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De la chair de poule au tendon du poignet : cinq vestiges de l'évolution plus vraiment utiles

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La chair de poule.
La chair de poule.
© Getty - Bele Olmez

L'évolution de l'espèce humaine a laissé derrière elle quelques vestiges. Une forme d'oreille, le coin de l’œil ou encore la chair de poule sont autant de résidus que l'on doit à nos lointains ancêtres, et dont certains sont amenés, à terme, à disparaître.

Un frisson de peur, une température un peu trop froide, et voilà votre peau qui se couvre de chair de poule, vos poils qui se hérissent. La réaction est si habituelle qu'on ne l'interroge plus, tout juste se contente-t-on d'attester qu'elle valide un état physique ou émotionnel. La chair de poule, pourtant, est un phénomène très ancien, que nous aurions hérité de nos lointains ancêtres... mais qui n'a plus guère d'utilité. 

L'être humain possède encore certaines caractéristiques issues d'une longue évolution et dont il ne profite plus. On appelle ces caractéristiques ayant perdu leur utilité première des "structures vestigiales". Certaines existent de façon permanente, comme la chair de poule, d'autres sont des atavismes, c'est-à-dire des caractères hérités génétiquement, qui se manifestent à nouveau chez un individu alors qu'ils avaient sauté une ou plusieurs générations.  

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Un tendon sur le poignet ? C'est le muscle long palmaire

Image extraite de l'étude : "Influence du muscle long palmaire sur la force de flexion du poignet"
Image extraite de l'étude : "Influence du muscle long palmaire sur la force de flexion du poignet"
- Simon Villars, Jean-Luc Voisin et Bernard Petitdant

Certaines personnes le voient apparaître, d'autres n'en possèdent pas sur un (généralement à gauche) ou deux de leur bras. Environ 14 % de la population est ainsi dépourvu du muscle long palmaire.

Pour vérifier si vous en êtes pourvu la manœuvre est simple : posez le dos de votre main sur une table, puis faites en sorte que le bout de votre pouce et celui de votre auriculaire se touchent. Si un tendon apparaît à la base de votre poignet, c'est que vous êtes bien en possession du fameux muscle.

Pas de panique si vous constatez que vous êtes dépourvu de ce muscle cependant... Car ce dernier est sous développé chez l'être humain. Il est d'ailleurs si peu utile qu'il est régulièrement utilisé en chirurgie reconstructive, pour remplacer un tendon défaillant ailleurs dans le corps.

A l'inverse, on le retrouve facilement chez les primates qui utilisent énormément leurs avant-bras pour se déplacer. Ainsi, les espèces de singes dites arboricoles, comme les lémuridés, ont un muscle long palmaire bien plus développé que celles qui ne le sont pas, comme les gorilles. 

Comparaison de la taille du "Palmaris Longus" en fonction des espèces. (Morphometric and Statistical Analysis of the Palmaris Longus Muscle in Human and Non-Human Primates)
Comparaison de la taille du "Palmaris Longus" en fonction des espèces. (Morphometric and Statistical Analysis of the Palmaris Longus Muscle in Human and Non-Human Primates)
- Tales Alexandre Aversi-Ferreira

Des muscles de l'oreille au tubercule de Darwin

Mais d'autres muscles sont devenus, au fil du temps, des structures vestigiales. Il s'agit notamment de trois muscles de l'oreille, l'auricularis anterior, l'auricularis superior et l'auricularis posterior. A eux trois, ils nous permettent vaguement de bouger ces dernières... sans autre résultat que de leur faire effectuer un vague surplace. 

Lorsque nous entendons un son un peu puissant, ils ont d'ailleurs tendance à s'activer pour tenter de bouger l'oreille en direction de l'émission sonore... sans succès. Nous en sommes réduits à tourner notre tête, contrairement à de nombreux mammifères, qui sont en capacité de mouvoir leurs oreilles en direction d'un son, que ce soit pour chasser, ou par crainte d'un danger.

Le tubercule de Darwin à gauche, homologue de la pointe de l'oreille chez le macaque à droite.
Le tubercule de Darwin à gauche, homologue de la pointe de l'oreille chez le macaque à droite.
- Luis Fernández García (Creative Commons)

Si toutes les oreilles humaines sont entourées des muscles précédemment cités, seules certaines d'entre elles sont dotées d'une excroissance de peau surnommée le "tubercule de Darwin", aussi appelée plus prosaïquement "tubercule auriculaire". Dans La Filiation de l'Homme, en 1871, Charles Darwin décrivait déjà cette excroissance souvent située sur le rebord intérieur de l'oreille. Il y distinguait alors un atavisme, c'est-à-dire un caractère héréditaire remontant à un ancêtre commun, disparaissant chez l'homme, et qui, chez les primates, a donné la forme en pointe de leurs oreilles.

On surnomme également cet atavisme "oreille de Spock", en référence aux oreilles pointues de la race imaginaire des Vulcains dans Star Trek. Cette excroissance a longtemps été considérée comme une malformation synonyme d'un signe de dégénérescence, qui permettait, à en croire le criminologue italien Cesare Lombroso, d'identifier les potentiels criminels, selon la discipline depuis longtemps remise en cause de la physiognomonie.

Au coin de l’œil : le pli semi-lunaire

S'il n'est pas devenu totalement inutile, le pli semi-lunaire est le vestige d'une fonction qui s'est sérieusement atrophiée chez l'être humain. Il désigne l'excroissance rosée qui orne notre coin de l’œil. 

C'est un reliquat de ce qui, chez les autres espèces, est une membrane nictitante, c'est-à-dire une troisième paupière translucide qui vient recouvrir l’œil pour le protéger et l'humidifier tout en permettant à l'animal de conserver une certaine visibilité. On la distingue très nettement chez les reptiles ou chez les oiseaux, quand elle vient recouvrir horizontalement un de leur yeux. 

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Chez l'être humain, il ne reste rien de cette membrane mais, étant situé à côté de la caroncule lacrymale, le pli semi-lunaire, en plus de favoriser une meilleure rotation du globe oculaire, facilite le drainage lacrymal.

La chair de poule 

Vos poils se hérissent soudain sur votre peau, constellant cette dernière de petits picots ? Vous avez sans doute trop froid, peur, ou venez simplement de ressentir une émotion un peu intense. La réaction ? C'est la fameuse "chair de poule", en référence à l'apparence caractéristique de la peau d'un poulet, une fois ce dernier déplumé. 

Ce phénomène est déclenché par les muscles horripilateurs, ou arrecteurs, situés à la base de chaque poil. Et si ces derniers hérissent la peau, c'est pour une raison physiologique simple : en se dressant, les poils emprisonnent une couche d'air. Ce dernier étant un bon isolant thermique, il nous permet ainsi de conserver plus facilement notre température corporelle. Oui mais voilà, au cours de l'évolution, la pilosité de l'être humain s'est sérieusement réduite... au point que la chair de poule ne procure plus aucun avantage. 

Mais pourquoi la chair de poule se déclenche-t-elle en cas de forte émotion ? L'hypothèse est qu'en se dressant, les poils nous rendaient plus imposants, et permettaient ainsi à nos ancêtres de se protéger d'un éventuel prédateur. Un réflexe ancestral rendu inutile par un corps humain devenu quasiment glabre. 

Le coccyx

Quiconque s'est déjà cassé ou fêlé le coccyx a une bonne idée de ce dont il s'agit, tant abîmer ce groupement d'os à la vague apparence de bec d'oiseau et prolongeant le bout de la colonne vertébrale est synonyme d'une incapacité à s'asseoir fort handicapante. 

Alors pourquoi cet os constitué de quatre vertèbres soudées peut-il être considéré comme une structure vestigiale ? Simplement parce qu'il s'agirait du vestige d'une queue préhensile disparue au cours de l'évolution. Il n'en conserve pas moins un rôle très utile : il soutient en partie le plancher périnéal.

En 2017, le journaliste médico-scientifique Marc Gozlan rapportait ainsi l'histoire d'un homme de 56 ans pourvu d'un embryon de queue, et rappelait qu'il n'était pas si rare de devoir procéder à l'ablation de pseudo-queues chez de jeunes enfants, citant des cas ou ces dernières atteignaient plusieurs centimètres de longueur.

Et le reste ?

Parmi les organes dont l'utilité pose question, les dents de sagesse sont en bonne place : alors que la taille de notre mâchoire se réduit au fil du temps, ces dernières continuent d'exister et peinent à sortir, nécessitant souvent d'être extraites a la mano.

Attention toutefois : les structures vestigiales, on l'a vu, ne sont pas toutes complètement inutiles. L'évolution a redéployé leurs fonctions et on redécouvre occasionnellement l'utilité de certaines. Ainsi, on a ainsi longtemps cru que l'appendice de l'intestin (qui servirait de refuge aux bactéries utiles de l'intestin) ou les amygdales étaient inutiles. Avant de réaliser que ces dernières notamment, si elles ne sont pas indispensables au fonctionnement de l'organisme, jouent pourtant un rôle dans les défenses immunitaires.