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Débattre des mondes que nous voulons : les migrations comme proposition politique

Par
Antoine Hennion au CCIC de Cerisy, 2018
Antoine Hennion au CCIC de Cerisy, 2018
- CCIC Cerisy

Rien n’est plus politique aujourd’hui qu’aider les migrants: c’est revendiquer par les actes une Europe ouverte. Non pas opposer une politique par le bas aux oukases venus d’en-haut, mais, face à l’urgence, prendre la mesure d’un état du monde inédit.

Cette communication a été prononcée  dans le cadre du colloque intitulé Brassages planétaires qui  s’est tenu au Centre Culturel International de Cerisy du 1 au 8 août 2018, sous la direction de Patrick MOQUAY, Véronique MURE et Sébastien THIÉRY.

Il n’est pas si facile de substituer une  parole politique à la soi-disant "crise" des migrants. Recouvrant un  impuissant mélange de silence et d’urgence, ce mot ne dit que l’absence  de pensée et la peur d’agir. Il renforce en outre une opposition  paralysante, entre d’un côté des chiffres globaux, abstraits,  insensibles, et de l’autre la vérité de multiples actes locaux, près des  corps, des souffrances, de l’expérience en cours. Parler de crise,  c’est déguiser les premiers en réalisme politique, et réduire les  seconds à de l’aide humanitaire.

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Pourtant,  rien n’est plus politique aujourd’hui qu’aider les migrants: c’est  revendiquer par les actes une Europe ouverte. Non pas opposer une  politique par le bas aux oukases venus d’en-haut, mais, face à  l’urgence, prendre la mesure d’un état du monde inédit. Et donc,  d’abord, prendre le temps de l’enquête: je présenterai celles du Pérou  sur l’expérience en cours, hier à Calais, aujourd’hui à La Chapelle,  soutenant et documentant ce qui s’invente ensemble en situation, dans  ces rencontres improbables et ces frictions créatrices.

Mais  la politique exige aussi de toujours retisser le lien entre situations  réelles et mesures à défendre, et ce n’est pas tâche aisée. Il ne faut  pas considérer les migrations comme un problème déstabilisant l’Europe:  comme le climat, elles sont l’occasion et la nécessité de la refonder.  Ce débat fait peur aux hommes politiques, et aussi à bien des militants  "pro-migrants", de crainte d’amplifier les craintes. Mais le refuser,  c’est laisser la parole aux seuls tenants du repli illusoire sur des  frontières que, dans l’autre sens, finance et marchandises ignorent.  Oui, il faut oser dire qu’en effet, les mondes à venir seront tissés de  migrations massives: ce n’est pas une crise, c’est une chance pour  débattre des mondes que nous voulons, et se battre pour les faire  advenir.

Les migrations nous font une proposition. À nous de nous mettre à sa hauteur.

Débattre des mondes que nous voulons : les migrations comme proposition politique, par Antoine Hennion

48 min

Antoine Hennion, chercheur au CSI (Mines-ParisTech, PSL/CNRS), a  travaillé sur la médiation, les amateurs, puis sur l’aide et le care, et  élaboré une pragmatique des attachements. Auteur de La Passion musicale (2007), La Grandeur de Bach (avec J.-M. Fauquet, 2000). Articles récents: ""Enfermer Maman !" Le care  comme éthique de situation" (avec P. Vidal-Naquet, 2015), "Un cahier  qui pourrait s’intituler "Ce qui se passe" à Calais" (PUCA/Le Pérou  2016), "A Plea For Responsible Art. Politics, the market, creation", in Art and the Challenge of Markets, V.D. Alexander & al. eds. (2018).Cette communication a été prononcée  dans le cadre du colloque intitulé Brassages planétaires qui  s’est tenu au Centre Culturel International de Cerisy du 1 au 8 août 2018, sous la direction de Patrick MOQUAY, Véronique MURE et Sébastien THIÉRY.