Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne : indifférence à sa sortie, texte iconique aujourd'hui

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Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne : indifférence à sa sortie, texte iconique aujourd'hui

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À sa sortie, le texte d’Olympe de Gouges rencontre un faible écho. Plus de deux siècles plus tard, il est une icône d’avant-garde féministe et les lycéens plancheront dessus au bac de français.

Septembre 1791 : la France est dans un chaos post-Révolution. Louis XVI et Marie-Antoinette ont tenté de fuir le pays trois mois plus tôt, se faisant arrêter à Varennes. La défiance du peuple grandit envers la famille royale, accusée de trahison. La Constitution vient d’être adoptée et la souveraineté revient désormais à la nation, via l’Assemblée législative, non plus au roi. Le jour même de son entrée en vigueur, Olympe de Gouges publie sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne.

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Contre l’esclavage et les dogmes religieux

Un texte qu’on retient a posteriori comme son principal fait d’armes, ce que tempère la professeure d’histoire moderne à l’université Rennes 2, Solenn Mabo : “C’est vrai qu’on la connaît aujourd’hui essentiellement comme l’autrice presque d’un seul texte, alors que son biographe, Olivier Blanc, a recensé 135 textes qu’elle aurait publiés de son vivant”.

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Elle se fait d’abord connaître comme dramaturge, notamment avec une pièce qui prend position contre l’esclavage et qui lui vaut des menaces de mort : Zamore et Mirza ou l’Esclavage des Noirs.

Électron libre, Olympe de Gouges avait quitté sa ville natale de Montauban en jeune veuve, direction Paris. Issue d’une éducation bourgeoise, elle y fréquente alors les salons de l'élite littéraire, sans pour autant s’affilier à un club politique. Son œuvre prend un tournant politique en 1789, avec des pamphlets et affiches placardées (que l'on nomme les placards) sur les murs de Paris.

Une lettre à la reine

Deux ans après la Déclaration des droits de l’homme, elle adresse un pastiche à la reine, comme une lettre. En préambule, elle lui déclare :

“Il n'appartient qu'à celle que le hasard a élevée à une place éminente, de donner du poids à l'essor des droits de la femme, et d'en accélérer les succès.”

Méthodique, elle reprend la structure de la DDHC et ses 17 articles, pour dresser un nouveau contrat social plus égalitaire entre hommes et femmes. On retient notamment cette formule iconique :

“La femme a le droit de monter sur l’échafaud, elle doit également avoir celui de monter à la tribune.”

Précurseuse du concept de sororité ?

Elle parle au nom des "mères", "filles" et "soeurs", mais non des épouses. Une manière d’introduire l’idée d’une communauté de femmes, sans se situer par rapport aux hommes. Olympe de Gouges n’est d’ailleurs pas mariée. Elle refuse d’épouser son amant Jacques Bietrix de Rozière, en partie pour conserver sa liberté de publication : à l’époque, il faut à une autrice l’accord de son mari pour publier.

Elle évoque les femmes comme le “sexe supérieur en beauté comme en courage dans les souffrances maternelles”. Radical ? Peut-être, mais pas vraiment inédit à l’époque. “On a un argumentaire qui n’est pas nouveau, de présenter les femmes comme supérieures aux hommes, contextualise Solenn Mabo, spécialiste de la période de la Révolution française. On retrouve déjà cela chez François Poullain de La Barre [auteur du traité De l’Égalité des deux sexes], qui pouvait dire que les femmes n’avaient pas été corrompues par l’éducation traditionnelle, scolastique, qui avait pu corrompre les hommes.

Un texte de combat

Dans le pamphlet, elle se montre exigeante. La revendication de droits s’accompagne de l’égalité en devoirs, comme l’imposition, ou le fait d’être sanctionné par la loi. Dans le postambule, elle attribue même aux femmes une passivité face à leur condition méprisée.

Elle s’appuie sur des images négatives, décrit Solenn Mabo. C’est-à-dire la figure de la courtisane, de ces femmes qui agiraient dans l’ombre sur les puissants, pour renvoyer les femmes à une forme de responsabilité.” On retrouve d’ailleurs dans le postambule la formule : “Femme, réveille-toi”.Là encore, elle n’est pas la seule à tenir des discours qui peuvent être jugés, pour nous aujourd’hui, de notre point de vue, durs.

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La Déclaration est éditée en cinq exemplaires dans le but d’être présentée à l’Assemblée législative le 28 octobre 1791. Mais elle n’obtient qu’un faible écho.

Arrêtée parce qu’opposante à Robespierre, Olympe de Gouges est guillotinée le 5 novembre 1793. Mais le texte pose les jalons des revendications féministes. En 1849, il est cité par la militante Jeanne Deroin, qui se présente symboliquement - elle n’en a pas le droit à l’époque - aux élections législatives.

Il faut attendre la fin du XXe siècle pour que la Déclaration connaisse une postérité plus marquante. En 1986, la journaliste Benoîte Groult la publie en entier, ce qui permettra au mouvement féministe de s’en emparer et d’en faire un des grands textes de la littérature d’idées française. C’est d’ailleurs dans cette catégorie qu’il figure aujourd’hui au programme de français en classe de première.