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Dédiabolisation

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« BlacKkKlansman », film américain de Spike Lee, avec Adam Driver et John David Washington, en compétition au 71e Festival de Cannes.
« BlacKkKlansman », film américain de Spike Lee, avec Adam Driver et John David Washington, en compétition au 71e Festival de Cannes.
- FOCUS FEATURES

Cannes 2018. Adaptation d’une invraisemblable histoire vraie (l’infiltration du Ku Klux Klan par un policier noir), le nouveau film de Spike Lee, parfois très drôle, est malheureusement trop démonstratif et caricatural pour faire mouche.

Chronique Cannes Antoine Guillot - PODCAST

1 min

Donald Trump, masqué ou à visage découvert, est un des personnages principaux de Blackkklansman, le nouveau film de Spike Lee, découvert à Cannes il y a 32 ans avec son premier film, Nola Darling n'en fait qu'à sa tête. En adaptant l'histoire vraie de Ron Stallworth, le premier officier Noir d'une ville du Colorado qui avait, au début des années 70, infiltré le Ku Klux Klan local jusqu'à accéder aux plus hautes sphères de l'organisation suprémaciste blanche, le cinéaste militant de la cause afro-américaine vise clairement à montrer comment un groupe extrémiste a cherché à se dédiaboliser pour agir en pleine lumière et diffuser ses idées dans le monde politique et dans la société. Filmer son ennemi, c'est toujours une bonne idée, pour le comprendre et mieux le combattre. 

Un humour trop systématique

Avec son esthétique qui reprend les codes de la blaxploitation, ce genre populaire du cinéma américain des années 70, qui redonnait aux Noirs une fierté combative à l'écran, en faisant de son film d'intervention une comédie, Spike Lee se prend malheureusement un rien les pieds dans le tapis de sa démonstration. Si l'humour fonctionne au début, le procédé (comme mettre dans la bouche d'extrémistes les slogans de Trump, type "Make America great again" ou "America first !") est trop systématique, et surtout, en faisant de ces racistes de parfaits débiles, des clowns finalement inoffensifs, il désamorce le danger qu'ils représentent, malgré l'utilisation in extremis (et également problématique), à la fin de son film, des images des événements de Charlottesville de l'an dernier. Ce qui est nouveau chez Spike Lee, c'est qu'il croit possible une réconciliation nationale, au-delà des couleurs de peau, pour lutter contre l'extrémisme. L'amitié dans le film entre un policier Noir et son collègue juif vise sans doute ainsi à faire litière des accusations d'antisémitisme qui ont accompagné toute la carrière du cinéaste. Spike Lee s'est assagi, mais n'a plus la verve de ses débuts.

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