Chêne de Pressembois à Venon en Isère
Chêne de Pressembois à Venon en Isère

Défendre les arbres, un patrimoine naturel avec Alain Baraton

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Défendre les arbres, un patrimoine naturel

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Urbanisme, déforestation, changement climatique... les arbres sont menacés par l'homme malgré leur longévité, leur emplacement ou leur incroyable histoire. Mais pourquoi ne pas les concevoir comme une ressource fondamentale de notre patrimoine ? C'est ce que défend le jardinier Alain Baraton.

Face au triste constat du danger encouru par des arbres remarquables, pourquoi ne pas créer un texte juridique qui permette de les défendre ? Entretien avec Alain Baraton, écrivain et jardinier en chef des jardins de Versailles depuis près de 40 ans, défendeur de la création d'un patrimoine naturel.

33 min

L'arbre, ce monument historique

Alain Baraton : "Aujourd'hui, et c'est un drame épouvantable, tous les arbres admirables ou remarquables sur la planète, je dis bien tous, sont en danger. J'imagine, je fais un rêve, c'est que demain, les arbres soient, au même titre que les cathédrales, que les églises, que les tableaux, classés au titre des monuments historiques, au titre du patrimoine."

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Ce tilleul situé à Innimond dans l'Ain, a été planté en 1601.
Ce tilleul situé à Innimond dans l'Ain, a été planté en 1601.
© AFP

Alain Baraton : "Dans les communes, dans les départements, dans les régions et parfois même au plus haut niveau de l'État, l'arbre n'est pas toujours considéré. On va, bien sûr, dévier le trajet d'une autoroute ou d'une ligne TGV pour épargner une chapelle romane, mais on ne s'embarrasse pas de détails pour sauvegarder un vieux chêne ou un vieil if. Aussi fou que cela puisse paraître, il n'existe aucun texte juridique qui protège efficacement et réellement les arbres. À Versailles, par exemple, domaine que je connais bien, l'arbre n'est pas protégé en tant que tel. Le jardin est protégé. L'alignement est un monument historique, mais l'arbre, lui, ne bénéficie d'aucune protection."

Aux prémices de l’idée de protection des arbres : la tempête de 1999. Au jardin de Versailles, des arbres centenaires s’effondrent et en France des millions d’arbres sont abattus. Mais c’est surtout l’homme la première menace. 

Comme à Saint-Maur-des-fossés, où des habitants se mobilisent pour sauvegarder un chêne vieux de 400 ans dont les racines sont menacées par un projet immobilier. Même les arbres millénaires ne jouissent pas d’un statut de protection.  

Le plus vieil olivier de France se situe à Roquebrune-Cap-Martin
Le plus vieil olivier de France se situe à Roquebrune-Cap-Martin
© AFP

Alain Baraton : "L'arbre le plus vieux vivant sur la planète, c'est un sapin. Il vit dans le nord de la Suède. Ce sapin est âgé de 9 500 ans et quelques. Quand on a atteint une telle ancienneté, n'est-on pas considéré comme immortel ? Rien qu'en France, l'olivier de Roquebrune-Cap-Martin est âgé de 2000 ans. C'est considérable."

Mais les arbres remarquables par leur longévité ou leur grandeur ne sont pas les seuls à pouvoir prétendre au titre de patrimoine naturel.

À l'entrée du camp d'Auschwitz, cet arbre est le témoin des horreurs passées
À l'entrée du camp d'Auschwitz, cet arbre est le témoin des horreurs passées
© AFP

Alain Baraton : "Il est toujours difficile de distinguer ce qui pourrait faire partie du patrimoine et de ce qui pourrait ne pas en faire partie. Nul besoin d'être un arbre gigantesque pour en faire partie. La petite fleur qui a été mise au point par des fleuristes ou des horticulteurs au siècle passé, fait partie d'un témoignage d'un métier qui, aujourd'hui, est peut-être en passe de se transformer, voire de disparaître. L'arbre n'a donc pas besoin d'être un élément gigantesque pour être inscrit au patrimoine de l'humanité, même si ce terme peut sembler prétentieux. Non, un arbre peut avoir une valeur sentimentale et peut, par sa présence, justifier absolument toutes les protections et tous les égards. Il y a à Auschwitz, sinistre camp que l'on connaît malheureusement tous pour sa réputation épouvantable, un arbre qui est près de l'entrée. Je n'ose imaginer ce que cet arbre a vu. Cet arbre, c'est plus qu'un végétal planté. Ce sont des larmes, c'est du sang, c'est de la peur, c'est de l'angoisse. Il faut absolument protéger ces végétaux qui sont vraiment des témoins d'un siècle passé."

58 min
52 min

À lire : Dictionnaire amoureux des arbres
d'Alain Baraton, édition Plon mai 2021