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Découvrez Bernie Krause et son Grand Orchestre des Animaux en ligne, pour être à l’écoute du chant du monde !

Par
Portrait de Bernie Krause
Portrait de Bernie Krause
- Tim Chapman

Culture Maison. Sortez de chez vous grâce à une oeuvre qui tient à la fois de l’ode et du manifeste au chant du vivant et du sauvage.

Jeanne Aleos, productrice déléguée de l’émission Par les temps qui courent, vous invite à découvrir le chef-d’œuvre sonore de Bernie Krause, Le Grand Orchestre des Animaux, présenté en 2016 à la Fondation Cartier, et remis en avant grâce à un site dédié et au site Instagram de la Fondation Cartier.  

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Bernie Krause : du studio confiné à l’immensité de la nature  

Un été, à Paris, le métro de la ligne 2 quitte Jaurès en direction de la Place Clichy. Il emprunte la voie aérienne et très vite suspend sa course au-dessus de la Rotonde. Le vent souffle. Les arbres s’agitent. Le wagon est quasi vide. Le silence est prégnant. Il fait bon. La lumière scintille dans les feuilles. L’espace est clos et pas un son ne parvient de l’extérieur. Cependant, captivée par le mouvement qui s’opère, la bande son se met en marche dans ma tête. J’entends le vent, j’entends les feuilles agitées et bousculées qui bruissent. La mélodie se met en place comme des balais pour batteries et percussions de jazz.   

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La musique est un reflet de la nature. Nous imitons la diversité de ses rythmes, sons et harmonies. Quand j’ai commencé à enregistrer les sons de la nature, j’ignorais que les fourmis, les larves d’insectes, les anémones de mer, et les virus, créaient leur signature acoustique.                    
Bernie Krause

Lui qui souffre d’une vue faible, de dyslexie, d’un problème d’attention prolongée et d’anxiété, a été élevé loin de la nature et de son contact, dans une famille nourrissant même une peur à son encontre. Aujourd’hui octogénaire, l’américain Bernie Krause se définit comme un écologiste acoustique, curieux et à l’écoute.

Gamin, il se forme à la guitare et divers instruments, et se tourne progressivement vers la musique électronique, qui lui fait découvrir une panoplie inconnue de sons. Il fait ses classes auprès de l’accordéoniste et compositrice Pauline Oliveros et de l’allemand Karlheinz Stockhausen pour qui la spatialisation du son est cruciale. 

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Into The Wild

Dans les années 1960-1970, alors que Krause est devenu musicien et acousticien, il collabore avec Van Morrison, les Doors, et se lance dans la musique de films (Apocalypse Now, Rose Mary’s Baby, …). En studio, son partenaire de son est Paul Beaver et ensemble, ils signent notamment In A Wild Sanctuary, mêlant synthétiseurs et sons naturels d’orchestration. 

Pour recueillir ces derniers, Paul Beaver, l’élégant urbain qui ne se départit jamais de son costume, se refuse catégoriquement à aller s’immerger dans la nature. Krause domine alors sa peur et se colle à l’exercice, même s’il n’en mène pas large. Dans une forêt de San Francisco, son acte de bravoure ne sera pas sans récompense, car sous son casque, c’est un nouveau monde qui s’ouvre et se révèle alors à lui. Il se sent à l’endroit exact du son, tel qu’il l’entend depuis toujours, savourant pleinement l’espace sonore s’ouvrant devant lui.

Mettre le son en boite

A la fin des années 1960, le matériel nécessaire pour capturer ces sons connait justement un nouvel essor. De dimension réduite, enregistrant en stéréo, il résiste aux intempéries extérieures, ce qui est idéal pour répondre aux nouveaux besoins de Bernie Krause. "L’essentiel est invisible avec les yeux" souligne Saint Exupéry dans Le Petit Prince. Ce que Bernie Krause ne dément pas. Pour en comprendre l’essence, il suffit d’en faire l’expérience soit même.  

Muni d’un bon casque, ou de bonnes enceintes, mettez-vous dans un endroit calme, de jour ou de nuit. Connectez-vous sur ce lien. Il ne vous reste qu’à appuyer sur le bouton pour entamer une immersion d’une heure en terre amazonienne, où se font entendre des toucans à bec rouge, des cigales, des troglodytes arada, des perroquets, et bien d’autres encore. Les yeux fermés, certains sons rappellent les maracas de samba. L’imaginaire de chacun peut se laisser porter par ces ambiances tantôt merveilleuses, luxuriantes, rythmées et joyeuses, tantôt inquiétantes. Et le voyage se poursuit, mentalement, en Alaska où des renards polaires et des loups rouges voient chaque printemps débarquer des oiseaux (parulines, buses…) venus nicher par millions.

À réécouter : Le concert des vivants
5 min

Au Zimbabwe c’est une nuée de volatiles qui chante, siffle et, qu’un son sourd - proche de la voix - expulsé comme un rebond, vient rythmer. Ce sont des babouins qui aboient. Mais le plus fascinant de tous les paysages sonores est celui du monde sous-marin du Pacifique. Dans leur milieu naturel, les sons émis par chaque individu de ce peuple des mers sont éloignés les uns des autres. Tous n’ont pas la même amplitude d’émission ni de fréquences. Celles des baleines bleues peuvent aller jusque 500 km. Pour les dauphins, ce ne sont que quelques centaines de mètres.

Krause effectue un collage sonore réunissant des baleines à bosses d’Hawaï - dont le chant évolue au fil des années et des contacts établis entre colonies -, des baleines tueuses, des crevettes, divers poissons, des cachalots, goélands, lions de mer, ou encore des orques dont chaque banc a son "accent"; on les écoute tels des solistes dont les sonorités rappellent pour certains des instruments à cordes. L’archet glisse sur un violoncelle, ou marque le rythme en tapant les cordes et le bois, face à des cris profonds jaillis dans l’immensité de la mer, avant de s’assourdir au loin progressivement.

Bibliothèque sonore

Cette révélation d’un "collectif interactif", Bernie Krause s’en souvient très bien. Nous sommes en 1983. Il se trouve au Kenya, au sein du Governor’s Camp, et se repose sous sa tente, un micro poursuivant l’enregistrement dehors. Il prend soudain conscience que le son est organisé en fréquences distinctes. Les insectes, les grenouilles, les oiseaux : chacun y joue sa partition. Ce qui donnera naissance au concept de niche acoustique, où chaque mammifère, insecte, fait partie intégrante des éléments d’un grand orchestre : le paysage sonore propre à chaque lieu. 

56 min

Sauvegarder un patrimoine

Ces archives du sanctuaire sauvage, au-delà de leur beauté, et des imaginaires qu’elles ouvrent dans nos esprits à leur écoute, sont aussi les témoins d’une évolution et, dans certains cas, d’une extinction des espèces animales par l’activité humaine. Sur 15 000 paysages naturels arpentés en un demi-siècle, la moitié est devenue muette, soit par disparition (braconnage), soit par transformation de leur habitat initial (déforestation, coupe sélective, réchauffement climatique, bruits prégnants de l’anthropophonie, …). Les feux de forêt en Amazonie ou en Australie au cours des derniers mois n’ont fait qu’appauvrir encore la puissance et la variété de ces biophonies.

Aujourd’hui, Bernie Krause a choisi de sortir de sa démarche initialement artistique et scientifique, pour sensibiliser sur un plan plus écologique et donc politique notre rapport à la nature et au vivant : 

Je ne suis pas rassuré par le constat que mon travail n’intéresse toujours personne cinquante après que je l’ai commencé. C’est pourtant la voix du monde naturel. On enseigne la préservation de l’environnement dans toutes les grandes universités américaines, à Harvard, à Yale, à Stanford, mais aucune ne s’intéresse au son. C’est comme si on préparait une gigantesque banque de données de films muets.

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