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De Gaulle : très longtemps trop écrasant pour être incarné à l'écran

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Le film sorti cette semaine rejoint quelques téléfilms récents centrés sur de Gaulle. C'est le premier long-métrage biopic intimiste sur l’auteur de l’appel du 18 Juin et son couple fusionnel.
Le film sorti cette semaine rejoint quelques téléfilms récents centrés sur de Gaulle. C'est le premier long-métrage biopic intimiste sur l’auteur de l’appel du 18 Juin et son couple fusionnel.

Depuis la Libération, les réalisateurs, les scénaristes et les producteurs ont eu du mal à s'éloigner de l'ombre du général, pour représenter Charles de Gaulle. En dehors de quelques tentatives dans l'après-guerre, il a fallu attendre le XXIe siècle pour que le général soit incarné sur les écrans.

Rares sont les réalisateurs, scénaristes et producteurs qui ont représenté Charles de Gaulle sur les écrans depuis la Libération. Dans l'après-guerre, les rares apparitions se font le plus souvent sous forme d'archives. Ce n'est qu'en 2005 que le général devient le personnage principal d'un téléfilm : "Le Grand Charles". Ce 4 mars est sorti au cinéma le film "De Gaulle", de Gabriel Le Bomin, avec Lambert Wilson pour incarner celui pour qui 2020 marque un triple anniversaire : le 130e de sa naissance, le 50e de sa mort et le 80e de l'appel du 18 juin 1940. 

Dans l'après-guerre, un personnage à peine représenté

Contrairement à Winston Churchill, interprété dans de nombreux films ou séries, le personnage de de Gaulle n'apparaît que rarement dans des fictions. Dans les années d'après-guerre, il y a eu quelques tentatives pour le représenter : la présence de l'homme du 18 juin, du militaire, et du président de la Ve République est simplement évoquée ou suggérée à l'écran.  

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"Dès 1944-45, dans les premières fictions françaises sur la Résistance, de Gaulle est un personnage plutôt en creux, c’est au mieux un nom, un portrait, un signe de ralliement", explique Sylvie Lindeperg, maîtresse de conférences et directrice du centre d'études et de recherches en histoire et esthétique du cinéma à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Dans ces fictions d’après-guerre, le général apparaît très brièvement, toujours par le biais de l’archive, précise l’historienne. 

La représentation de Charles de Gaulle demeure liée à une sorte de sacralisation. Si "le cinéma français n'a pas un goût très prononcé pour les biopics et en particulier, les personnages historiques, [la non incarnation de de Gaulle au cinéma] est certainement due à la singularité propre de de Gaulle."

Sylvie Lindeperg : "On pourrait presque dire que l'aura résiste à tout processus d'incarnation. Ceci s'est manifesté dès 1944, 1945."

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Le récit fictionnel, on ne pouvait pas le faire avant parce que son ombre était encore trop présente dans la société. Il y a des raisons sans doute politiques et plus philosophiques à cette non incarnation de de Gaulle pendant la période de l'après-guerre. Son aura a résisté à tout processus d'incarnation. Il fallait alors privilégier la résistance intérieure plutôt que les hommes de la France Libre. Il y a eu une reconstruction de la communauté autour de ce cinéma-là.                                              
L'historienne et maîtresse de conférences Sylvie Lindeperg

Lorsque Charles de Gaulle revient au pouvoir en 1958, "on assiste à une vague de films sur la Résistance", poursuit l'historienne. "De Gaulle est désormais le sauveur par deux fois de la France. Pour autant, il n’est pas incarné mais plutôt divinisé dans de brèves apparitions. Il y a une sorte de mysticisme autour de la personnalité de de Gaulle, qui tient évidemment à son statut historique et politique et puis à ses singularités physiques, un peu hors normes", ajoute-t-elle.

C'est le cas notamment en 1959 dans le film de Christian-Jaque Babette s'en va-t-en guerre et dans l'œuvre de René Clément Paris brûle-t-il ?, en 1966. Le réalisateur avait d’ailleurs à l’époque confié, "Je peux incarner le diable mais je ne peux pas représenter le bon dieu". Le diable étant Hitler, interprété à l’écran par l’acteur Billy Frick. De Gaulle lui n’était représenté qu’à travers des images d’archives. 

Le général de Gaulle a occupé des fonctions politiques jusqu’en 1969, "c’était cette espèce de sédimentation, cette double épaisseur du personnage, à la fois l’homme du 18 juin et de la Résistance, et en même temps le président de la Ve République, qui a sans doute intimidé les cinéastes", pour Sylvie Lindeperg. L’historienne raconte que dans le film Babette s’en va-t-en guerre, la censure a écourté une scène "jugée un peu irrévérencieuse où Brigitte Bardot envoyait par erreur un appel galant dans le bureau du général de Gaulle". La représentation du chef de l’État ne paraissait alors pas convenable. C'est sans doute cette aura du général et le respect de la vie privée du couple et de la famille de Gaulle qui a certainement freiné l'inspiration des scénaristes et réalisateurs. "Fausse pudeur que n'ont pas eu les Britanniques ni les Américains vis-à-vis de leurs hommes politiques" souligne Hervé Gaymard. "Une peur aussi de cette grande statue du commandeur qu'est devenu le général de Gaulle contesté à son époque mais aujourd'hui quasiment incontestable ou incontestée" ajoute le président de la Fondation Charles de Gaulle.

L'acteur Adrien Cayla-Legrand a plusieurs fois pris les traits de de Gaulle. Comme ici dans le film franco-britannique Chacal (The Day of the Jackal), sorti en 1973 et réalisé par Fred Zinnemann.
L'acteur Adrien Cayla-Legrand a plusieurs fois pris les traits de de Gaulle. Comme ici dans le film franco-britannique Chacal (The Day of the Jackal), sorti en 1973 et réalisé par Fred Zinnemann.
© Getty - Mondadori
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De Gaulle, personnage principal... en 2005

L'acteur Adrien Cayla-Legrand sera plusieurs fois choisi pour brièvement incarner de Gaulle dans des films comme Martin soldat (1966), de Michel Deville, L'armée des ombres (1969), de Jean-Pierre Melville, ou "La carapate" (1978), de Gérard Oury.

Mais Il faudra attendre 2005 pour que Charles de Gaulle devienne le personnage principal d'un téléfilm : Le Grand Charles, de Bernard Stora, et pour qu'un acteur, Bernard Farcy, se glisse dans la peau du grand libérateur. Un acteur adepte des comédies sur grand écran, notamment dans la série des films Taxi de Gérard Pirès et Gérard Krawczyk.

Puis il y aura à la télévision en 2009 le biopic Adieu de Gaulle, adieu, réalisé par Laurent Herbiet, avec Pierre Vernier, dans le rôle d'un Président, seul et dépassé par les événements de mai 68. Et l'année suivante, toujours pour la télévision, l'Appel du 18 juin, réalisé par Félix Olivier et avec le sociétaire de la Comédie française Michel Vuillermoz dans le rôle titre.

Trois téléfilms récents sur différentes facettes de la figure historique.
Trois téléfilms récents sur différentes facettes de la figure historique.

Pour représenter Charles de Gaulle sur la pellicule, tous les réalisateurs ont été confrontés à la difficulté de trouver un acteur qui puisse incarner le chef de la France Libre avec son imposante stature. 

Avec Bernard Farcy, qui incarne de Gaulle dans Le Grand Charles, la ressemblance est frappante et saluée par la critique. En 2006, le comédien a reçu le Fipa d'or d'interprétation masculine à Biarritz ainsi qu'une nomination aux Emmy Awards. 

Dans De Gaulle sorti mercredi dernier en salles, le réalisateur Gabriel Le Bomin choisit de mettre en scène l'homme pris dans les tourments de la grande Histoire. Lambert Wilson propose une interprétation plus libre en s'éloignant de tout mimétisme gaullien, pour laisser le spectateur accéder à l'intimité du personnage.

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Cette année 2020 sera marquée par de nombreuses commémorations : les 80 ans de l'appel du 18 juin 1940 et les 50 ans de la mort de Charles de Gaulle à Colombey-les-Deux-Eglises, le 9 novembre 1970.

En fin d'année, France Télévisions proposera quatre épisodes consacrés au général et au premier président de la Ve République, sous la réalisation de François Velle, avec Samuel Labarthe et Constance Dollé dans les rôles de Charles et Yvonne de Gaulle.

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Avec la collaboration de Nathalie Lopes