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Découvrez l’anti-macho improbable qui se cache derrière Clint Eastwood

Par
Clint Eastwood
Clint Eastwood
© AFP - Robin Beck

Culture Maison. Productrice des Enjeux internationaux, Julie Gacon balaie quelques idées reçues sur Clint Eastwood, en regardant chacun des films qu’il a réalisés à partir de 1971. L'occasion d'examiner la place que le cinéaste américain réserve aux femmes, et l'évolution de son regard, de Pale rider à L'Echange.

Quand je me suis mis en tête de profiter du confinement pour regarder tous les films de Clint Eastwood, ce n’était ni pour faire une thèse ni pour briller dans les dîners en ville. D’ailleurs, il n’y a plus de dîners en ville et un gaillard qui a soutenu successivement Eisenhower, Nixon, Reagan et même Trump à la présidence des Etats Unis avait de toute façon peu de chance de faire briller. En outre, Clint Eastwood était pour moi l’archétype du macho impitoyable. Air détaché, regard d’acier, charme irrésistible, gâchette facile : Dirty Harry est un sale gars, séduisant certes, mais un sale gars quand même. 

Lorsqu’il passe derrière la caméra avec Un frisson dans la nuit en 1971, il se donne le rôle d’un disc-jockey harcelé par une admiratrice qui l'appelle chaque soir pour lui demander de passer Misty d’Erroll Garner. Amusé, l’animateur se laisse aller à une nuit d’amour, et réalise un peu tard qu’il est tombé sur une folle. Forcément. Dans un film précédent, Les Proies, Clint Eastwood jouait un soldat qui se réfugiait dans un pensionnat de jeunes filles et devenait objet de désir. J’aurais pu en rester là, effarée par cette tête de mule qui n’a décidément qu’une idée en tête. Mais c’était avant le confinement…

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De film en film, très vite, je remarquai une scène récurrente et malheureusement banale où une femme se fait importuner par un ou plusieurs hommes, entreprenants jusqu’à en devenir menaçants... Et ça, visiblement, Clint Eastwood n’aime pas. Du moins, il n’aime plus (car dans L’Homme des hautes plaines, il ne se gênait pas pour basculer une fille dans le foin sans lui demander son avis). Il a déjà la main sur le revolver. La femme émet-elle le moindre signe de détresse, il la vengera tôt ou tard. On reverra cette scène jusque dans Gran Torino, sorti en 2009, où il joue un vétéran, misanthrope, amateur d’armes à feu et ouvertement raciste, qui s’indigne et intervient quand il aperçoit sa jeune voisine asiatique bousculée par trois jeunes voyous.Vous me direz que se rêver en sauveur systématique de la gent féminine peut s’entendre comme le comble du machisme et qu’à force de confinement, on perd en vigilance. Passons en revue quelques films de Clint, pour en avoir le cœur net.

Pale Rider, 1985.

Dans une petite bourgade minière de Californie, des chercheurs d’or doivent se battre contre les visées expansionnistes de Coy LaHood. Pasteur solitaire venu de la montagne, Le prédicateur, Clint Eastwood, va défendre les intérêts de ces petits exploitants. Hébergé par un brave orpailleur, il fait la connaissance des deux femmes de la maison. La première, Sarah, a été abandonnée par son mari. Endurcie par l’épreuve, elle refuse un nouveau mariage et élève la tête haute sa fille Megan, adolescente sublime et sauvage, proie désignée du fils LaHood, dont elle est sauvée de la foudre sexuelle par le mystérieux pasteur.

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Megan s’éprend du Preacher, et s’offre littéralement à lui. Il s’éloigne et lui fait comprendre qu’elle est trop jeune pour savoir ce qu’est le « consentement » - c’est mon interprétation de 2020, à l’aune des récits d’Adèle Haenel ou de Vanessa Springora, et une sorte de pied de nez eastwoodien.

Impitoyable, 1992

Big Whiskey, petite ville du Wyoming. Delilah, une prostituée, est défigurée au couteau par un client ivre. Elle avait ri de la taille de son pénis, faute professionnelle s’il en est. Le shérif de la ville ordonne une peine si désuète à l’encontre du client susceptible que les autres prostituées de la maison close, indignées, promettent une récompense à quiconque tuera le salaud joueur de couteau. Alléché par le pactole, c’est William Munny, tueur repenti à la sinistre réputation, autant dire Clint Eastwood, qui se pointe pour exécuter la vengeance. Une fois le ménage fait, le justicier improbable menace une dernière fois : "Vous avez intérêt à ne plus taillader ni faire aucun mal aux putains, ou je reviendrai et je vous tuerai tous, salopards !

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Million Dollar Baby, 2004

"On n’entraîne pas de filles ici ". Traînant ses désormais incontournables pantalons à taille haute qui lui ôtent sa forme humaine, Clint Eastwood est Frankie Dunn, un entraîneur de boxe râleur, misogyne par déformation professionnelle. Son monde est celui des hommes et seulement des hommes. Sa fille ne lui a plus donné de nouvelles depuis longtemps. Dans sa salle d’entrainement apparaît un jour Maggie (Hillary Swank), comme une erreur de trajectoire ou de casting. Une femme ! C’est lui qu’elle veut pour l’entraîner. Il hausse ses épaules voûtées, ne l’écoute même pas. Elle revient. Et le jour, et la nuit, n’en finit pas de taper dans le sac. Jusqu’à le faire céder, non pas le sac, mais Frankie, bouleversé par l’obstination de la jeune femme, née dans une famille pauvre du Missouri, élevée par une mère ignoble, vénale. Le vieux dur-à-cuir(e) deviendra le coach de Maggie, et une complicité inattendue va se nouer entre eux. Clint Eastwood filme les non-dits, entre un homme et une femme, entre un père et sa fille. Et on se surprend à pleurer. Et les Oscars de tomber.

L’Echange, 2008

L’Echange est basé sur un scandale de corruption retentissant qui mena à la démission de l’un des plus hauts responsables de la police de Los Angeles à la fin des années 1920. Le film raconte l’histoire de Christine Collins (Angelina Jolie) dont le fils de 9 ans disparaît. La police mène l’enquête, retrouve le petit deux mois plus tard et organise des retrouvailles à sa propre gloire, sous l’œil des journalistes et photographes… Mais Christine Collins manque de défaillir quand on lui présente l’enfant : ce n’est pas son fils. La police insiste, clôt les atermoiements. Le gamin a un peu changé, c’est tout. Mais elle s’obstine, enquête par ses propres moyens et finit par être embarquée par les flics, direction l’hôpital psychiatrique pour femmes et le traitement inhumain qui va de pair : douche au jet froid, fouille gynécologique, interrogatoires. « Tu protestes, tu cries et tu te fâches : hystérie féminine. Tu restes calme : catatonie. Tu craques et tu pleures : dépression grave ! ». Une triple assertion qui résonne encore cruellement et dont je peine à croire l’avoir entendue dénoncée dans un film de Clint Eastwood, celui-là même qui dans Pale Rider, vingt-trois ans plus tôt, faisait dire au Prédicateur : « Quand on attend qu’une femme prenne la bonne décision, on peut attendre longtemps. » 

Vingt-trois ans, c’est longtemps, non ?

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