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Déconfinement : une faune à doublement préserver

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Une mésange photographiée à Paris le 11 avril 2020.
Une mésange photographiée à Paris le 11 avril 2020.
© Maxppp - Aurélien Morissard

Des canards ou même des daims dans les rues, des rorquals au large des Calanques. En deux mois, quantité d'animaux ont pu s'aventurer sur des terres souvent occupées par l'humain. La faune devrait vite retrouver ses habitudes mais des associations et institutions appellent à une prudence renforcée.

Ce vendredi marque la journée mondiale de la biodiversité. Une biodiversité qui a pu être davantage observée durant la période de confinement. Certaines espèces ont été aperçues dans des zones où l'humain est généralement très présent : des canards voire des daims dans des rues désertées ou un requin dans le port de Sète, pour ne parler que de la France. Le déconfinement fait-il courir un risque à cette faune qui s’est répandue dans des territoires où elle n’allait pas avant ? Des associations s’en inquiètent. Mais les animaux devraient vite retrouver leurs terres habituelles. 

Une faune en terrain moins connu

"Retrouvez vos forêts… sur la pointe des pieds" est l'un des appels lancés par l'Office national des Forêts, alors que le déconfinement est en place depuis le 11 mai dernier. 

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En forêt, l’ONF indique que_"la faune sauvage est devenue moins farouche et plus sensible après ces semaines sans quasiment aucun dérangement humain"_ et demande au public de la prudence. D’autant plus que nous traversons une période de naissances chez les animaux sauvages. "Les visiteurs vont faire irruption dans une nurserie qui a perdu l’habitude des hommes", explique ainsi Pierre-Edouard Guillain, directeur de l’agence territoriale Île-de-France de l’ONF. Mais le problème risque moins de se rencontrer en forêt que sur le littoral pour Romain Julliard, professeur en écologie au Muséum national d'histoire naturelle. "L’essentiel des forêts, ce ne sont pas des chemins mais des endroits où les gens ne vont pas d’habitude", le risque d’aller déranger des espèces qui se seraient aventurées en dehors de leur territoire habituel est donc moins grand. 

Le littoral suscite en revanche plus d'inquiétude. D’où l’opération conjointe "Littoral 2020 - Sauvez nos poussins", lancée par l’ONF, le Conservatoire du littoral, la Ligue pour la protection des oiseaux, Rivages de France, en lien avec l’Office français de la biodiversité. Les promeneurs sont invités à être particulièrement attentifs lors de leur retour sur les plages. Car durant les deux mois de confinement, certaines espèces ont "installé leur nid sur un territoire calme et silencieux, que ce soit dans leurs zones habituelles comme sur ces nouveaux territoires disponibles et d’habitude fréquentés", explique un communiqué commun. Et d'avertir : "L’année 2020 qui semblait exceptionnelle pour la reproduction pourrait s’avérer catastrophique : œufs écrasés, nichées piétinées, poussins séparés de leurs parents, voire dévorés par les chiens non tenus en laisse". 

"Certaines espèces se reproduisent exclusivement sur les plages, précise Romain Julliard. Sur le littoral breton, il y a un petit échassier qui s’appelle le Gravelot à collier interrompu qui est une espèce qui niche uniquement sur les plages et s’installe sur les plus tranquilles d’entre elles. Il est très probable que des couples qui se sont installés sur des plages complètement vides (durant le confinement) se retrouvent en fait sur des plages très fréquentées".

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Un phénomène qui pourrait donc poser problème pour certaines espèces et de manière ponctuelle. "Cela peut également concerner des colonies de sternes qui seraient alors dans l’obligation de se déplacer et d’abandonner leur nichée", ajoute le scientifique. Lorsque les espèces concernées vivent plusieurs années et dans des milieux "naturellement très perturbés" comme les plages où il y a des risques même sans la présence d’humains (comme la rencontre de prédateurs, etc.), rater un cycle de reproduction n’est "normalement pas dramatique" assure Romain Julliard. Mais très souvent, les espèces concernées sont menacées, comme le Gravelot à collier interrompu. La LPO (Ligue de protection des oiseaux) indique d’ailleurs qu’un couple a fait son nid "juste à l’entrée de la plage de Quiberon" dans le Morbihan. Lorsqu’il n’existe plus que quelques dizaines de couples, rater un cycle de reproduction peut dans ce cas poser problème.

Alors, associations et ornithologues ont entrepris de repérer les nids et de les signaler à l’aide de balise. "La coexistence peut ainsi se faire avec l’humain en laissant quelques dizaines de mètres de tranquillité au couple", précise Romain Julliard, mais c’est beaucoup plus compliqué sur les plages très fréquentées. Dans ce cas, le couple n’aura d’autre solution que de partir. 

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Trop tôt pour s’assurer des effets bénéfiques du confinement

Si de multiples espèces ont pu être observées durant le confinement, difficile de déterminer aujourd’hui si deux mois sans activité humaine ont vraiment été bénéfiques pour la faune. Romain Julliard rappelle que les professionnels de la recherche étaient eux aussi confinés et que si de nombreuses observations ont été menées, il n’y a pour le moment pas eu de mesure scientifique. 

Les effets bénéfiques sont des choses qui doivent persister. Le simple fait que des oiseaux ou mammifères changent de comportement pendant le confinement, ont été plus visibles, occupent d’autres espaces, leur a permis d’être plus tranquilles. Mais pour qu’il y ait un effet bénéfique, il faut que cela se traduise dans la dynamique de la population : en terme d’effectifs, de cycle de reproduction, de taux de survie… Et cela se mesure sur le temps, pas dans l’instantané.
Romain Julliard, professeur en écologie au Muséum d'histoire naturelle

Le bénéfice du confinement pourrait être observé dans les parcs urbains. Fermés pendant deux mois, ils n’ont pas été entretenus et la végétation y a repris ses droits. "Des processus biologiques ont pu se mettre en place : croissance de la végétation, communautés d’insectes, augmentation de la biomasse et peut-être d’autres espèces qui s’y sont installés grâce à cette biomasse en plus", note le biologiste. À condition, évidemment, de laisser cette végétation et de ne pas tondre ou retailler la végétation tout de suite, ce qui risquerait d’effacer tout ce bénéficie.

Ces prochaines semaines, il n’est pas impossible que des rencontres inattendues avec certaines espèces rarement observées se déroulent. Pour Romain Julliard, la plus remarquée sera sans doute celle du renard, "un animal particulièrement timide et qui s’adapte très vite donc il n’hésite pas à occuper l’espace dès qu’il en trouve". Le temps d’une période de transition, car en présence de monde, le renard retrouvera rapidement ses horaires de sortie habituels, plutôt nocturnes, le renard pourrait se faire surprendre ici et là. D’une manière générale, la faune va vite retrouver ses habitudes d’avant confinement et "rentrer à la maison" ; les espèces qui ne sont pas parvenues à s’habituer à la présence de l’homme n’étant plus là depuis longtemps… 

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Durant le confinement, une famille de renards a été aperçue au cimetière du Père-Lachaise à Paris, une première dans la ville.

Pour Romain Julliard, le réel effet bénéfique du confinement aura été "__l’occasion de mesurer à quel point la nature de proximité nous manquait, de ressentir et mesurer la valeur du bénéfice de cette nature en ville en particulier". Il espère que cela permettra d’imaginer des villes un peu différentes où la nature aurait un peu plus de place. 

Pour inciter le public à observer davantage la nature, le Muséum national d’histoire naturelle a lancé le programme Vigie Nature qui permet d’observer les papillons, les oiseaux, les insectes pollinisateurs, notamment depuis son jardin. Durant le confinement, les participations à ces observatoires ont été bien plus importantes qu’habituellement, des indicateurs supplémentaires pour noter les effets sur confinement sur la faune et la flore mais il faudra encore attendre quelques mois pour en connaître les résultats.

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