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Découvrez le mésentère, bientôt votre 79e organe

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Figure anatomique en ivoire, du XVIIIe ou XIXe siècle
Figure anatomique en ivoire, du XVIIIe ou XIXe siècle
© Getty - Science & Society Picture Library/SSPL

Le mésentère, une partie de notre intestin, pourrait bien être un organe à part entière, à en croire une étude publiée dans " The Lancet". Preuve que cette partie du corps humain réserve encore bien des surprises.

Bientôt 79 organes dans le corps humain ? Dans une étude publiée en novembre dernier dans la revue médicale " The Lancet", une équipe de chirurgiens irlandais demandait à ce que le mésentère, une partie de l'intestin, soit classé comme organe à part entière.

Cette zone du corps humain, appartenant au système digestif, est bien connue des médecins : le mésentère relie l'intestin aux parois abdominales. La membrane qui tapisse notre abdomen, le péritoine, forme, à mi-hauteur, un long repli qui entoure l'intestin grêle. C'est là que se trouve le mésentère (en jaune sur le schéma). Ce que les chirurgiens ont démontré c'est que, contrairement à ce que l'on pensait depuis des siècles, le mésentère n’est pas un simple assemblage de tissus conjonctifs, mais bel et bien une structure continue.

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Le mésentère, en jaune.
Le mésentère, en jaune.

Il remplit donc là le premier critère qui permet de le requalifier en tant qu'organe, puisqu'il est indépendant structurellement. Le deuxième critère, quant à lui, pose encore question : un organe doit assurer une fonction physiologique spécifique. Or on ignore encore la fonction précise du mésentère. Mais si d'autres études venaient à confirmer l'indépendance structurelle de cet organe potentiel ainsi que des fonctions, le mésentère pourrait bien devenir le 79e organe du corps humain. Le professeur J. Calvin Coffey, à l'origine de l'étude, se veut confiant : "A l'heure actuelle nous avons établi son anatomie et sa structure. La prochaine étape est sa fonction. Si vous comprenez la fonction, vous pouvez identifier les dysfonctions, et ensuite vous avez la maladie. Mettez tout ça ensemble, et vous obtenez le champ de la science mésentérique... la base d'une toute nouvelle discipline médicale."

L'intestin, organe noble et second cerveau

Si on est donc encore loin de devoir modifier le nombre d'organes dans les livres d'anatomie, cette découverte n'en remet pas moins en cause une description du mésentère vieille de plusieurs centaines d'années, sa première représentation connue étant un dessin de Léonard de Vinci. Surtout, cette aventure rappelle à quel point l'intestin peut, encore, réserver des surprises.

La représentation du mésentère, dessinée par Léonard de Vinci.
La représentation du mésentère, dessinée par Léonard de Vinci.

En avril 2016, René Frydman recevait, dans Révolutions médicales, le professeur Claude Matuchansky, professeur émérite à l’université Paris-Diderot, hépato-gastro-entérologue qui a initié en 1997 la première greffe intestinale. Il était venu raconter les secrets de l'intestin grêle, là même où est situé le mésentère :

L’intestin grêle, un organe qui en dit long

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"Ce qui ajoute à l'intérêt de cet organe c'est qu'il est multi-cartes. La première carte c'est l'absorption des principaux nutriments, qui nous permet de vivre. Sans intestin on ne vit pas. [...] Il y a d'autres fonctions essentielles : l'immunologie d'abord. C'est le principal organe immunologique du corps, qui va nous permettre de nous défendre contre la plupart des agressions. Et là déjà on annonce le microbiote, parce que cette immunologie se développe, très curieusement, à cause d’antigènes..."

L'intestin a, encore récemment, beaucoup fait parler de lui pour une autre raison : il est régulièrement comparé à notre second cerveau. Car il contiendrait deux cents millions de neurones, veillant à notre digestion et échangeant des informations avec notre "premier" cerveau. Les chercheurs ont ainsi réalisé que le cerveau entérique, celui du ventre, est à l'origine de 95 % de la production de sérotonine, un neurotransmetteur qui participe à la gestion de nos émotions. Mais ce qui distingue également nos entrailles de notre encéphale, c’est la population qui l’habite. Il s’agit du microbiote intestinal, ou flore intestinale, qui contient pas moins de 100 000 milliards de micro-organismes. Soit deux fois plus que le nombre de cellules qui composent notre propre organisme.

Peut-on agir sur notre microbiote pour améliorer notre santé, physique comme morale ? S'interrogeait Michel Alberganti dans Science Publique, en avril 2016 :

Notre intestin est-il le pilote de notre santé?

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"On a affaire à un phénomène assez connu dans le monde vivant, qui est probablement l'un des plus importants de l'évolution qui est la co-évolution. C'est-à-dire que les êtres n'évoluent jamais seuls, ils évoluent ensemble. Chose qu'on a découverte au XIXe siècle, au moment où Darwin parlait de la sélection, on s'est aperçu que la sélection s'exerçait aussi au dépend des êtres qui s'associent les uns aux autres. La première démonstration est le lichen, qui est fait d'une plante et d'une algue." Patrice Debré, professeur d’immunologie à l’université Pierre et Marie Curie

"80 % des informations montent de l'intestin au cerveau, alors qu'on croyait que c'était l'inverse. Et on pense que les bactéries ont une fonction très importante en aidant notre intestin à rester imperméable." Guillaume Fond, psychiatre à l'hôpital Henri Mondor

Plus récemment encore, Nicolas Martin, dans la Méthode scientifique, revenait sur le microbiote et sur son influence sur notre santé, en compagnie du microbiologiste Stanislav Dusko Erlich, aux yeux de qui "le microbiote est une véritable carte d'identité pour un individu donné" :

Microbiote : ces bactéries qui nous veulent du bien

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