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De Coppola à Ken Loach, le cercle des cinéastes deux fois palmés

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Sept réalisateurs seulement font partie du cercle envié des "double-palmés" par le Festival de Cannes depuis sa création
Sept réalisateurs seulement font partie du cercle envié des "double-palmés" par le Festival de Cannes depuis sa création
© Getty - Alexandra Cook / EyeEm

Festival de Cannes. Rares sont les réalisateurs qui peuvent s'enorgueillir d'avoir remporté deux fois la récompense suprême sur la Croisette. Mais Coppola, Imamura, Loach, Haneke et les frères Dardenne font partie de ce club très fermé. Panorama en archives.

Que peuvent avoir en commun un cinéaste expressionniste au regard d’entomologiste ; un réalisateur danois plutôt académique au goût prononcé pour les adaptations littéraires ; un polémiste provocateur, chantre du monde tzigane ; deux frères chroniqueurs de la réalité sociale des classes populaires ; le théoricien de la "glaciation émotionnelle" ; un inlassable dénonciateur des méfaits du capitalisme et du libéralisme économique en Angleterre et la figure tutélaire du Nouvel Hollywood ? Rien. Si ce n’est d'appartenir au cercle très fermé des réalisateurs à avoir par deux fois, lors de la cérémonie de clôture du Festival de Cannes, brandi ce Graal du 7e art dont le cinéaste Hirokazu Kore-eda, récompensé en 2019, disait qu'il "donnait beaucoup de courage." Alors, encouragement au carré ou consécration suprême, la double Palme ? 

Cette année, le Festival n'aura pas lieu. On ne saura donc jamais si l'édition 2020 aurait récompensé un réalisateur - ou une réalisatrice - déjà primé.e. A ce jour, seulement huit réalisateurs (parmi lesquels un tandem de frères) ont remporté deux fois la Palme d'or : Francis Ford Coppola, Shōhei Imamura, Bille August, Emir Kusturica, Jean-Pierre et Luc Dardenne, Michael Haneke et Ken Loach. A travers une sélection d'émissions de France Culture, revisitez les œuvres de six d'entre eux.

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En 1974, c'est Conversation secrète, un film d’espionnage haletant qui vaut à Francis Ford Coppola de remporter sa première Palme d’or, en plein scandale du Watergate. Cinq ans plus tard, le cinéaste revient à Cannes avec Apocalypse Now, adapté du récit de Joseph Conrad, Au cœur des ténèbres, transposé dans le contexte de la guerre du Vietnam. Film de toutes les démesures - un budget de 30 millions de dollars, des décors dévastés par un typhon, un acteur (Marlon Brando) qui arrive obèse sur le tournage tandis qu'un autre (Martin Sheen) sera victime d’une crise cardiaque. Après les affres dans lesquelles il l'a plongé, le film vaut à Coppola sa deuxième Palme d’or en 1979. Dans cette masterclasse magistrale enregistrée en 2015, le réalisateur évoque l'importance qu'il accorde au scénario, ses sources d'inspiration, ses influences, mais aussi les acteurs... et sa famille : autant de sujets qui nous font pénétrer dans la fabrique du "parrain" du cinéma américain. 

Irrévérencieux, obsédé, marxiste, freudien, aucun terme n'est moins approprié pour qualifier Shōhei Imamura (1926-2006) que celui de "grand maître" du cinéma japonais en dépit de sa double consécration cannoise. En 1983, La Ballade de Narayama met en scène une coutume du XIXe siècle qui contraignait les vieillards à se retirer en haut des montagnes pour mourir. Imamura y dénonce une vision fataliste de l'homme envisagé comme une machine à produire : cueillir, bêcher, semer, manger, copuler. Quatorze ans plus tard, L'Anguille livre une autre vision, plus cocasse, parfois grotesque, de l’homme à travers les yeux d’un poisson devenu l’animal fétiche d’un détenu quand celui-ci purgeait une peine pour avoir assassiné sa femme, et avec laquelle il continue de partager son quotidien depuis sa libération. Dans cette Nuit spéciale consacrée au cinéma japonais, Albane Penaranda s'entretient avec le critique de cinéma Stéphane du Mesnildot qui évoque la place d'Imamura dans le cinéma japonais de la seconde moitié du XXe siècle, notamment au travers de son film Cochons et cuirassés (1961).

35 min
  • Ken Loach, Le Vent se lève (2006) et Moi, Daniel Blake (2016)

Ken Loach est un réalisateur politique assumé dont le point de vue sur le monde qui l’entoure, en Angleterre ou ailleurs, est toujours affûté. En près de 60 ans de carrière, il n’aura eu de cesse de décortiquer les relations humaines de ses contemporain.e.s à l’aune du matérialisme historique. Dans cette série d'entretiens avec Pierre Chassagnieux, le cinéaste britannique analyse, loin de tout manichéisme idéologique, les moments marquants de sa filmographie. Et évoque non sans humour l'institution cannoise et ses deux Palmes d'or, pour Le Vent se lève et pour Moi, Daniel Blake, dont la première obtenue en 2006... à 70 ans et alors qu'il est déjà l'auteur d'une vingtaine de longs-métrages.

À réécouter : Ken Loach, l'insurgé

Sombres, pessimistes, voire sadiques... Que ce soit en littérature – de Thomas Bernhardt à Elfriede Jelinek que Michael Haneke a d’ailleurs adapté au cinéma avec La Pianiste – ou au cinéma, les œuvres nées sur le sol autrichien apparaissent souvent frappées au coin de la noirceur. Quand on lui demande pourquoi son cinéma est aussi "dur", Michael Haneke répond qu’il a l’impression de faire un cinéma réaliste. Et que, de son point de vue, c'est parce que les Autrichiens sont passés maîtres dans l’art de "cacher les choses désagréables sous le tapis" qu’intellectuels et artistes en quête de vérité sont obligés d’utiliser des moyens radicaux pour se faire entendre. Avant d’ajouter, non sans humour "Mais à l’étranger, on vous demande toujours : 'Mais pourquoi criez-vous comme ça ?'". Distincts d'œuvres plus radicales voire manipulatrices comme Benny's video ou Funny Games, ce sont deux films appartenant à une veine plus académique du cinéaste autrichien - Le Ruban blanc et Amour - qui lui ont valu d'être récompensé par une Palme d'or.

Dans cet entretien de 2005 avec Michel Ciment, Michael Haneke revient sur les thématiques qui l'obsèdent depuis ses débuts au cinéma il y a près de 30 ans, et qui divisent toujours autant les spectateurs et la critique. 

Michel Ciment s'entretient avec Michael Haneke à l'occasion de la sortie du film Caché

35 min

"Les Chemins de la philosophie" ont également consacré une série de quatre émissions à l'œuvre de Michael Haneke, notamment au Ruban blanc que la spécialiste du cinéma allemand Valérie Carré envisage ici sous l'angle philosophique.

À réécouter : Le ruban blanc
59 min

Les frères Dardenne ne cessent de questionner la nature humaine, les conflits moraux provoqués par la misère sociale ou les drames de la vie. Deux Palmes d’or au Festival de Cannes sont venues récompenser leur travail, et surtout une exigence jamais démentie qui a constitué autour d’eux une équipe fidèle, de techniciens et de comédiens... et de spectateurs assidus. 

Lors de cette Masterclasse enregistrée en 2017, Jean-Pierre et Luc Dardenne reviennent sur leurs pratiques de cinéma, de l’idée initiale à la sortie de leurs œuvres en salle.