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Découvrez "Le Lac des cygnes" parce qu'il se regarde comme un rêve éveillé

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Image extraite du Lac des cygnes, interprété par les Étoiles, les Premiers Danseurs, le Corps de Ballet et l'Orchestre de l’Opéra national de Paris (2020)
Image extraite du Lac des cygnes, interprété par les Étoiles, les Premiers Danseurs, le Corps de Ballet et l'Orchestre de l’Opéra national de Paris (2020)
- Julien Benhamou / OnP

Culture Maison. Et si nous révisions nos classiques ? L’Opéra de Paris continue de mettre en ligne gratuitement une partie de ses spectacles. Aujourd’hui c’est Le lac des cygnes qui s’invite dans votre salon, avec le ballet et l’orchestre de l’Opéra de Paris.

Oriane Delacroix, programmatrice culture à La Grande Table, vous explique pourquoi, que vous soyez amateur de ballet ou non, vous devriez regarder ce grand classique de la danse, que l’Opéra de Paris présentait la saison dernière, et qu’il met en ligne ici, disponible dès aujourd’hui et jusqu’au 5 avril.

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Un classique du classique

Le Lac des cygnes est un véritable "tube" du ballet classique, qui a contribué à forger l’image d’Epinal de la danseuse-cygne, cette créature presque irréelle. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si c’est un extrait du Lac des cygnes que les danseuses du ballet l’Opéra de Paris en grève ont choisi d’interpréter sur le parvis de l’Opéra Garnier en décembre dernier pour protester contre la suppression de leur régime spécial de retraites. Mais si ce ballet emblématique est aussi ancré dans l’imaginaire collectif – il est notamment la grande référence du cinéma de danse, des Chaussons rouges de Michael Powell à Black Swan de Daren Aronofsky –  son histoire est longue et complexe.

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Il existe plusieurs versions du Lac des cygnes. Créé en 1877 à Moscou par le chorégraphe Julius Reisinger, sur une musique originale de Piotr Tchaïkovski, ce ballet est un conte fantastique, largement inspiré des mythologies nordiques, qui narre l’histoire d’amour impossible entre le Prince Siegfried et Odette, la princesse changée en cygne par le maléfique Rothbart.  

À sa création, le ballet fait un bide. La critique juge le livret et la chorégraphie très mauvais, et Tchaïkovski mourra sans connaître le triomphe futur de son Lac des cygnes. C’est en effet quelques années plus tard, en 1895, à Saint-Petersbourg et dans une chorégraphie de Marius Petipa et Lev Ivanov, que ce ballet acquiert ses lettres de noblesse et devient rapidement un classique, qui entre au répertoire de l’Opéra de Paris en 1960 et sur lequel se fondent les multiples réinterprétations postérieures.

7 min

La version du Lac des cygnes que propose en ligne l’Opéra de Paris est celle du chorégraphe Rudolph Noureev, créée à l’Opéra de Paris en 1984. Elle est l’une des plus sombres et célèbres interprétations du ballet. L’histoire est toujours sensiblement la même, mais Rudolph Noureev a opéré quelques modifications de taille : une fin tragique qui rejoue le rêve prémonitoire du Prince, et la place centrale qu’il donne au personnage masculin, à égalité avec l’héroïne. Il accentue par ailleurs la dimension freudienne de l’histoire en soulignant la dualité de tous les personnages, ainsi que l’importance du rêve.

Les vertus de la captation

Souvent ratée, la captation d’un spectacle vivant est un exercice périlleux. Mais s’il y a bien une discipline pour laquelle elle est pertinente voire vertueuse – quand elle est bonne, ce qui est le cas ici – c’est bien le ballet classique.

Car cette captation du Lac des cygnes, réalisée par François-René Martin, nous permet de profiter de toutes les places de l’Opéra et de leurs avantages respectifs en même temps. Les plans serrés et les gros plans nous donnent à voir l’émotion sur les visages des danseurs et la précision de leurs mouvements comme si nous étions sur scène avec eux. Il faut d’ailleurs souligner ici le travail magistral des deux jeunes étoiles de l’Opéra de Paris qui interprètent les rôles principaux : Léonor Baulac et Germain Louvet. L’extrême difficulté de ce rôle pour une danseuse – au-delà de la performance de danser à la fois le cygne blanc (Odette) et le cygne noir (Odile) – réside dans le travail du haut du corps et notamment des bras, qui transforment la danseuse en oiseau. Ses bras deviennent tour à tour cou de cygne, ailes délicates et frémissantes qui évoquent la peur et la fragilité de l’oiseau mais aussi l’onde du lac. Son partenaire, Germain Louvet n’est pas en reste. C’est un très grand danseur, et pas seulement au sens propre, l’amplitude de ses sauts est impressionnante et il apporte la profondeur et la poésie nécessaire au rôle du Prince.

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Dans ce Lac des cygnes la partition chorégraphique du corps de ballet est superbe, et c’est ce que nous permettent d’apprécier les plans larges (comme si nous étions à la corbeille) mais surtout les plans en plongés (comme si nous étions assis au Paradis, ou même perchés dans les cintres) car ils révèlent la précision hallucinante des danseurs, les effets de symétrie, et les belles perspectives de la chorégraphie de Noureev. A ce titre, les actes 2 et 4, dont l’action se situe près du lac sont époustouflants.

Et puis, est il vraiment possible de résister à la grâce du pas de quatre des petits cygnes de l’acte 2 ?

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La véritable star de ce ballet  

Même si vous êtes allergiques au ballet classique, ce Lac des cygnes vaut d’être vu et surtout entendu, car la véritable star de ce ballet, c’est la musique de Tchaïkovski. Lorsque le théâtre de Moscou lui en a commandé la musique, le compositeur aurait répondu à ses amis qui lui déconseillaient de s’atteler à ce sous-genre de composition : "Il n’y pas de genre inférieur en musique, il n’y a que de petits musiciens". Il donne à son Lac des cygnes une dimension symphonique et compose des thèmes mélodiques pour les personnages principaux d’une mélancolie désespérée. Il y retrouve ses thèmes les plus chers, la fatalité, éros et thanatos, et l’idée d’un amour impossible qui fait écho à son drame personnel, son mariage de convenance pour cacher son homosexualité.  

Ce Lac des cygnes se regarde comme un rêve éveillé et il fait bon de rêver, comme le Prince Siegfried, pour voler quelques heures à notre réalité.

59 min

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