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Débarquement de Provence : "Enfermer l'Allemagne à l'intérieur d'une puissante mâchoire d'acier"

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Le débarquement de Provence sur la Plage du Dramont, en août 1944.
Le débarquement de Provence sur la Plage du Dramont, en août 1944.
- Cyrilb1881

Après le 75e anniversaire du débarquement en Normandie, en juin dernier, c'est au tour du débarquement en Provence d'être commémoré ce jeudi 15 août. Dans les années 60, sur France Culture, des participants à cette opération témoignaient et en faisaient le récit, vu de l'intérieur.

Ce jeudi 14 octobre auront lieu les commémorations du débarquement en Provence. Elles célèbrent les 75 ans de la nuit du 14 au 15 août 1944, lorsque les forces alliées effectuèrent un débarquement sur une vingtaine de plages du Var, lors de l'opération Anvil Dragoon, avec pour objectif de libérer Toulon et Marseille. En une quinzaine de jours à peine, la majeure partie de la Provence avait été libérée, et les forces alliées avaient alors entrepris de remonter le Rhône pour effectuer la jonction avec les forces de l'opération Overlord, débarquées en Normandie. 

Traditionnellement, ces commémorations sont aussi l'occasion de saluer la contribution des soldats des anciennes colonies françaises à la Libération. Les troupes incluaient en effet 260 000 combattants de la 1ère armée française, dirigée par le général de Lattre de Tassigny, et étaient composées principalement de soldats venus d'Afrique du Nord et subsaharienne. L'auteur David Diop, Goncourt des lycéens 2018 pour son roman “Frère d’âme”, les évoquera ce 15 août 2019 lors des cérémonies de commémoration à la nécropole de Boulouris :

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"La mémoire collective de la présence des tirailleurs sénégalais ou des troupes coloniales dans la Libération de la France s'est progressivement estompée."

53 sec

Des soldats marocains ayant participé au débarquement allié sont invités à la cérémonie célébrant le dixième anniversaire de l'événement en août 1954 à Saint-Raphaël
Des soldats marocains ayant participé au débarquement allié sont invités à la cérémonie célébrant le dixième anniversaire de l'événement en août 1954 à Saint-Raphaël
© Getty - KEYSTONE-FRANCE/Gamma-Rapho

Dans les archives de France Culture, lors d'émissions réalisées à l'occasion des commémorations ayant pris place dans les années 60, des témoins et participants de ce débarquement en faisaient le récit. Parmi ces derniers, l'historien Jacques Robichon rappelait en préambule de l'émission La fin d'Hypnos : le débarquement en Provence, en septembre 1969, les raisons de ce second débarquement : 

Pourquoi le débarquement de Provence ? Et bien pour deux raisons parfaitement simples et claires : en 1944 les alliés s'apprêtaient à lancer leur grand assaut contre l'Allemagne. [...] Il s'agissait d'enfermer à l'intérieur d'une puissante mâchoire d'acier, le plus grand nombre possible de divisions allemandes occupant le territoire français, de les prendre entre deux feux, et de les anéantir. Telle était la stratégie, et telle était la première des deux raisons qui avait fait envisager deux débarquements en France, au Nord et au Sud. Mais il y avait une autre raison et il existait d'autres considérations. [...] Les côtes de Provence présentaient l'avantage d'avoir à portée de main le soutien de l'aviation basée en Corse et, à peu de distance du rivage, des fonds marins importants qui permettraient aux navires de combat de bombarder la côte et de soutenir la vague d'assaut.

La fin d'Hypnos : le débarquement en Provence (01/091969)

1h 22

L'émission donnait également la parole à Max Juvénal, ancien chef des mouvements de résistance dans le Vaucluse, qui racontait l'organisation de la résistance, son rôle dans le débarquement, ainsi que son effort après la libération pour éviter des excès et des exécutions sommaires : 

L'une des grandes lois de ma vie a été dans la clandestinité d'aller faire la paix avec l'Italie avant l'heure, quand en 1944 je suis passé faire un traité avec la résistance italienne. [...] La résistance étant dégagé de ce que j'appelle les frontières d'un pays, vous la situez comme un mouvement d'opinion. Nous ne faisons pas la guerre à l'Allemagne, à l'Italie. Nous faisons la guerre à des régimes d'oppression. A des gens qui n'ont pas le respect de la liberté humaine, qui n'ont pas le respect de la pensée humaine. 

Le 15 août 1944, 70 jours après le débarquement en Normandie, les troupes alliées prennent pied sur les côtes de Provence avec l'opération "Dragoon".
Le 15 août 1944, 70 jours après le débarquement en Normandie, les troupes alliées prennent pied sur les côtes de Provence avec l'opération "Dragoon".
© AFP

Une autre émission, diffusée en juillet 1964, proposait quant à elle d'écouter le témoignage du général Ducourneau. A l'époque capitaine et commandant d'une unité commando, il se remémorait le débarquement sur la falaise du Cap Nègre et l'ascension qui s'en était suivi, pour y éliminer une batterie allemande (à partir de 08'40) :

Nous arrivâmes au pied du Cap Nègre, où commença la partie sportive de notre mission. [...] En ce qui concerne mon détachement, réduit à 15 hommes alors que 70 hommes étaient prévus, nous commençâmes l’ascension de la falaise. Ascension lente, ascension que nous faisons au moyen de cordes que, aidés par le sergent Daboussy, je plaçais. Il fallait une ascension absolument silencieuse et pendant 200 mètres, les hommes, s'aidant mutuellement, arrivèrent au sommet de la falaise du Cap Nègre où, pensions-nous, devait se trouver la batterie annoncée que nous devions détruire. C'est alors que nous eûmes la surprise de trouver, à la place de la batterie, d'énormes entonnoirs et un vide de champ de bataille à peu près total. Certes, les Allemands restaient encore, qu'il fallut réduire dans un combat d'infanterie, mais la batterie elle-même avait été détruite par l'aviation française. [...] Tout ce qui a été écrit d'un assaut sur cette batterie est pure exagération...

Enquêtes et commentaires (10/07/1964)

20 min

Le 12 septembre 1944 l'armée de de Lattre de Tassigny rejoindra la division Leclerc, près de Châtillon-sur-Seine, en Côte d'Or, réalisant ainsi la jonction avec les armées débarquées quelques mois plus tôt en Normandie.