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De Fellini à Bunuel en passant par Gus Van Sant, une brève histoire de la Palme d'or

Par
Jean-Luc Godard, François Truffaut, Louis Malle et Roman Polanski, Cannes 1968
Jean-Luc Godard, François Truffaut, Louis Malle et Roman Polanski, Cannes 1968
© Sipa - Huffschmidt

Qui sait que pendant plus de vingt ans, le Festival de Cannes n'a pas décerné de Palme d'or ? A l'occasion du 69ème Festival de Cannes, retour en archives sur cette récompense ultime longtemps méprisée, avec l'historien du cinéma Antoine de Baecque.

Si aujourd'hui la Palme d'or est chevillée à l'histoire du Festival de Cannes, cette décoration signée Chopard depuis la fin des années 90 n'est pas née avec le grand rendez-vous de la Croisette. Elle met même du temps à s'imposer à Cannes. La Palme d'or, qui passe aujourd'hui pour l'emblème majeure des récompenses du cinéma international n'apparaît en fait qu'en 1955. Soit près d'une décennie après que ne s'installe le Festival international du film, qui naît de la volonté politique de Jean Zay, ministre de l'Education avant-guerre.

Pourtant, le Festival qui s'enracine à Cannes attribue bien des prix dès le début, explique l'historien du cinéma Antoine de Baecque :

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Le festival a été conçu dans les années 30 comme une sorte de réplique à la Mostra. La Mostra était LE grand festival, mais évidemment sous domination fasciste dans les années 30, récompensant des films fascistes voire nazis. Jean Zay avait l'idée de créer un contre-festival du Monde libre des démocraties occidentales. Les Prix décernés sont créés pour concurrencer la Mostra et ses prix, fameux. Mais le "Grand prix du festival international du film" est distribué de façon très diplomatique.

La première année, en 1946, on décerne ainsi à Cannes onze "Grands prix"... soit autant que de pays représentés ! Cette dimension diplomatie qui fleure bon quelques mondanités compassées se ressent dès 1939, lorsque Jean Zay décryptait à la radio publique française son projet de Festival, qui n'était alors qu'une ébauche. Ecoutez-le vanter une vitrine synonyme de "triomphe de l'organisation, de l'accueil et du goût français" :

Jean Zay sur la création du Festival International du Film à Cannes, 1939.

6 min

La plupart des films couronnés lors du tout premier Festival de Cannes ont été oubliés depuis lors, à l'exception - notable - de "Rome, ville ouverte", de Roberto Rossellini. L'édition suivante, en 1947, voit le Festival se structurer un peu, même si la manifestation reste fragile (et n'aura pas lieu en 1948 ni en 1950, par exemple, "principalement pour des problèmes de budget", selon Antoine de Baecque). Toujours pas de Palme, pour autant, mais une distribution de récompenses par genre : "film social", "dessin animé", "comédie musicale", "film d'aventure et policier", "film psychologique et d'amour"...

Pagnol et la première Palme d'or

C'est seulement en 1955 avec un jury présidé par Marcel Pagnol que la Palme voit ainsi le jour, après une période séminale qui a permis aux organisateurs d'affirmer peu à peu le caractère cinéphilique du Festival. Mais alors que l'édition de 1949 couronnait par exemple "Le Troisième homme" de Carol Reed avec Orson Welles, et plus seulement la bonne volonté d'une nation, la première Palme en 1955 ne consacre pas un film majeur de l'histoire du cinéma, résume Antoine de Baecque :

La Palme d'or est restée dans les mémoires mais la toute première va à "Marty" de Delbert Mann, un cinéaste américain assez oublié... pour un film tout à fait oubliable.

Si des procès en imposture, et les grands oublis des palmarès successifs émaillent l'histoire de Cannes comme celle de nombreuses autres récompenses, des Oscars aux Césars en passant par le Goncourt, la Palme se débat de surcroît avec une problématique supplémentaire : les cinéastes n'y tiennent pas tellement, rappelle Antoine de Baecque :

Pendant longtemps, le mot "Palme d'or", est ressenti comme quelque chose d'un peu local, un peu ringard. Comme si ça revenait à recevoir le Grand prix d'une station balnéaire alors que "Grand prix" ou "Prix du jury", ça avait de la gueule.

La Palme, le Prix de l'office du tourisme ?

Il y a un historique derrière cette connotation qui colle à la Palme, longtemps perçue comme le "Prix du tourisme" : c'est effectivement le syndicat d'initiative et le monde du tourisme, sur la Croisette, qui ont voulu un emblème pour la ville. Ils cherchaient un symbole pour la "french riviera" qui soit célèbre dans le monde entier et c'est à la suite d'un concours associant les meilleurs joailliers de la ville qu'a émergé un trophée en forme de palmes végétales (déjà l'effigie de la ville de Cannes).

Le sursaut de légitimité de la Palme d'or dans le monde du cinéma est finalement tardif :

C'est en 1997, pour les cinquante ans du Festival et à la demande expresse de Gilles Jacob d'une "Palme des palmes" décernée à Ingmar Bergman pour son oeuvre, qu'on demande à Chopard de s'emparer du symbole avec un trophée en or massif. A partir de là, la Palme d'or sera systématiquement attribuée et deviendra le symbole du Festival, autant que la montée des marches.

Fragile quoiqu'en or massif, la Palme disparaît d'ailleurs à plusieurs reprises au profit d'autres récompenses ou plutôt d'autres appellations pour la consécration ultime. Ce fut le cas jusqu'à sa création, en 1954, puis de 1964 à 1975 et enfin, de 1987 à 1996. Vous vous étonnez, alors qu'on a tous encore en tête la dite "Palme d'or" de Steven Soderbergh pour "Sexe, mensonges et vidéo" (1989) ou encore "Pulp fiction" de Quentin Tarantino (en 1994) ? Et alors même que le site officiel du Festival de Cannes dresse la liste des lauréats de "toutes les palmes d'or" au mépris des années ou des époques ? Pour Antoine de Baecque, il s'agit en fait d'une harmonisation a posteriori:

Dans la liste officielle des "palmes d'or", le jury décerne une palme d'or depuis le milieu des années 50. Or, dans les faits, c'est-à-dire la dénomination des prix distribués année par année, on trouve, de 1964 à 73 puis de 1987 à 1996, un "grand prix" puis un "prix" du festival. Cela n'empêchait pas, d'ailleurs, que le vainqueur de ce prix reçoive une petite sculpture de palme d'or… ni que, du moins pour la période 87-96, tout le monde appelle cela la "palme d'or"...

Cannes ou l'alliance de l'art et du commerce

Malgré quelques absences, la Palme s'installe donc et gagne en légitimité. On remarque d'ailleurs que c'est à la même période que la cérémonie de remise des prix devient un rendez-vous médiatique obligé. Antoine de Baecque y décrypte un alliage révélateur :

Ce qui marche à Cannes, c'est l'alliance de l'art et du commerce. La ville vit de ça, et le Festival est cela : ce qu'il y a de plus trivial et l'esthétique. Lorsque la Palme après 1997 devient une récompense suprême du cinéma mondial, la cérémonie devient elle aussi une sorte de must que Canal + retransmet de façon extrêmement ritualisée.

Emir Kusturica recevant sa seconde palme d'or en 1995 pour "Underground"
Emir Kusturica recevant sa seconde palme d'or en 1995 pour "Underground"
© Sipa - NIVIERE

Cependant, la Palme ne restera pas seulement synonyme de paillettes. La récompense bénéficiera de l'aura du Festival lui-même, qui s'impose à l'échelle internationale comme LE grand rendez-vous de la cinéphilie et du cinéma d'auteur. Mais il faudra pour cela que les personnalités aux manettes de la manifestation imposent de profonds changements. C'est le cas de Robert Favre Le Bret, délégué général du Festival de Cannes de 1952 à 1972. C'est lui qui pousse la réforme qui sera la plus structurante pour la Palme : la composition des jurys.

Académie française et académisme du palmarès

Traditionnellement, depuis 1946, la présidence du jury échouait en effet à des écrivains, le plus souvent émargeant à l'Académie française, rappelle Antoine de Baecque :

C'était le choix de la tutelle, d'abord "ministère des Beaux Arts' puis "ministère de la Culture" à partir de 1959. Seuls les académiciens étaient considérés comme légitimes. Ils étaient la vitrine de la France, de la culture française. Or il y avait, et il y a, très peu de cinéastes académiciens, à part René Clair, et pas d'équivalent de l'académie française dans le cinéma.

Lorsque Favre Lebret lance la réforme du jury, il a en tête de donner davantage de légitimité à son palmarès en faisant davantage appel à des gens de cinéma. Car si Jean Cocteau a plusieurs fois été membre, président, ou "président d'honneur" du jury cannois, d'autres sommités se sont révélées à la fois plus ignorantes du cinéma, et plus conservatrices.

Truffaut et sa charge anti-Cannes

Le grand pourfendeur de l'académisme cannois restera François Truffaut, critique de cinéma, en croisade féroce contre le Festival de Cannes, ses impostures et ses ratés au milieu des années 50 dans le magazine Arts. Au coeur de la polémique, sa conviction que les jurés cannois décernaient finalement davantage les prix à partir des thèmes des films, sans souci pour la forme ou la mise en scène. Une critique que l'on peut faire aujourd'hui du reste aux Oscars, dont l'académie apparaît souvent davantage impressionnée par les grands sujets.

Antoine de Baecque y voit deux principales conséquences en termes de palmarès :

Certains grands cinéastes, notamment hollywoodiens, très méprisés par ce monde académique n'ont jamais obtenu aucune récompense alors qu'ils montraient des films très régulièrement au Festival de Cannes, comme Hitchcock, Hawks, Fritz Lang. D'autre part, la Nouvelle Vague ne cessera d'entretenir un rapport compliqué avec Cannes. Lorsque la Palme cesse d'être décernée en 1964, par exemple, un film fait les frais de sa disparition : "Les Parapluies de Cherbourg". La suppression de la Palme cette année-là est-elle liée au fait que c'est un film particulier, peut-être pas assez sérieux, ou au fait que Jacques Demy soit un cinéaste de la Nouvelle vague ?

Malgré la polémique féroce animée dans les années 50 par François Truffaut, la Nouvelle Vague n'est pourtant pas absente à Cannes. C'est ainsi sur la Croisette que le même Truffaut présente "Les 400 coups". Ce film n'obtiendra pas la récompense suprême mais tout de même le prix de la mise en scène. En 1966, malgré les tensions passées, François Truffaut a fait le déplacement sur la Croisette. Au micro de la radio publique, il défend l'idée que "le cinéma devienne un art aussi vivant que les autres, il fallait qu'on y trouve trois générations en compétition en même temps au lieu de deux". Ecoutez-le dans cette archive inédite qui ne sera finalement jamais diffusée à l'antenne :

François Truffaut sur le renouveau polémique de la "Nouvelle Vague" Cannes 1966.

15 min

Quand on passe en revue l'historique du palmarès ultime à Cannes, on n'y trouve  qu'une femme et très peu de Français. Et encore : techniquement Jane Campion n'a pas reçu la "Palme d'or". Si elle est bien  la première (et seule, jusqu'à présent) femme réalisatrice lauréate du graal ultime sur la Croisette, pour "La Leçon de piano" (en 1993, ex-aequo), elle est en fait destinataire du "Grand Prix du festival international de cinéma". Et pas d'une palme, qui n'existait pas à cette période-là.

"Je ne vous aime pas non plus"

Quant aux Français, on compte bien Maurice Pialat pour "Sous le soleil de Satan", en 1987, mais cette année-là non plus, le jury n'avait pas attribué de "Palme" mais un "prix du festival". Et ce même si toutes les images d'archive le montrent, une décoration en forme de palme au bout du bras ? Antoine de Baecque confirme l'incongruité.

Plutôt que la dénomination véritable du prix attribué à Pialat, c'est la polémique qui a entouré sa consécration, pourtant à l'unanimité qui est resté dans la mémoire collective. Vous souvenez-vous de Catherine Deneuve lui décernant le prix sous les huées ? De ce moment reste une trace dans les archives radiophoniques :

Maurice Pialat sous les sifflets en 1987 à Cannes avec Catherine Deneuve
Maurice Pialat sous les sifflets en 1987 à Cannes avec Catherine Deneuve
© Sipa - Lazic

Maurice Pialat lauréat à Cannes en 1987 pour "Sous le Soleil de Satan".

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On notera au passage qu'après Pialat dont le prix tombe 21 ans après celui de son compatriote Claude Lelouch pour "Un homme et une femme"(1966), il faudra attendre à nouveau plus de 20 ans et "Entre les murs" de Laurent Cantet (en 2008) pour voir un film français primé de nouveau. La fin des années 2000 marquant toutefois ce qu'Antoine de Baecque regarde comme "un rattrapage" avec trois films palmés en cinq ans : "La vie d'Adèle", en 2013 et "Dheepan" en 2015 succéderont à "Entre les murs".

En révolutionnant le jury et en donnant une voix prépondérante à son président, Favre Lebret a sans doute sauvé son festival. Car aujourd'hui, la personnalité du président du jury est primordiale dans ce que représente chaque édition cannoise.

Le jalon décisif dans cette évolution reste la présidence du jury accordée à Roberto Rossellini, en 1967 : c'est lui qui obtient, en échange de sa participation, que soit organisé un colloque consacré au cinéma, à la télévision, et à l'audiovisuel en général. C'est-à-dire un rendez-vous professionnel de réflexion sur l'image, qui complète les deux autres facettes de Cannes, paillettes et starlettes d'un côté, grand marché du business de l'autre. Cette évolution sera fondamentale dans le devenir du festival, qui s'ancre résolument du côté de la cinéphilie et du cinéma d'auteur.

En passant en revue les palmarès successifs, Antoine de Baecque distingue plusieurs fois l'empreinte forte d'un jury ou de son président, selon que ce dernier est plus ou moins hégémonique. Ainsi, Rossellini qui impose "Padre padrone" des frères Taviani en 1977 ou Tim Burton qui se bat en 2010 pour accorder la Palme à "Oncle Boonmee" du thaïlandais encore très méconnu Apichatpong Weerasethakul, chez qui Antoine de Baecque identifie "des rimes poétiques" avec le travail de Burton, malgré un registre fort différent.

Qui dit poids du jury dit aussi polémiques et procès en légitimité. Ainsi, lorsqu'Isabelle Adjani accepte de présider le jury cannois en 1997, "la presse et la critique craignaient le pire", se souvient l'historien de Baecque. Sauf qu'elle prend tout le monde à revers en consacrant deux films magnifiques et exigeants signés de cinéastes majeurs : "L'Anguille" de Shōhei Imamura et "Le Goût de la cerise", de Abbas Kiarostami... qui s'achève tout de même sur une minute trente de noir total dans la tombe d'un des protagonistes.

Même si elle a fini par trouver ses lettres de noblesse, la palme n'en a pas moins ses ratés, résume Antoine de Baecque :

On peut faire une liste des oubliés de la Palme, voire des non présents au palmarès plus généralement. Dans les années 50 et jusqu'aux années 60, tout le grand cinéma resté dans le panthéon de la mise en scène, le panthéon des auteurs, dans la tradition disons des "Cahiers du cinéma", est absent du Festival de Cannes. Ca se renverse a partir des années 60 avec un certain nombre de réformes et notamment celle du jury. Malgré tout, pour quelques grands doubles palmés comme les frères Dardenne ou Emir Kusturica, Godard est présent une demie fois au palmarès et n'a jamais eu la palme. Il a certes un rapport compliqué à Cannes, et n'a montré que trois ou quatre fois ses films en compétition. Mais il y revient très régulièrement, jouant beaucoup avec cette présence / non présence. C'est l'un des grands absents du palmarès. Inversement, on voit des surprésences presque impostures. Qui connait aujourd'hui Bille August, double Palmé d'or pour "Pelle le conquérant" en 1988 et, cinq ans plus tard, "Les meilleures intentions" ? Ce cinéaste se situe totalement dans une sorte de vanité académique.

Jean Cocteau avec Jean-Pierre Léaud et François Truffaut, Cannes 1959.
Jean Cocteau avec Jean-Pierre Léaud et François Truffaut, Cannes 1959.
© Sipa - Dalmas

Bien sûr, les délibérations du jury sont censées rester discrètes sinon franchement secrètes. Rossellini en 1977 se jouait ainsi des journalistes, comme vous pouvez l'entendre au micro de France Inter le 26 mai 1977 :

Roberto Rosselini, président du jury à Cannes, le 26/05/1977 sur France Inter.

3 min

Roberto Rosselini avec les frères Taviani et Monica Vitti, Cannes 1977.
Roberto Rosselini avec les frères Taviani et Monica Vitti, Cannes 1977.
© Sipa - Lazic

Mais à l'usage, quelques fuites ont pu s'ébruiter. Sans compter la conférence de presse, très récente, dans laquelle le président du jury vient désormais défendre le choix des jurés. Ainsi, en 2004, Quentin Tarantino défendant en ces termes le choix du jury qu'il préside pour le pamphlet anti-Bush "Fahrenheit 911" de Michael Moore :

Quand on juge un film ça n'a aucun sens d'opposer le côté politique et la valeur cinématographique. Je ne veux pas être accusé de ça. Je veux que ce soit bien clair : même si ce film avait dit des choses dans lesquelles je crois mais qu'il n'était pas le meilleur du festival, je m'y serais opposé. Si ça avait été un mauvais film et même si ce film avait dit des choses que j'avais envie d'entendre, je l'aurais poignardé.

Sur scène, lors de la remise des prix, Moore lui-même tenait à la nuance, revendiquant un prix pour son cinéma et non une "palme politique". Ecoutez-le en mai 2004 sur France Inter :

Mike Moore, après sa Palme d'or au Festival de Cannes 2004, sur France Inter.

1 min

Avec le recul de près de quatre décennies de Palmes d'or et 69 éditions au total, Antoine de Baecque nuance cependant cette approche. Pour lui, il y existe bien des "palmes de circonstance" aux fondements souvent très politiques, quoiqu'en dise Tarantino qui clame que "tout ce qui compte, c'est le cinéma". L'historien distingue trois catégories de Palmes d'or :

D'abord, ces Palmes d'or conjoncturelles liées a l'actualité politique. La plus célèbre est celle de 1981 à Wajda dans un contexte à la fois d'arrivée au pouvoir de François Mitterrand et du soulèvement de Solidarité en Pologne. Wajda est couronné pour "L'homme de fer". "L'homme de marbre", présenté deux ans avant, aurait sûrement été la vraie Palme mais, deux ans plus tard, il bénéficie d'une sorte de prime à l'actualité. Dans ces cas-là, l'actualité brûlante rencontre le Festival qui récompense des formes de militances, comme ici la Pologne opprimée.

Ensuite, on peut voir des Palmes qui sont des récompenses à la ténacité. Si certains éternels déçus ne présentent plus leur film en compétition mais souvent en soirée d'ouverture, hors compétition, tellement ça devient ridicule (comme Woody Allen ou Pedro Almodovar), il y a des habitués qui finissent par gagner à forcer de participer. Par exemple, Ken Loach, un cinéaste très inégal, qui obtient la Palme d'or en 2006 pour "Le Vent se lève", sûrement pas son meilleur film". Mais Ken Loach présente systématiquement un film.

Et soudain vint le "film de festival"

Dernière catégorie, enfin :  ce qu'Antoine de Baecque appelle "le film de festival" :

C'est un concept critique important : il s'agit d'un film fait pour concourir à Cannes et dans les grands festivals internationaux. Un film qui allie généralement un auteur reconnu avec des grands sujets qui peuvent impressionner un jury et un public de festival. C'est sûr qu'une part des films montrés à Cannes sont ainsi essentiellement faits pour impressionner un jury et les critiques réunis ensemble à Cannes. C'est le cas de "Dheepan" de Jacques Audiard, Palme d'or 2015 un peu à l’esbroufe mais impressionnante, ou, l'année d'avant, "Winter sleep", qui couronne à la fois un auteur avec un A majuscule, et en même temps un cinéaste qui ne montre ses films que dans les grands festivals. Ça fait partie du plan de carrière du film, ce qui déteint sur l'esthétique, même si ça n’enlève rien à la qualité de ces films. C'est un problème aujourd'hui pour la critique que ces films trustent les récompenses.

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