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De l'Inde confinée à la Suède sereine, le coronavirus teste la confiance des citoyens en leurs gouvernants

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Travailleurs journaliers indiens au premier jour de confinement, le 21 mars 2020
Travailleurs journaliers indiens au premier jour de confinement, le 21 mars 2020
© AFP - Money SHARMA

Aux confins du monde. Avec l'Inde qui passe en confinement strict, le nombre de Terriens reclus chez eux face au Covid-19 passe du simple au double. L'Espagne choquée par le sort réservé aux seniors mourant du coronavirus dans les maisons de retraites. Des médecins cubains et chinois au secours des soignants italiens.

En quelques heures, le nombre de Terriens confinés chez eux a doublé, ce mardi : le Premier ministre de l'Inde, Narendra Modi, a ordonné le confinement total pour 21 jours de toute la population indienne, soit 1,3 milliard de personnes au bas mot. Le genre de décision qui ne se prend pas à la légère, vu son ampleur démographique et ses conséquences économiques. Mais le gouvernement indien avait fait et refait ses calculs, selon la chaîne NDTV : le scénario le plus pessimiste de propagation du Covid-19 prévoit qu'au moins 10 millions de personnes seront contaminées rien que dans l'agglomération de New Delhi, et 4 millions à Mumbaï, avec un pic épidémique à prévoir dans les jours qui viennent.

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En confinant les Indiens chez eux (avec tout de même comme dans la plupart des autres pays des dérogations pour aller faire ses courses alimentaires et des secteurs essentiels de l'économie maintenus), Narendra Modi a fait un "pari sans précédent... qui pourrait bien changer la face de l'Inde", commente Mihir Sharma dans The Economic Times. Il a présenté cette décision comme "la seule capable de sauver l'Inde".

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"Si vous sortez de chez vous ces 21 prochains jours, alors nous risquons de faire un bond de 21 ans en arrière" en terme de développement du pays, a exhorté Narendra Modi

Mais confiner l'Inde, prévient Mihir Sharma, "ne peut fonctionner que si l'Etat est à la hauteur et peut venir en aide à tous les siens. Or, dans l'histoire de l'Inde, cela n'a jamais été le cas jusque-là". La confiance des Indiens (en particulier des plus démunis) en l'Etat n'est clairement pas assez forte (et légitimement) pour que les règles du confinement soient vraiment respectées et fonctionnent, prédit l’éditorialiste.  

Et le constat est plutôt le même au bureau indien de la BBC, où Vikas Pandey avertit : "Pour de très nombreux travailleurs journaliers pauvres d'Inde, rester chez soi n'est tout simplement pas envisageable". Et de citer l'un de ces travailleurs, interrogé dans les faubourgs de Delhi, et qui explique que s'il ne peut plus sortir travailler tous les jours pour gagner ses 600 roupies (7,2 euros), alors "la faim nous tuera bien avant le coronavirus".

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Pendant que le monde s'interroge sur les vertus potentielles de l'hydro-chloroquine pour combattre les symptômes du Covid-19, l'Inde, lit-on dans les pages "S_cience_" du magazine en ligne The Wire, a interdit ce matin toute exportation de ce médicament. Au moment où de nombreuses équipes de chercheurs à travers la planète testent les effets de cette molécule sur le coronavirus, c'est donc l'Inde, premier exportateur mondial de médicaments génériques, qui ferme le robinet.

Une manière de garder la production nationale pour éventuellement traiter ses propres malades ? Officiellement, l'agence indienne pour l'exportation pharmaceutique explique que l'hydro-chloroquine peut avoir des effets secondaires graves chez certains patients et qu'il s'agit donc d'une mesure de précaution. L'Inde, rappelle The Wire, avait déjà banni les exportations de masques respiratoires, de ventilateurs médicaux et de produits désinfectants.

En Espagne, c'est le dénuement dans lequel travaillent les professionnels de santé qui indigne la presse et l'opinion.

En première ligne face à la vague de milliers de malades qui débarquent chaque jour, la confédération des syndicats de médecins espagnols vient de saisir, lit-on dans El Mundo, le Tribunal Suprême pour obliger l'Etat, à donner enfin aux soignants les moyens de travailler correctement sans sacrifier leur propre santé (et accessoirement en leur évitant de devenir eux-même des vecteurs de contamination exponentielle).  

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El Mundo publie en guise d'illustration les témoignages d'infirmières de l’hôpital madrilène de Getafe, contraintes au système D le plus élémentaire : "Chaque jour, c'est l'aventure pour s'improviser un équipement de protection, on utilise ce qui nous passe sous la main, imperméables, sacs plastiques sur les bras et sparadrap sur les parties exposées du corps."

Mais c'est dans les maisons de retraite que la situation est la plus critique en Espagne : les malades les plus âgés et les plus critiques ne sont plus pris en charge par les hôpitaux et les Ehpad sont contraints d'accompagner la mort lente de leurs pensionnaires, sans aucun matériel ni aucune expérience des soins palliatifs, et sans que les familles ne puissent être aux côtés des mourants.

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Tout récemment, l'opinion publique espagnole a été choquée par la découverte des corps de plusieurs personnes décédées du Covid-19 dans des maisons de retraite, abandonnés parfois depuis plusieurs jours. Les familles des pensionnaires des résidences du troisième âge demandent des comptes. C'est un reportage de l'envoyée spéciale de France Culture à Madrid, Marie-Pierre Vérot : 

Ccoronavirus : l'indigne hécatombe dans les maisons de retraite espagnoles

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La problématique est la même dans la plupart des autres pays frappés par la pandémie, y compris en France. En Italie, où les hôpitaux tentent depuis une semaine déjà de faire face au pic de contamination et de mortalité, on veut croire, avec la Repubblica, que les premiers résultats des mesures de confinement se font sentir, que le pire sera bientôt derrière : "la courbe de contagion ralentit, la propagation du virus diminue de moitié", notent, "sans enthousiasme" et avec toutes les précautions nécessaires, les épidémiologistes qui ont eu accès aux tous derniers chiffres d'hospitalisations. S'il est bien "trop tôt pour pousser un soupir de soulagement et se croire sorti du cauchemar, il se passe bien quelque chose, un ralentissement".

L'Italie, devenue l'épicentre de la pandémie en Europe et dans le monde, bénéficie toutefois de la solidarité médicale internationale : la Chine, nous apprend l'agence Ansa, a par exemple dépêché ce mercredi à Milan huit tonnes de matériel médical et une troisième équipe de médecins chinois envoyés depuis la province de Fujian. Pour le Wall Street Journal qui s'en fait également l'écho, ce geste d'aide médicale chinois est aussi un moyen, pour Pékin, de se refaire une image positive à l'international en tant qu'expert en matière de traitement du coronavirus, et faire oublier que c'est bien de Chine qu'est parti le coronavirus sans que les autorités pendant un temps aient tardé à prendre la mesure du danger mondial.

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En fin de semaine dernière, Cuba a envoyé 52 médecins et infirmiers à Rome pour renforcer les équipes sanitaires italiennes. Eux aussi font valoir une solide expérience de lutte contre les pandémies : trente des membres de cette équipe cubaine avaient été mobilisés pour combattre la fièvre Ebola en Afrique de l'Ouest en 2014 à l'appel de l'Organisation mondiale de la santé. L'OMS reconnaît depuis toujours la qualité du système de santé cubain qui, pour un peu plus de 11 millions d’habitants, dispose plus de 76 000 médecins, 15 000 dentistes, 89 000 infirmières et d’une faculté de médecine ouverte aux pays du sud.  

Depuis 1963, date de l’envoi de la première « brigade médicale cubaine en mission internationale » en Algérie, La Havane, au nom de la solidarité, de l’humanisme et du socialisme, exporte régulièrement ses médecins.

Le travail des professionnels de santé cubains à l’étranger a rapporté 6,3 milliards de dollars en 2018, selon les chiffres officiels, ce qui constitue, avec les « remesas », l’argent envoyé par les cubains de l’étranger, et le tourisme, l'un des moteurs de l'économie cubaine.

Autant le dire tout de suite, il devient de plus en plus difficile de trouver des pays où le coronavirus ne truste pas la Une des journaux. En Suisse, Le Temps nous propose tout de même une destination : en Suède, "la vie continue. Pas de confinement ni de fermeture des écoles pour le royaume nordique qui se retrouve dans une situation quasi-unique en Europe__". 

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Certes, des consignes de distanciation sociale ont été lancées, mais Stockholm mise sur "la progressivité et la sérénité" dans son approche du coronavirus, explique Frédéric Faux. Cette approche est possible, poursuit le correspondant du Temps en Suède, parce que la discipline et la confiance des citoyens dans leur gouvernement sont très élevées (contrairement à ce que nous écrivions plus haut sur l'Inde).

Résultat, la principale information en Une du grand quotidien AftonBladet ce mercredi concerne cette préoccupation particulièrement ironique vue de nos pays confinés : le réseau de transports publics suédois (qui fonctionne toujours quasiment à plein) est saturé de voyageurs, et la grogne monte chez les usagers.

En Algérie, la justice est-elle "devenue folle", comme le craint le site d'info Mondafrique ? 

Ce qui est sûr en tous cas c'est qu'elle a donné une piètre image d'elle-même ce mardi en se livrant à "une parodie de procès" contre Karim Tabbou, 46 ans, figure de la contestation du Hirak emprisonné depuis le mois de septembre. Tabbou, nous explique Tout sur l'Algérie, devait en principe être libéré ce jeudi 26 mars, après avoir purgé sa peine de six mois de réclusion.  

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Mais les avocats du militant politique d'opposition ont appris mardi matin, sur Facebook, que leur client serait tout de même jugé ce même jour pour une autre affaire. En arrivant au tribunal, Karim Tabbou a fait un malaise vasculaire grave, il a été acheminé en urgence à l'infirmerie... mais cela n'a pas empêché les juges de le condamner à un an de prison ferme, "quasiment par contumace" compte-tenu de son état de santé catastrophique.   

Pour la Ligue algérienne de la défense des droits de l’Homme citée par TSA, la condamnation en appel de Karim Tabbou, dans ces conditions "est un précédent grave, qui s’ajoute à tous les dysfonctionnements et égarements du système judiciaire algérien".