De l’Idole yéyé au papy rock : cinq facettes de Johnny

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De l’Idole yéyé au papy rock : cinq facettes de Johnny

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Johnny Hallyday en 1975, sur le plateau de l'émission de variétés "Numéro Un" qui lui est consacrée.
Johnny Hallyday en 1975, sur le plateau de l'émission de variétés "Numéro Un" qui lui est consacrée.
© AFP - Alain Liennard / Ina

Décès. Le chanteur s'est éteint à l'âge de 74 ans. La star française du rock'n'roll est décédée des suites d'un cancer du poumon. Du rock à la country, en passant par la variété, ce chanteur infatigable était une icône de la musique française.

Le chanteur Johnny Hallyday est mort à l'âge de 74 ans, ce mardi 6 décembre, des suites d'un cancer du poumon. Toute sa vie, cette bête de scène aura assuré concerts et tournées, pour un public de fans conquis. Johnny Hallyday, né Jean-Philippe Smett, était d'autant plus une icône de la musique française qu'il avait commencé très tôt sa carrière. Né en juin 1943, il se passionne très jeune pour la musique. Quelques mois après sa naissance et la séparation de ses parents, Jean-Philippe Smet part vivre chez sa tante paternelle, Hélène Mar, ancienne danseuse et actrice. Grâce à elle, il évolue très tôt dans le monde des cabarets. C'est en voyant un film avec Elvis Presley en 1957, "Lovin' You", qu'il découvre sa voie : il sera chanteur de rock'n'roll.

Il a contribué dans les années soixante à importer le rock'n'roll en l'adaptant à la France. Emmanuel Laurentin, producteur de La Fabrique de l'Histoire, retrace la longue et riche carrière de cette îcone française.

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Emmanuel Laurentin revient sur la vie et l'oeuvre de Johnny Hallyday

8 min

Ce qui est intéressant, c’est que lorsque Johnny Hallyday, puis toute une génération, Eddy Mitchell et bien d’autres arrivent sur la scène, ils ont 17 ou 18 ans, et ce que l’on écoute en France, c’est plutôt Bob Azzam « Chérie je t’aime, chérie je t’adore », un peu de Gilbert Bécaud, Edith Piaf bien évidemment ou encore Dalida qui chante une adaptation des « Enfants du Pirée ». C’est donc l’arrivée d’une musique qui change complètement par rapport à ces musiques un peu sirupeuses des années cinquante et qui est portée par une jeunesse marquée par l’arrivée aux Etats-Unis de cette musique plus rythmée, cette musique binaire, le rock'n'roll qui va envahir la France par des moyens très différents : il y aura l’importation de disques venant de Grande-Bretagne ou des Etats-Unis, mais aussi la présence des bases américaines en France. En 1966, elles sont encore nombreuses sur le territoire national. Enfin, dans les jukebox qui sont nourris par la musique américaine, et dont les titres sont renouvelés régulièrement. Il y a des 45 tours qui sont alors jetés à la poubelle et récupérés à Evreux, à Châteauroux ou ailleurs par des jeunes qui vont les vendre sur les marchés. D’autres les découvrent et vont vouloir les adapter en français. Emmanuel Laurentin

50's : Les débuts, Johnny l'américain 

A la fin des années 50, Jean-Philippe Smett fréquente le Golf Drouot, où il reprend des standards country et des adaptations françaises de chansons américaines. Il y fréquente deux autres grands noms de la musique française : Eddie Mitchell et Jacques Dutronc. La célèbre salle parisienne deviendra un lieu culte du rock français. En décembre 1959, le chanteur passe aux côtés de Colette Renard, dans l'émission "Paris-Cocktail". Il se fait remarquer, et bientôt sort son premier disque "T'aimer follement". A cette occasion, il choisit son nom de scène : "Halliday", du nom du mari de sa cousine, Desda. Sur la pochette, son nom est par erreur orthographié avec deux "y" ; la graphie restera. Son second album, "Souvenirs souvenirs", sorti la même année, consacre son premier tube. 

Johnny avait beaucoup de disques américains qu'on ne pouvait pas acheter en Europe, ce qui me permettait d'écouter tout ce que je ne pouvais pas écouter autrement, si bien qu'on passait souvent des après-midi et des soirées à écouter Presley, Bill Haley et des tas d'autres trucs qui n'étaient pas encore disponibles chez nous. Eddie Mitchell

60's : l'Idole des jeunes et génération yéyé 

Rapidement Johnny Hallyday enchaîne les albums, les tournées et les concerts. Ses morceaux deviennent des hits : "Retiens la nuit", "Laissez-nous twister", "Pas cette chanson", "Elle est terrible" et surtout "L'idole des jeunes", surnom dont il se verra affublé. 

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En 1963, un grand concert est donné sur la place de la Nation à Paris, pour le premier anniversaire du mensuel "Salut les Copains". 30 000 personnes sont attendues, mais ce sont 150 000 jeunes gens qui envahissent les lieux pour voir leur idole : la génération "yéyé" est née. Matthieu Conquet, producteur de Continent Musiques, revient sur ce moment particulier :

Matthieu Conquet revient sur l'oeuvre musicale de Johnny Hallyday

11 min

Même l’apparition du rap et de la musique électronique n’ont pas fait perdre de son aura au chanteur, longtemps resté le plus populaire parmi les Français. Edgar Morin invente l'expression qui va désigner toute une génération Yéyé (dans un article paru dans Le Monde en juillet 1963). Sorte de diagnostic sociologique sur "La Nuit de la Nation" qu’organisèrent Europe n°1 et Salut les copains, le 22 juin 1963 : les organisateurs attendent 30 000 participants, pour aller écouter Johnny Hallyday, Sylvie Vartan, Eddy Mitchell ou Richard Anthony. C’est une marée humaine de 150 000 personnes qui déborde et se transforme en une manifestation immense et inattendue, apolitique, surgissement de la jeunesse avec quelques violences "Salut les voyous" avait titré un autre journal du soir. Matthieu Conquet

70's : Johnny, idole fatiguée 

Malgré son succès Johnny Hallyday n'en est pas dispensé pour autant de service militaire : il en profite pour sortir le titre "Le Pénitencier".

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Devenu une véritable star, Johnny Hallyday vit cependant mal le contrecoup de sa gloire. D'autant que son mariage avec Sylvie Vartant bat de l'aile. Malgré la naissance de son fils, David, en août 1966, le chanteur fait une tentative de suicide en septembre de la même année. "Noir c'est noir", qui sort quelques temps plus tard, relate son état dépressif : c'est un nouveau tube. Le chanteur continue d'ailleurs de les enchaîner, au rang desquels "Que je t'aime", "Oh ma jolie Sarah" ou "Toute la musique que j'aime". 

Dans les années 70, après des albums résolument rock, Johnny Hallyday se tourne vers la Country. En 1976, il tente de sortir de ses genres de prédilection et sort un album concept "Hamlet Hallyday", mais cet opéra rock est un échec. 

80's : Johnny chanteur de variété

Le début des années 80 marque un retour aux sources pour le chanteur. Johnny Hallyday chante les textes de nouveaux artistes de la chanson française, comme Michel Berger, avec "Le chanteur abandonné" et "Quelque chose de Tennessee". 

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Le rockeur s'associe également avec Jean-Jacques Goldman : en 1986, l'album Gang contient quelques hits dont "Laura", "Je te promets", "L'Envie" et "J'oublierai ton nom". Johnny Hallyday passe alors du rock'n'roll à la chanson romantique ou la variété.

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Depuis les 90's : Johnny, papy rockeur ?

Infatigable, le rockeur continue de sortir des albums, à un rythme un peu moins effréné. Il ne cesse jamais de se consacrer à la scène, malgré des problèmes de santé récurrents. En 1993 c'est le Parc des Princes pour ses 50 ans, puis Bercy en 1995, Las Vegas en 1996, le Stade de France en 1998 et la Tour Eiffel en 2000. Ce concert gratuit réunit 400 000 spectateurs.

En 1998, Pascal Obispo réalise un nouvel album pour Johnny Hallyday : "Ce que je sais". Parmi les titres, "Allumer le feu" devient instantanément un tube : 

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En 1999, l'album "Sang pour sang_"_, composé et réalisé par David Hallyday, obtient également un franc succès. Johnny continue de sortir album après album, et, en 2015, sort son cinquantième album studio : "De l'amour". Infatigable, il a continué jusqu'au bout à monter sur scène : en 2013, il fêtait ainsi ses 70 ans sur scène. En 2017, âgé de 74 ans, malgré les rumeurs constantes sur son état de santé, il s'était produit en concert pour l'ultime tournée des Vieilles canailles.