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De Churchill à Marie-France Garaud, ces flingueurs d'avant le "prix de l'humour politique"

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Le Premier ministre britannique Churchill, entouré par des officiers de l'armée britannique, essaye, en 1941, une nouvelle mitrailleuse, dans le Kent.
Le Premier ministre britannique Churchill, entouré par des officiers de l'armée britannique, essaye, en 1941, une nouvelle mitrailleuse, dans le Kent.
© AFP - IMPERIAL WAR MUSEUM

Le prix de l'humour politique 2017 a été remis à François Hollande pour l'ensemble de ses traits d'humour. Mais les hommes et femmes politiques n'ont pas attendu l'invention de ce prix, en 1988, pour sortir leur langue (de vipère) de leur poche ! Quelques citations pour vous en convaincre.

"Heureusement que le Canard enchaîné est un hebdomadaire et pas un quotidien, sinon imaginez où on en serait avec Fillon", ou encore : "Je salue Christiane Taubira... Sa voix peut porter, même quand elle ne dit rien". François Hollande s'est vu décerner le Grand prix de l'humour politique 2017, ce 28 novembre, pour l'ensemble de ses traits d'esprit. Mais les personnalités politiques n'ont pas attendu l'invention de cette récompense, en 1988, pour rivaliser de saillies cinglantes et drolatiques, aptes à s'installer dans les mémoires. Petit tour d'horizon, avec six flingueurs d'exception, de Clemenceau à Marie-France Garaud. 

Clemenceau et ses tacles posthumes à Felix Faure

Le 16 février 1899, Felix Faure, président de la République française de 1895 à 1899, s'éteint. Et les circonstances du décès sont quelque peu gênantes : le bruit court qu'il est mort dans les bras de sa maîtresse, Marguerite Steinheil, d'une congestion cérébrale. On prête alors au radical-socialiste George Clemenceau, qui ne l'aimait guère, ce trait aussi érudit que cuisant :

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Il a voulu vivre César, il est mort Pompée.

Vexation complétée d'une autre, tout aussi bien tournée :

ll est retourné au néant, il a dû s’y sentir chez lui.

Sous ses sympathiques moustaches, celui qui estimait qu'"en politique on succède à des imbéciles et on est remplacé par des incapables", avait assurément la dent dure. 

Churchill le "Vieux Lion" qualifie de Gaulle de "jeune chien"

Churchill est particulièrement connu pour ses bons mots dévastateurs (recensés dans l'ouvrage Les sautes d'humour de Winston Churchill, chez Payot). Le dramaturge Bernard Shaw, Lady Astor... et jusqu'à Clementine Churchill, sa propre épouse... ils ont été nombreux à en faire les frais ! Charles de Gaulle lui-même, malgré sa prestance, n'a pu échapper aux flèches du "Vieux Lion". En mai 1943, il évoque de Gaulle en ces termes :

J'ai pris soin de De Gaulle un peu comme on élève un jeune chien, mais il mord maintenant la main qui l'a nourri.

Quelques mois plus tôt, il avait prévenu le Général : 

Si vous m'obstaclerez, je vous liquiderai.

3. Charles de Gaulle se paye le petit "homme politique" François Mitterrand

Qu'on se rassure, Charles de Gaulle n'était pas en reste en matière de petites cruautés politiques. Ainsi que le prouve cette répartie, jetée à François Mitterrand en mai 1958 :

Vous êtes un homme politique. C’est bien. Il en faut. Mais, en certaines circonstances, les hommes politiques doivent savoir se hausser au niveau des hommes d’État.

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Margaret Thatcher et son uppercut féministe

La femme d'Etat britannique, Premier ministre du Royaume-Uni de 1979 à 1990, évoquait volontiers et publiquement sa position de seule femme au Parlement. Voici notamment ce qu'elle avait coutume de dire, avec beaucoup de sarcasme : 

En politique, si vous voulez que quelque chose soit dit, demandez à un homme. Si vous voulez que quelque chose soit fait, demandez à une femme.

En plein direct, Mitterrand envoie Giscard d'Estaing, "l'homme du passif", dans les cordes

5 mai 1981. Second round télévisuel de l'élection présidentielle, qui voit s'affronter Giscard d'Estaing et François Mitterrand. Sept ans plus tôt, lors du premier débat télévisuel de la précédente élection, le premier avait lancé au second cette phrase assassine : "Vous n'avez pas le monopole du cœur." Qu'importe, la vengeance est un plat qui se mange froid. Et Mitterrand l'a bien compris, qui réserve à Giscard l'une de ses flèches les plus venimeuses :

Vous avez tendance à reprendre le refrain d’il y a sept ans : l’homme du passé. C’est quand même ennuyeux que, dans l’intervalle, vous soyez devenu, vous, l’homme du passif.

Mitterrand (encore lui) rassoit Jacques Chirac sur son fauteuil de premier ministre.

Généralement, sur le grand échiquier politique, on donne autant que l'on reçoit. Mais force est de constater que François Mitterrand a davantage donné. En 1988, lors du débat de l'entre-deux-tours, au paroxysme de deux années de difficile cohabitation, voici le bon mot grinçant que le socialiste décoche au chef du RPR :

Chirac : Permettez-moi de vous dire que ce soir, je ne suis pas le Premier ministre, et vous n’êtes pas le Président de la République. Nous sommes deux candidats, à égalité, et qui se soumettent au jugement des Français… 

Mitterrand : Mais vous avez tout à fait raison, Monsieur le Premier ministre.

Marie-France Garaud, vipère (au point)

Le venin politique se conjugue aussi au féminin. La femme politique française Marie-France Garaud, qui fut députée européenne de 1999 à 2004, tire largement son épingle du jeu (de destruction). Et Jacques Chirac essuie encore une fois les plâtres, lui qui avait déjà été qualifié de "roseau peint en fer" par Edgar Faure, et de "volatile avec des couilles" par Raymond Barre :

Je croyais que Chirac était du marbre dont on fait les statues. En réalité il est de la faïence dont on fait les bidets.

Celle qui fut le soutien du jeune Jacques Chirac, mais qui fut évincée de son entourage après l'insuccès du RPR aux législatives de 1979, estimait encore :

Mitterrand a détruit la Ve République par orgueil, Valéry Giscard d'Estaing par vanité et Jacques Chirac par inadvertance.

"Jamais de bonté en politique, écrivait François Mauriac. Il s'agit des lois d'un monde féroce où le cadavre d'un ennemi a toujours senti bon." Pour compléter ce petit tour d'horizon, et en attendant les saillies savoureuses que l'avenir nous réserve, plongez ici dans des archives plus récentes (15 dernières années), qui démontrent que la férocité n'a pas plus d'âge que de limites.

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