Publicité

De la "grande vague de Kanagawa" au tsunami de 2011 : histoire visuelle des tsunamis

Par
Le tsunami à Miyako, dans le nord-est du Japon, le 11 mars 2011.
Le tsunami à Miyako, dans le nord-est du Japon, le 11 mars 2011.
© AFP - STR / JIJI PRESS

Dans l'imaginaire collectif, la "grande vague de Kanagawa" d'Hokusai est la représentation visuelle d'un tsunami... Depuis le tsunami de Sumatra en 2004, puis les événements de Fukushima en 2011, on sait pourtant que les tsunamis n'ont rien d'une vague unique qui viendrait engloutir les côtes.

Au Japon, les illustrations de tsunamis se veulent réalistes et montrent leur impact sur les populations. Mais dans un pays où le danger des tsunamise, les représentations, variées, ne montrent jamais une seule et unique vague.  de plusieurs dizaines de mètres de haut, gigantesque mur d’eau digne d’un film catastrophe.

Les tsunamis, pourtant, n’ont rien à voir avec cet imaginaire visuel. En fait de vague, il s’agit plutôt d’une masse d’eau montant inexorablement, un bouillonnement inarrêtable qui, comme l’ont montré les images terrifiantes du tsunami qui a frappé les côtes japonaises il y a maintenant 10 ans, engloutit inexorablement tout ce qui se trouve sur son chemin. Pourtant lorsque l’on évoque cette catastrophe naturelle, c’est encore et toujours la Grande Vague de Kanagawa, d’Hokusai, qui est citée en exemple, alors même que cette dernière ne nous montre pas un tsunami.

Publicité

Les premiers récits de ces événements auraient-ils pu nous induire en erreur ? Rien de tel. Un des premiers comptes-rendus de tsunami dont nous disposons date du cinquième siècle avant Jésus-Christ : en -479, ce raz-de-marée  déferle sur les côtes nord-ouest de la mer Egée. En pleine guerres médiques, les troupes perses, constatant que l’eau se retire anormalement loin, tentent de profiter de l’occasion pour envahir la presqu'île de Phallène… avant d’être noyées par le tsunami. Les Grecs virent là la colère de Poséïdon, après la profanation de son temple par les Perses. 

L’historien grec Thucydide, en 426 av. J.-C., en fera ce récit dans La Guerre du Péloponnèse : 

On vit à Orobiaï, en Eubée, la mer s'éloigner de ce qui était alors le rivage, puis se soulever et déferler sur une partie du territoire de cette cité, dont une certaine étendue resta submergée, alors qu'ailleurs les flots se retiraient. [...] Ces raz-de-marée sont provoqués, selon moi, par les séismes. Là où la secousse est la plus forte, les flots sont entraînés loin du rivage, avant de revenir brusquement pour déferler sur les terres avec d'autant plus de violence. Je ne crois pas que ce phénomène puisse se produire s'il n'y a pas de tremblement de terre.

L’historien a vu juste et propose là la première explication concrète à l’origine des tsunamis. Ces derniers se créent lorsqu’une grande masse d’eau est déplacée rapidement, que ce soit en raison d’un tremblement de terre sous-marin, d’un glissement de terrain côtier ou maritime, d’une éruption volcanique sous-marine, ou bien plus rarement - et heureusement - en raison d’un impact puissant, par exemple un astéroïde.

Thucydide raconte également comment les flots se retirent avant que le tsunami ne frappe, un signe annonciateur de ces catastrophes naturelles, au même titre que le fait de ressentir un tremblement de terre ou d’entendre un grondement en provenance de la mer, comme le précise  l’Institut de Physique du Globe de Paris. L’Institut rappelle également que, contrairement à l’idée que l’on s’en fait souvent, un tsunami n’est pas une vague unique, mais bel et bien une série de vagues qui peuvent s’échelonner de 20 min à 1 h, et ce pendant plusieurs heures. 

À réécouter : Tsunamis et pluies extrêmes / Phagothérapie / Organoïdes cérébraux

Des siècles de tsunamis...

Les tsunamis n’ont, évidemment, rien de nouveau. On a pu dater les plus vieux d’entre eux à plusieurs millions d’années d’existence :  l’effondrement d’un volcan dans l’océan Pacifique, il y a 1,4 million d’années, aurait ainsi créé une vague d’une hauteur de 610 mètres. L’histoire regorge d’exemples de tsunamis dévastateurs, évoquant cette vague redoutée. On retrouve leurs traces dans nombre de légendes, de la Grèce Antique aux peuples polynésiens tels les Maoris, à l’image de ce récit transcrit par un professeur néo-zélandais en 1906 : 

Bientôt la mer devint sombre, troublée et en colère, et une grande vague, qui prit de la force à mesure qu'elle venait, se dirigea vers le rivage. Il s'avança sur la plage de sable, balayant Titipa et tous ses poissons devant lui, jusqu'à ce que, avec le bruit du tonnerre, il heurta la falaise sur laquelle se tenaient les gens [...] La grande vague recula, aspirant avec elle d'innombrables rochers et Titipa, impuissant et en difficulté. Puis une autre vague, plus grande que la précédente, est venue avec une force énorme et, balayant le rivage, a frappé la falaise avec un rugissement tonitruant. Elle a été suivie d’une troisième qui, quand elle a reculé, a laissé la plage décapée et écorchée. 

Des récits oraux, écrits, des légendes (l’Atlantide aurait été engloutie par un raz-de-marée) ou encore des traces archéologiques ont permis d’attester de l’existence des tsunamis à travers les âges. Un outil proposé par Google Earth référence même ces catastrophes naturelles les plus violentes au cours des 500 dernières années : 

Googe Earth référence et explique 20 des tsunamis les plus importants au cours des cinq derniers siècles.
Googe Earth référence et explique 20 des tsunamis les plus importants au cours des cinq derniers siècles.
- Google / National Oceanic and Atmospheric Administration

… mais peu d’illustrations 

Pourtant, malgré des siècles de tsunamis meurtriers, peu d’illustrations subsistent. Au Japon, des “Pierres de Tsunami” rappellent ainsi l’existence de ces calamités. Ces dalles rocheuses d’environ 3 mètres de hauteur, dressées à la verticale, datent pour l’essentiel de la fin du XIXe siècle, lorsque deux tsunamis avaient frappé, successivement, les côtes japonaises. Elles adressent aux descendants des survivants des messages d’avertissements :

Les habitations en hauteur sont l’[assurance de] la paix et de l'harmonie pour nos descendants. Souvenez-vous de la calamité des grands tsunamis. Ne construisez aucune maison en-dessous de ce point.

Une pierre de tsunami, érigée en 1933 dans le village d'Aneyoshi au Japon, alertant les habitants de ne pas construire d'habitation en dessous de cette pierre.
Une pierre de tsunami, érigée en 1933 dans le village d'Aneyoshi au Japon, alertant les habitants de ne pas construire d'habitation en dessous de cette pierre.
- T.KISHIMOTO

On retrouve, en Europe, des gravures d’un raz-de-marée ayant frappé Lisbonne au XVIIIème siècle, et que Voltaire mentionne notamment dans Poème sur le désastre de Lisbonne, ou encore dans Candide ou l’Optimisme, son conte philosophique paru en 1759 :

À peine ont-ils mis le pied dans la ville en pleurant la mort de leur bienfaiteur, qu’ils sentent la terre trembler sous leurs pas ; la mer s’élève en bouillonnant dans le port, et brise les vaisseaux qui sont à l’ancre. Des tourbillons de flamme et de cendres couvrent les rues et les places publiques ; les maisons s’écroulent, les toits sont renversés sur les fondements, et les fondements se dispersent ; trente mille habitants de tout âge et de tout sexe sont écrasés sous des ruines.

De fait, le tremblement de terre est dû à un séisme sous-marin : 40 minutes après qu'il a frappé Lisbonne, une série de vagues, dont les plus hautes atteignent une hauteur de 15 mètres, viennent engloutir la ville. Entre le séisme, le tsunami, et les incendies, entre 40 000 et 50 000 personnes trouvent la mort. Ce tsunami vient également frapper, quatre heures plus tard, les côtes anglaises. 

Une gravure sur cuivre, réalisée la même année, montre la ville de Lisbonne en proie aux eaux et aux flammes :

Une gravure représentant Lisbonne, après le séisme puis le tsunami du 1er novembre 1755.
Une gravure représentant Lisbonne, après le séisme puis le tsunami du 1er novembre 1755.
-

D’autres illustrations, réalisées quelques années après les évènements, montrent bien les flots déchaînés envahissant Lisbonne, sans s’attarder sur l’idée d’une seule et unique vague : 

Une illustration signée Pearson, en 1887, montre les flots envahissant la ville de Lisbonne déjà à moitié détruite par le séisme, en 1755.
Une illustration signée Pearson, en 1887, montre les flots envahissant la ville de Lisbonne déjà à moitié détruite par le séisme, en 1755.
© Getty - Pearson
Une gravure, datée du XIXe siècle, montre une série de vagues engloutissant Lisbonne.
Une gravure, datée du XIXe siècle, montre une série de vagues engloutissant Lisbonne.
© Getty - Universal History Archive/Universal Images Group

Quand, en 1784, une succession de cinq tremblements de terre frappent les régions de Calabre et de Sicile en Italie et déclenchent un tsunami, les illustrations de l’époque ne montrent pas plus une seule et unique vague :

Dessin illustrant le tsunami du 6 février 1783 le long de la côte sicilienne, par Schiantarelli, en 1784.
Dessin illustrant le tsunami du 6 février 1783 le long de la côte sicilienne, par Schiantarelli, en 1784.
- Schiantarelli / Sabina Porfido

Au Japon, les illustrations de tsunamis se veulent réalistes et montrent leur impact sur les populations. Mais dans un pays où le danger des tsunamis est parfaitement connu, les représentations, variées, ne montrent jamais une seule et unique vague. 

Le tsunami Sanriku de 1896, sur la côte Nord-Est du Japon, fit plus de 22.000 morts.
Le tsunami Sanriku de 1896, sur la côte Nord-Est du Japon, fit plus de 22.000 morts.
- University of British Columbia. Library. Rare Books and Special Collections.
Les artistes japonais essayent de décrire la force des éléments.
Les artistes japonais essayent de décrire la force des éléments.
- UBC Library, Rare Books and Special Collections, QE537.2 J3 D57 1800z. Page 10

"Grande vague de Kanagawa" et confusion linguistique

Au cours du XXe siècle, les illustrations laissent pourtant place aux premières photographies de tsunamis. La première d'entre elles, rappelle Emile Okal, chercheur au Département des Sciences de la Terre et des Planètes de la Northwestern University de l’Illinois et spécialiste des tsunamis, date certainement du 1er avril 1946, à Hawaï : “Il y a des photographies spectaculaires des vagues attaquant le port, et on y voit un pauvre travailleur sur le point d’être emporté, qui est devenu l'une des 159 victimes de ce tsunami.”

Une des premières photos d'un tsunami en cours, le 1er avril 1946, montre un homme sur le point d'être emporté par les flots déchaînés.
Une des premières photos d'un tsunami en cours, le 1er avril 1946, montre un homme sur le point d'être emporté par les flots déchaînés.
© Getty - CORBIS

Mais malgré les premières photographies qui émaillent l'histoire du XXe siècle, c'est encore et toujours l'image d'une vague unique qui continue de hanter l'imaginaire populaire. Cette idée doit sans doute beaucoup à la popularisation du chef-d’œuvre d'Hokusai, La Grande vague de Kanagawa, devenue une icône des tsunamis alors même qu'elle ne représente qu'une vague particulièrement haute.

"La perception que la «grande vague» est un tsunami semble être la conséquence d'une mauvaise traduction et d'une association qui s'est produite depuis que l'image a circulé pour la première fois en dehors du Japon", raconte sur Getty Christine Guth, spécialiste des arts japonais au Royal College of Art et au Victoria and Albert Museum :

La confusion entre la vague de Hokusai et un raz-de-marée a peut-être été facilitée par le fait que la mode pour toutes les choses japonaises en Europe et en Amérique à la fin du XIXe siècle a coïncidé avec un tsunami de 1896 qui a causé des destructions massives dans le nord du Japon. Rapporté dans le monde entier, il a fait comprendre aux Européens et aux Américains les dangers d'une catastrophe naturelle auparavant connue uniquement à distance. Si les photographies témoignent des dégâts et des pertes en vies humaines que le tsunami a causés sur terre, elles n’ont pas pu capturer la vague elle-même, laissant son apparence à l’imagination du spectateur. La «grande vague» a rempli cette pièce manquante.

"La Grande Vague de Kanagawa", d'Hokusai, ne représente pas un tsunami.
"La Grande Vague de Kanagawa", d'Hokusai, ne représente pas un tsunami.
- Hokusai

La confusion est d'autant plus marquée que le terme tsunami est un terme japonais, regrettent les chercheurs Julyan H.E. Cartwright et Hisami Nakamura dans leur étude Quel type de vague est "La Grande vague de Kanagawa" d'Hokusai ? [en anglais], publiée en 2009 :

Le mot tsunami est japonais, et Hokusai est aussi japonais, ergo la vague d'Hokusai doit être un tsunami… cette confusion [avec une onde de tempête] peut être préjudiciable aux tentatives de reconnaître [un] tsunami [en] identifiant le retrait de la mer comme une marée exceptionnellement basse, dans de nombreux cas le premier signe de tsunami.

Jusqu'au XXe siècle, c'est en effet le terme de "raz-de-marée" qui est utilisé pour désigner les catastrophes naturelles que sont les tsunamis. Mais ce fourre-tout linguistique cible indifféremment toutes les catastrophes liées à une montée des eaux. Le terme "tsunami" vient lui du japonais et signifie littéralement "vague portuaire" : il prendrait son origine chez les pêcheurs qui, n'ayant rien remarqué d'anormal en mer, rentraient au port pour trouver un village dévasté par les eaux. Par souci de précision, ce terme s'installe peu à peu dans la littérature scientifique au cours du XXe siècle, avant de prendre un sens réellement populaire lors du tsunami de 2004 à Sumatra, précise Emile Okal : "Personne ne savait ce que c’était qu’un tsunami, et le mois suivant, tout le monde savait ce que c’était, avec cette idée que ça pouvait arriver dans beaucoup d'endroits, dans des complexes touristiques. Tout le monde a appris le mot tsunami, c’est même devenu un mot domestique et on s'est mis à parler de "tsunami politique" par exemple".  

La fameuse vague d'Hokusaï est-elle seule à l'origine de cette représentation ? Certainement pas, à en croire le spécialiste des tsunamis, qui "en étant extrêmement cynique" considère surtout que cette idée d'une vague unique "vient du fait que ça se vend mieux. On montre quelque chose de catastrophique, ce qui a plus de portée vis-à-vis du public. Ça se vend mieux que la description scientifique d’un renflement de la mer et de vagues considérables mais étalées sur des longueurs bien supérieures". 

Une étude parue en 2015, intitulée Fausse déclaration dans les panneaux d'avertissement de tsunami : un déni emblématique [en anglais], rappelle néanmoins que l'iconographie de la vague pour représenter un tsunami continue de s'inspirer de l’œuvre d'Hokusai et est présente, paradoxalement, jusque sur les panneaux d'avertissement censés prévenir ces catastrophes. Même le "Glossaire des Tsunamis 2019" montre une unique vague... alors qu'il est édité par le "Tsunami Information Center", dont le symbole n'est autre que la vague d'Hokusai doublonnée.

Le "Glossaire des Tsunamis" de l'Unesco représente une vague unique.
Le "Glossaire des Tsunamis" de l'Unesco représente une vague unique.
- UNESTO - ITIC

Depuis 2004, une autre vision des tsunamis ?

Malgré ces incohérences dans la représentation visuelle des tsunamis, leurs représentations ont énormément évolué depuis 2004 et 2011. Le tsunami de 2004 dans l'Océan indien, avec plus de 250 000 victimes à son actif, a durablement marqué l'opinion publique. Il s'agit de la première occurrence de ce type de catastrophe à avoir été filmée sous plusieurs angles, de nombreux touristes étant alors équipés de caméras : 

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Les populations locales sont d'autant plus durement touchées par cette hécatombe que les systèmes d'alerte, en pleine période de Noël, ont échoué à prévenir les autorités efficacement. Si cette catastrophe naturelle a fait entrer le mot "tsunami" dans le langage courant, elle a surtout permis à une population occidentale, peu habituée à ces cataclysmes et frappée directement du fait du tourisme de masse, de mieux les appréhender. "Le tsunami de 2004 a été la plus grand catastrophe naturelle de la Suède [560 morts, ndlr], alors que la Suède elle-même n'a pas été touchée directement par cette catastrophe", note ainsi Emile Okal.  Les vidéos diffusées en boucle sur les journaux télévisés, le nombre effroyable de morts, associeront pour la première fois ces images de courants d'une violente puissance à ces phénomènes naturels. 

Sept ans plus tard, le 11 mars 2011, lorsque le tsunami de la côte Pacifique du Tōhoku vient frapper les côtes japonaises, il atteint à certains endroits une hauteur de 38 mètres. Il fera 18 000 morts. Les quelques protections anti-tsunamis, dont un mur d'une hauteur de 6 mètres, sont balayées. Le chiffre est loin de s'approcher des 250 000 morts de 2004, "mais des collègues ont fait des études scientifiques qui ont essayé de compter le nombre de gens présents dans les zones complètement dévastées : il y avait 200 000 personnes, statue Emile Okal_. 90 % des gens qui étaient à risque s’en sont tirés, parce qu’ils ont évacué. Ils ont senti le tremblement de terre, et ils avaient été éduqués à l’idée que si vous ressentez un fort séisme et que vous êtes trop près de l’eau, vous évacuez."_

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Entre 2004 et 2011, l'avènement des smartphones a surtout permis de montrer l'ampleur de la catastrophe, particulièrement au Japon, pays de la technologie. Jamais un tsunami n'a été autant filmé et, des années après, des vidéos inédites de ce cataclysme océanique continuent d'apparaître sur les réseaux sociaux. "La grande différence avec d'autres tsunamis, c'est que c'était de jour, précise le spécialiste des tsunamis Emile Okal. Au Chili, lors du tsunami de 2010, il faisait nuit. Là, très rapidement après, des hélicoptères étaient présents pour filmer."

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Ces vidéos ont surtout donné l'occasion aux scientifiques, raconte le chercheur, d'en apprendre plus sur les tsunamis en les analysant : 

L'explosion technologique de la vidéo a permis à des collègues de faire un travail presque de limiers, de police scientifique. Ils ont été décortiquer des vidéos pour mesurer, à partir des images, la vitesse des flots. On a pu calculer la vitesse en mètre par seconde de l’eau qui entrait dans des rues. Une chose est sûre, c'est que les tsunamis de Sumatra en 2004 et au Japon en 2011 nous ont fait reculer. Nous avions des théories selon lesquelles les très gros tremblements de terre ne pouvaient se produire que dans certaines régions… Nous avons du admettre, avec humilité, qu’on pouvait se tromper, et à nous dire que ça pouvait arriver n’importe où.

En 2012, un an après la catastrophe japonaise, sortait un film biopic, The Impossible, racontant l'histoire vraie d'une famille séparée et miraculeusement rescapée lors du tsunami survenu dans l'océan Indien en 2004 : 

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Cette représentation concrète, réelle, d'un tsunami dans une œuvre de fiction signifiait-elle que l'image d'une gigantesque vague couverte d'écume était en train de s'effacer de la mémoire collective ? Des films catastrophes nous ont assuré du contraire. Cette figure de la vague gigantesque continue de nourrir un genre cinématographique friand d'images fortes et on la retrouve fréquemment dans des films à gros budget comme "2012", "Le Jour d'après" ou encore "San Andreas".

Le spécialiste des tsunamis Emile Okal tient cependant à pointer du doigt que les populations concernées par ces risques s'en font, elles, une idée tout à fait proche de la réalité. Dans les pays concernés, "tout est une question d'éducation" affirme-t-il :

Le fait est que des populations qui sont éduquées le sont soit par des cours à l’école, soit par la tradition ancestrale. C'est ce qu'on fait dans beaucoup de pays comme le Japon, le Pérou, ou en Polynésie française : ce sont des choses qui fonctionnent. Une population qui vit avec un risque va garder ce risque en mémoire, s’il n’est pas réinitialisé, pendant deux ou trois générations. Vous pouvez avoir un lien avec votre grand-père ou votre grand-mère, une histoire racontée. Au-delà ça devient plus compliqué. C'est pour cela qu'il est nécessaire d'enseigner ces risques à l'école.

Kunagawa, et après ? 

Près de deux siècles après la fameuse "Grande vague de Kunagawa" d'Hokusai, à l'aune des deux derniers tsunamis ayant fortement marqué les esprits, la représentation d'un tsunami pourra-t-elle changer ? Dès 2001, dans une publication du Journal International de la Société des Tsunamis [en anglais], le géologue hawaïen Doak C. Cox, spécialiste de la prédiction des tsunamis, s'inquiétait de la question de la représentation de ces catastrophes naturelles, tout en reconnaissant qu'il était peu probable que l'on parvienne à dépasser un jour l'icône de la vague d'Hokusai : 

Je dois bien admettre que je ne peux penser à aucun substitut dont l’attractivité artistique se rapprocherait de celle des représentations de la "Grande vague" de Hokusai. Il semble donc peu probable que ces représentations soient remplacées par des icônes de tsunami. À mon avis, cependant, chaque utilisation d'une telle icône devrait au moins être accompagnée d'une reconnaissance explicite que les vraies vagues de tsunami ne ressemblent pas à cela.

À lire aussi : Fukushima : photographier les radiations invisibles