signent en 1991 une farce drolatique sur le cinéma américain des années 1940 à travers les aventures d'un jeune dramaturge qui, après le succès de sa première pièce, se retrouve propulsé scénariste pour les studios hollywoodiens. Entre drame kafkaïen sur les affres de la création d'un auteur en herbe et portrait au vitriol d'un Hollywood étourdissant, les frères Coen rassemblent tous les critères pour briller sur la Croisette. Dans une émission spéciale à l'occasion de la sortie de leur film Inside Llewyn Davis (Grand Prix du Festival de Cannes 2013), "Projection privée" se penchait sur l'œuvre brillante et foisonnante des deux frères réalisateurs.

À réécouter : Autour des frères Coen
Projection privée
1h 00

Avec Pulp Fiction, polar roublard et tumultueux, Quentin Tarantino marque la légende cannoise en décrochant en 1994 l'une des Palmes les plus populaires de l'histoire du festival. Conte foutraque, violence à haut-voltage, tchatche burlesque : avec ce classique inégalable, Tarantino a conquis non seulement le public mais aussi les critiques. Tous, hormis une personne mécontente et virulente qui hurla "Mais quelle daube ! Putain fait chier !" dans la salle lorsque le réalisateur monta sur scène recevoir son prix. Insulte à laquelle le cinéaste répondit par un doigt d'honneur railleur. En 2015, "Les Chemins de la philosophie" cherchaient à expliquer la fétichisation de Quentin Tarantino, ainsi que la polémique qui entoure la sortie de chacun de ses films. 

Les Chemins de la philosophie
53 min

En avril 1999, deux adolescents du lycée de Columbine, aux Etats-Unis, assassinent une quinzaine de leurs camarades de classe dans une fusillade. Gus Van Sant s'empare de ce fait divers quatre ans plus tard et réalise Elephant, approche fictionnelle, personnelle, sensible et artistique d'une tragédie qui marqua profondément la mémoire américaine. Grâce à cette surprenante fresque de l'indicible, le cinéaste remporte non seulement la Palme d'or, mais aussi le Prix de la mise en scène. Réalisateur, scénariste, photographe, peintre, poète, Gus Van Sant est un artiste pluriel, auteur de nombreux films qui vont du cinéma underground militant au cinéma grand public de commande. Ecoutez-le se raconter en 2016, au fil de deux entretiens, dans "Hors-champs". 

Hors-champs
44 min

Avant Gus Van Sant, Michael Moore s'était lui aussi emparé de la tuerie de 1999 dans Bowling for Columbine (2002), enquête sur la violence provoquée par la vieille appétence américaine pour les armes à feu. Deux ans plus tard, c'est à son tour de remporter la Palme cannoise. De Bowling for Columbine à Fahrenheit 9/11, brûlot anti-Bush dans lequel Moore dénonce une politique de terreur fondée sur des mensonges, chacun des documentaires du réalisateur engagé est une critique musclée contre les dérives de l'Amérique. A l'occasion de la sortie de son film Where to Invade Next ? en 2015, la rédaction de France Culture dressait son portrait.

Le Portrait du jour
2 min

Énigmatique, mystique, suspendu dans l'espace et le temps, The Tree of Life est un voyage entre spiritualité et réflexions à la fois familiales (sur le deuil) ou cosmiques (sur la création du monde). Grâce à ce film, le réalisateur, scénariste et producteur Terrence Malick remporte la Palme d'Or en 2011 en restant fidèle à lui-même, loin des codes hollywoodiens du spectaculaire, songeur, presque hors sol, en quête infinie du sublime. En 2014, l'émission "Un autre jour est possible" nous faisait redécouvrir le travail de ce poète du cosmos.

Un autre jour est possible
28 min

Pour aller plus loin...

Plan large
59 min

Et deux réalisateurs encore, récompensés par les plus grands prix de Cannes, Billy Wilder et Vincente Minnelli :

Plan large
59 min
Les Nuits de France Culture
1h 04