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Débordements

Par
Sans filtre du réalisateur Ruben Östlund.
Sans filtre du réalisateur Ruben Östlund.

Le 4e jour de compétition cannoise a vu l'affrontement entre deux cinéastes déjà lauréats d'une Palme d'or : le Suédois Ruben Östlund, et le Roumain Cristian Mungiu, qui chacun, et très différemment, se sont emparés de grands sujets contemporains.

Le premier l'avait eue en 2017, cette si convoitée Palme d'or, avec The Square, le second en 2007, avec 4 mois, 3 semaines, 2 jours, et ils traitent avec leurs films respectifs de sujets politiques si prégnants aujourd'hui qu'on a eu parfois hier l'impression d'un remake de la dernière présidentielle française. Chez le Suédois Ruben Östlund, avec Sans filtre, ce sont les inégalités de richesse, de plus en plus grande, mais aussi celles entre les hommes et les femmes, qui sont renversées cul par-dessus tête, dans une grande farce carnavalesque où une tempête sur un yacht de luxe, avec ce qu'elle peut provoquer d'hectolitres de vomissures et autres jaillissement diarrhéiques, va jeter sur une île déserte quelques survivants parmi ces super riches et influenceurs numériques, vite confrontés à leur inutilité sociale. Le rire est vengeur et efficace, mais cache mal la profonde misanthropie du Suédois au regard surplombant, pour qui toute humanité n'est que méchanceté et médiocrité.

Vieux remugles irrationnels

« R.M.N. », de  Cristian Mungiu.  WHY NOT PRODUCTIONS/MOBRA FILMS
« R.M.N. », de Cristian Mungiu. WHY NOT PRODUCTIONS/MOBRA FILMS

Autrement plus humaniste est la vision complexe des enjeux de la mondialisation, et de ce qu'elle peut provoquer de réflexes identitaires, que propose le Roumain Cristian Mungiu avec R.M.N.. Dans un village perdu de Transylvanie, où cohabitent depuis des siècles plus ou moins harmonieusement des Roumains, des Hongrois et des Allemands (il y avait aussi des Gitans, mais les villageois ont fini par s'en débarrasser), et qui se vide de ses habitants, partis chercher de meilleurs salaires à l'étranger, il suffit que la boulangerie industrielle locale embauche trois travailleurs extra-européens pour que débordent les vieux remugles irrationnels sur lesquels prospèrent toujours et partout le populisme et le nationalisme. Le film est impressionnant par sa capacité à articuler le courage et la lâcheté, l'individu et la foule, par des moyens purement cinématographiques. Un peu de pensée complexe, c'est toujours bon à prendre...

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