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Découvrez comment un simulateur de livraison de colis est devenu le pari vidéoludique le plus fou !

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"Death Stranding" a été l'un des jeux vidéos les plus attendus en 2019, un jeu vidéo d'auteur, radical et singulier, avec Léa Seydoux et Norman Reedus au casting
"Death Stranding" a été l'un des jeux vidéos les plus attendus en 2019, un jeu vidéo d'auteur, radical et singulier, avec Léa Seydoux et Norman Reedus au casting
- Kojima Production / Sony (2019)

Culture Maison. "Death Stranding" fait partie de ces jeux vidéo d'auteur qui exaltent autant qu'ils fâchent. Comme avec la plupart des réalisations du prodige japonais Hideo Kojima, on adore ou on déteste. Il n'y a pas de demi-mesure.

Nicolas Martin, producteur de La Méthode Scientifique et de la chronique sciences de Radiographie du coronavirus, vous entraîne à sa suite dans un jeu qui pourrait bien vous faire perdre tous vos repères, voire un peu de santé mentale, à moins de réussir à goûter comme il se doit la splendeur mélancolique de ce véritable trip !

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Plus qu'un simple jeu vidéo

Il faut dire que Death Stranding fait partie de ces jeux vidéo qui sont immédiatement beaucoup plus qu'un "simple" jeu vidéo. C'est une proposition monumentale, une odyssée mythologique d'une ambition comme on en voit peu dans l'abondante production vidéoludique internationale. Kojima tire un trait radical sur toutes les formes "classiques" du jeu – on n'est ni dans le jeu de rôle, ni dans le jeu de tir, ni dans le jeu d'enquête, ni dans aucune autre forme usuelle de jeu d'aventure. On est dans le monde, dans la tête, dans l'esprit de Kojima et, dès les premières secondes de jeu, dans une immersion radicale, radicale et littérale puisque le personnage que vous interprétez, Sam "Porter" Bridges, incarné par l'acteur Norman Reedus, rendu célèbre par la série The Walking Dead, est lui-même un noyé, et qu'à la première de vos erreurs, il vous faut aller réinvestir son corps en flottant dans les eaux sombres d'un océan séminal qui vous conduira à être englouti par la bouche du personnage jusqu'à l'intérieur de ses entrailles, afin de pouvoir le ramener à la vie.

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Extrait de "Death Stranding", un jeu vidéo de Hideo Kojima
Extrait de "Death Stranding", un jeu vidéo de Hideo Kojima
- Kojima Production / Sony (2019)

Dans Death Stranding, vous êtes donc plongé dans ces États-Unis post-catastrophe, mais pas un énième monde post-apocalyptique peuplé de zombies. Il s'agit là d'une catastrophe mystique et quasi-psychanalytique qui a transformé les morts en "échoués". Il n'y a plus d'Etat, plus de nation, plus rien que des point-relais déserts de toute présence humaine, que vous êtes chargés de relier les uns aux autres pour transporter des colis, des denrées, parfois des lettres, ou de la nourriture. Vous êtes le dernier lien vivant, charnel, qui relie une humanité dont vous ne verrez plus que des traces holographiques, tout le monde vivant étant terré et confiné à l'abri de ces redoutables échoués. Ces échoués, dont on peine à connaître la nature exacte, sont comme des âmes en suspension, des silhouettes invisibles qui laissent pour seules traces un liquide noir et visqueux sur toutes les surfaces alentour, et dont la présence pousse toutes les personnes à pleurer, irrépressiblement.

Vous croiserez la route d'une autre livreuse, d'une compagnie concurrente à la vôtre, l'un des seuls êtres de chair et de sang avec qui l'interaction n'est pas virtuelle, interprétée par Léa Seydoux. Vous plongerez dans les mémoires hallucinées du BB, le nouveau-né que vous portez en permanence sur votre ventre, seul à même de vous permettre de voir, brièvement, les terribles échoués, et dont les flashs mémoriels vous mettent en prise avec un Madds Mikkelsen halluciné, d’avant la catastrophe mondiale. Vous devrez également faire le deuil de votre mère, interprétée par Lindsay "Super Jaimie" Wagner, qui est également votre sœur, et que vous allez tâcher de retrouver à l'autre bout de ce pays dévasté. Le tout, accompagné d'une bande son si mélancolique – les très beaux morceaux trip hop du groupe Low Roar – que vos errances, le corps chargé de plusieurs centaines de kilos de marchandise, deviennent une expérience contemplative où les mécaniques de jeu en viennent à passer au second plan.

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Un univers de contemplation

Avec son casting, sa mise en scène, l'extraordinaire beauté du design graphique – tant sur la modélisation des comédiens que sur les paysages aux profondeurs de champs inouïes, Kojima a la volonté de nous emmener dans une expérience immersive complète, qui penche évidemment du côté d'un cinéma interactif, d'un long plan séquence qui assume sa lenteur, et son appel constant à la contemplation. 

Extrait de "Death Stranding", un jeu vidéo créé par Hideo Kojima
Extrait de "Death Stranding", un jeu vidéo créé par Hideo Kojima
- Kojima Production / Sony (2019)

On retrouve là, à mon sens, le même type d'ambition singulière que chez d'autres grands noms du jeu vidéo, qui tous ont suscité les mêmes réactions d'amour/haine : les univers déserts et tout aussi mélancoliques de Kenji Kaido et de la Team Ico, avec un jeu comme Shadow of the Colossus, unique en son genre, où il s'agissait d'aller affronter seul dans une lande désertées des monstres d'un ancien temps, des colosses pourtant pacifiques dont chaque mise à mort convoquait, là-aussi, une forme de tristesse métaphysique. Ou dans un tout autre genre, les univers du français David Cage, poussés à leur paroxysme dans sa dernière production, Detroit : Become Human. Un jeu qui raconte la lutte d'androïdes pour acquérir des droits civiques, sous forme de film interactif – dans lequel chaque choix fait par le joueur ouvre une partie spécifique de l'arborescence narrative et qui permet de sculpter, en fonction de vos décisions, la trame finale d'une histoire qui n'appartiendra qu'à vous, tant les ramifications sont nombreuses ou complexes.

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Ces jeux vidéo d’auteur sont des expériences toujours singulières, souvent risquées compte tenu des budgets colossaux nécessaires à leur développement – des budgets équivalents, voire supérieurs aux plus grosses productions hollywoodiennes pour les derniers en dates. Mais ces jeux montrent à quel point l’industrie vidéoludique est aujourd’hui encore capable de prendre des paris fous et de livrer ces jeux délirants, clivants, pour certains horripilants, mais qui méritent amplement, pour Death Stranding, de passer des dizaines d’heures à arpenter les terres des échoués et à accepter que l’on ne soit plus vraiment, tout à fait, dans un jeu vidéo, mais quelque part ailleurs, dans un univers à cheval entre les mondes.

  • Death Stranding est disponible sur PlayStation 4 et sera disponible sous Windows courant de l'année 2020

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