Publicité

De Cousteau à Audiard : le cinéma français à travers 8 Palmes d'or

Par
Les acteurs Gérard Depardieu et Sandrine Bonnaire avec le réalisateur Maurice Pialat, lors de la présentation du film 'Sous le soleil de Satan' au Festival de Cannes le 14 mai 1987.
Les acteurs Gérard Depardieu et Sandrine Bonnaire avec le réalisateur Maurice Pialat, lors de la présentation du film 'Sous le soleil de Satan' au Festival de Cannes le 14 mai 1987.
© Getty - Pool DUCLOS/PELLETIER

Festival de Cannes. S'ils sont nombreux à avoir marqué l'histoire du Festival de Cannes, seuls huit d'entre eux ont reçu sa récompense suprême. De Jacques Demy à Abdellatif Kechiche, de Claude Lelouch à Jacques Audiard : un bouquet d'émissions de France Culture consacrées aux réalisateurs français "palmés".

Mue par un élan politique pour contrer le tournant fasciste pris par la Mostra de Venise dans les années 1930, c'est une cinéphilie proprement française qui a impulsé la création du Festival de Cannes en 1939. Néanmoins, alors qu'ils jouent à domicile et que leur rôle dans les évolutions du 7e art est important, les réalisateurs français ne sont pas les plus palmés de l'histoire cannoise. 

Lors des jeunes années du Festival, avant la création du prix de la Palme d'or (en 1955), les œuvres réalisées par des Français ont d'abord été régulièrement récompensées de prix prestigieux. Souvenons-nous de La Symphonie pastorale de Jean Delannoy (Grand Prix en 1946), des Maudits de René Clément (Grand Prix en 1947), d'Antoine et Antoinette de Jacques Becker (Grand Prix en 1947) et du Salaire de la peur de Henri-Georges Clouzot (Grand Prix en 1953). Pourtant, de la fin des années 1960 à la fin des années 2000, seul le controversé Sous le soleil de Satan de Maurice Pialat (1987) remporte la Palme d'or. En revanche, la France se retrouve de plus en plus souvent au cœur des productions et distributions de films estampillés d'un pays étranger. Et il va sans dire que les Palmes ne disent pas tout. En ce qui concerne ce Prix, ces dernières années ont vu le retour des cinéastes français sur le devant de la scène. Tour de piste du meilleur des archives de France Culture autour des huit cinéastes français récompensés par une Palme d'or au Festival de Cannes, de 1956 à 2015. 

Publicité

À lire aussi : De Fellini à Bunuel en passant par Gus Van Sant, une brève histoire de la Palme d'or

A bord de son navire la Calypso, le commandant Cousteau nous plonge dans les mystères du monde marin avec Le Monde du silence, une épopée océanographique et une ode à la nature co-réalisée avec Louis Malle. Aujourd'hui, à l'ère d'une prise de conscience écologique relativement partagée, quelques scènes du premier film français palmé pourront choquer : rodéos à dos de tortues, explosion de récifs de coraux à la dynamite (pour en recenser les différentes espèces), massacre de requins... Sauf à replacer ce documentaire dans le contexte des années 1950, où l'on pensait encore la nature comme une matrice abondante aux ressources inépuisables. Deux émissions pour (re)découvrir les parcours de Jacques-Yves Cousteau et de Louis Malle.

À réécouter : Jacques-Yves Cousteau

À réécouter : Clap sur Louis Malle

Au Festival de Cannes en 1959, l'attention de toute la Croisette se cristallise autour des œuvres naissantes de la Nouvelle Vague sélectionnées en compétition officielle, notamment Hiroshima, mon amour d'Alain Resnais, et surtout Les 400 Coups de François Truffaut, manifeste du courant avant-gardiste. Finalement, le long-métrage de Resnais est retiré de la compétition et celui de Truffaut ne reçoit "que" le Prix de la mise en scène : c'est à Marcel Camus que revient la Palme d'or. A l'unanimité du jury malgré de nombreuses controverses, le réalisateur presque inconnu est couronné pour son second film, Orfeu negro, conte d'Orphée et Eurydice made in Rio de Janeiro. En mars 2019, Euzhan Palcy, première réalisatrice récompensée d'un César, se confiait à France Culture et évoquait l'importance qu'a eu le film de Camus dans son parcours : 

Quand j'ai découvert "Orfeu negro", ça a été extraordinaire pour moi. C'était la première fois que je voyais des Noirs sur cet écran, des Noirs avec leur dignité, leurs qualités, leurs défauts, une véritable histoire d'amour, des Noirs qui s'embrassaient, qui se prenaient dans les bras, comme tout le monde quoi ! Euzhan Palcy

À lire aussi : Euzhan Palcy : "Nous n'étions pas sur les écrans, nous les Noirs"

Jacques Demy a inventé une nouvelle forme de cinéma musical, sans équivalent au sein de la Nouvelle Vague, dans lequel se mêle la puissance des couleurs à une certaine gravité. Les Parapluies de Cherbourg racontent l'histoire d'un couple séparé par la guerre, d'adieux déchirants sur le quai d'une gare, et de retrouvailles plus tristes encore, le tout... en chansons ! C'est en effet ce qui fait l'originalité et même l'unicité de l'œuvre palmée en 1964 : ce film n'est pas une comédie musicale, mais un film "en-chanté", selon le mot de Demy. Dans l'héritage du cinéma français, on trouve certes beaucoup de chant, mais il est toujours mêlé à du dialogue. Les Parapluies de Cherbourg, dont tous les dialogues sont chantés_,_ constituent ainsi une nouveauté absolue. Parcourez la philosophie de cette tragédie inouïe à travers l'émission d'Adèle Van Reeth. 

À réécouter : Les Parapluies de Cherbourg, tragédie inouïe

À réécouter : Jacques Demy (1931-1990)

Une jeune scripte, un pilote automobile, veufs tous les deux, une histoire d'amour tumultueuse, passionnée, millénaire. Avec Un homme et une femme, Claude Lelouch voit pour la première fois se dérouler devant lui le tapis rouge du cinéma mondial : une Palme d’or vient récompenser ce film en 1966, mais aussi deux Oscars qui lui seront remis l'année suivante par les idoles de ses parents, Fred Astaire et Ginger Rogers. "Si nous ne sommes pas morts, ni fâchés, dans vingt ans il faudra faire la suite" blaguait Lelouch sur la Croisette en 1966. C'est chose faite, et doublement. En 1986, Anouk Aimée et Jean-Louis Trintignant reprennent leurs rôles d'Anne Gauthier et Jean-Louis Duros dans Un homme et une femme : vingt ans déjà. Puis, cinquante-deux ans après la Palme, rebelote dans Les plus belles années d'une vie. En 2011, Claude Lelouch se mettait "A voix nue" dans une série de cinq entretiens avec Alain Kruger.

À réécouter : Claude Lelouch

Gérard Depardieu en abbé rongé par le doute, Sandrine Bonnaire en jeune femme meurtrière de son amant. Adapté du roman éponyme de Georges Bernanos (1926), Sous le soleil de Satan fait partie de ces films qui ont marqué l'histoire de Cannes. En 1987, alors que le jury lui décerne la Palme à l'unanimité, Maurice Pialat est accueilli par des huées lorsqu'il monte sur scène pour recevoir son prix. Irrévérencieux face à cette cabale, il lance cette réplique, devenue culte : "Je ne vais pas faillir à ma réputation, je suis surtout content ce soir pour tous les cris et les sifflets que vous m'adressez. Et si vous ne m'aimez pas, je peux vous dire que je ne vous aime pas non plus !" Deux jours avant cette cérémonie de clôture houleuse, Maurice Pialat s'entretenait avec Serge Daney pour "Microfilms". Quelques mois plus tard, il revenait sur l'antenne de France Culture à l'occasion de la sortie en salles de Sous le soleil de Satan.

À réécouter : Microfilms - Maurice Pialat : "Sous le soleil de Satan" 1/2

Maurice Pialat sur "Sous le soleil de Satan" dans Microfilms, émission diffusée le 06/09/1987

51 min

Après plus de vingt ans sans qu'un réalisateur français ne soit récompensé d'une Palme d'or, Laurent Cantet s'illustre sur la Croisette avec Entre les murs. Cette œuvre, primée à l'unanimité du jury, est une immersion dans la classe de François, jeune prof de français qui enseigne à des élèves de 4ème dans un collège dit "difficile". François est en fait François Bégaudeau, l'auteur du roman Entre les murs (Gallimard, 2007) qui inspira le scénario de Cantet, et qui y son propre rôle. Son ton vif et juste lui valut le tout premier prix France Culture - Télérama en 2006. Dans Ressources humaines (1999) et L'emploi du temps (2001), Laurent Cantet s'attelait déjà au thème du travail. En 2008, alors que Michel Ciment le recevait dans "Projection privée" à l'occasion de la sortie d'Entre les murs, le réalisateur expliquait pourquoi, selon lui, traiter la thématique du travail au cinéma revient à traiter ce qui nous définit. 

À réécouter : Laurent Cantet

Chronique sensuelle d'un amour brûlant entre deux jeunes femmes, La vie d'Adèle d'Abdellatif Kechiche a lui aussi essuyé son lot de polémiques lorsqu'il fut palmé en 2013. Adapté de la bande dessinée de Julie Maroh, Le bleu est une couleur chaude (Glénat, 2010), le film a beaucoup fait parler de lui, notamment à propos de ses conditions de tournage. Suite aux témoignages accablants de techniciens et des deux actrices principales, Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux, le Syndicat des professionnels de l'industrie de l'audiovisuel et du cinéma dénonçait dans un communiqué en mai 2013 les nombreux manquements au Code du travail ayant eu cours pendant les cinq mois de tournage. En dépit de cette polémique, le film rencontre un franc succès, à la fois critique et public. Abdellatif Kechiche nous en parlait dans "Projection privée" en octobre 2013. 

À réécouter : PROJECTION PRIVEE : ABDELLATIF KECHICHE

Pour fuir la guerre civile qui frappe le Sri Lanka, un ancien soldat, une jeune femme et une petite fille qui ne se connaissent pas se font passer pour une famille afin d'émigrer en France. Dheepan fait le récit de ces trois migrants tamouls en quête d'intégration une fois installés dans une loge de gardien, au cœur d'une cité populaire de banlieue parisienne minée par le trafic de drogue. Après le Prix du meilleur scénario pour Un héros très discret en 1996, puis le Grand prix pour Le Prophète en 2009, Jacques Audiard décroche la Palme d'or en 2015 pour son septième long-métrage. Invité dans "Projection privée" à l'occasion de la sortie de Dheepan, le réalisateur et scénariste évoquait son besoin de partir du réel pour créer ses œuvres. Partir du vécu de "ces gens qu'on ne voit pas" pour révéler leur dimension héroïque.

À réécouter : Jacques Audiard pour "Dheepan"

Le cinéaste auréolé de multiples récompenses se confiait aussi sur son art en 2018. Une grande partie de ses intrigues sont des histoires d’initiation, la question de la transmission générationnelle y est centrale et souvent problématique : est-ce que cela dit quelque chose de son propre rapport au cinéma ? Lors de cette masterclasse enregistrée en public, Jacques Audiard exprime ses souvenirs liés à la fabrication de ses films. 

À réécouter : Jacques Audiard : "Quand je commence le montage, j’ai l’impression de voir la Vierge, le montage c’est de l’écriture"

Pour aller plus loin... 

Vous mourez d'envie d'en entendre davantage au sujet des réalisateurs français sur la Croisette ? Plongez-vous dans cette archive inédite du Festival de Cannes de 1966 où l'on entend Henri-Georges Clouzot, Jean-Luc Godard, Marcel Camus, Jean Delannoy, Claude Lelouch, Robert Bresson et bien d'autres cinéastes de renom débattre de cette question : "Dans quelle mesure l'anecdote est-elle prépondérante dans un film ?"

Festival de Cannes : colloque des auteurs de film animé par Henri-Georges Clouzot (1966)

1h 38