De l’art pour dénoncer les violences faites aux enfants

Camille Sart, récemment exposé au Salon de Montrouge, met à distance et médiatise les violences faites aux enfants par des constructions plastiques.
Camille Sart, récemment exposé au Salon de Montrouge, met à distance et médiatise les violences faites aux enfants par des constructions plastiques.

De l’art pour dénoncer les violences faites aux enfants

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De l’art pour dénoncer les violences faites aux enfants

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Avec ses maquettes, l'artiste Camille Sart raconte son histoire et celle de millions d'enfants victimes de violences. Et donne ainsi une voix à ceux que l'on réduit trop souvent au silence.

Pour toutes les personnes qui subissent des violences dans l’enfance, ce qui est important, c’est qu’on les écoute”, résume Camille Sart. L’artiste de 28 ans utilise la maquette ou la carte mentale comme moyens de mise à distance et de sensibilisation. En matérialisant des endroits où elles ont lieu, il veut dénoncer les violences faites aux enfants, qu’il énumère : “les enfants qui sont battus, le parcours judiciaire aussi, qui est d’une extrême violence… l’inceste, on a l’impression qu’il est rare, mais on est 6,7 millions de français à avoir subi l’inceste.

À partir de trois mots-clés centraux, les connexions s'établissent dans cette carte mentale qui explore les violences faites aux enfants.
À partir de trois mots-clés centraux, les connexions s'établissent dans cette carte mentale qui explore les violences faites aux enfants.
© Radio France

Deux de ses installations étaient récemment exposés au 66e Salon de Montrouge. Dans un grand panneau noir, il a construit une carte mentale pour retracer des connexions entre des termes qui renvoient à des idées, des institutions, des émotions, des personnalités. Une sorte d’arbre généalogique des violences, à partir de trois termes : traumatisme, injustice et institution. “Je parle de faits qui sont personnels, en mettant des mots-clés qui sont liés à mon histoire, ou celle de ma mère. C’est important de l’évoquer pour moi parce que ma mère vient de la DDASS.

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Écrire ces enchaînements d’émotions et d’idées est un exercice cathartique pour l’artiste basé à Troyes. “De ce que je me rappelle, après la violence et quand on comprend ce qui se passe, avec le stress post-traumatique, tout est noir. Tout est flou, tout est sombre. Et là, pour moi, c’était remettre un ordre dans tout ce chaos cérébral, dans toutes ces violences.

Ces tours de lits superposés renvoient aux dortoirs des hospices où, à partir du XIXe siècle, des enfants abandonnés travaillaient dans des usines.
Ces tours de lits superposés renvoient aux dortoirs des hospices où, à partir du XIXe siècle, des enfants abandonnés travaillaient dans des usines.
© Radio France

Dans une autre installation, on voit des tours de lits superposés, qui renvoient aux dortoirs des hospices où des enfants abandonnés ont été forcés à travailler dans des usines de textile au XIXe siècle. Ces tours blanches, éclairées d’une lumière rasante, et leurs ombres sur les murs, nous surpassent en hauteur. “C’est comme si on redevenait enfant, décrit Camille Sart. On rentre aussi dans la maquette.

Sujet tabou et marginalisé

Passé par des études d’art, il a aussi une approche historique du sujet, qu’il documente avec des archives, avant de le matérialiser de manière artisanale. “Même si je parle de sujets historiques, les violences se poursuivent toujours, par exemple en Inde ou au Bengladesh où les enfants travaillent.” Il est engagé dans le collectif Enfantiste, qui veut visibiliser ce sujet, tabou et marginalisé. “Mon histoire, c’est l’histoire de beaucoup de gens, au final. Donc c’était aussi en même temps donner de la voix à ceux qui ne l’ont pas ou ne l’ont plus, et rendre hommage aussi, aux oubliés de l’histoire.