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Déforestation en Amazonie, vers un point de non-retour ?

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Déforestation le long de la rivière Jari, dans le nord du Brésil
Déforestation le long de la rivière Jari, dans le nord du Brésil
© Getty - Dea / Pubbli Aer Foto

Sur un an, le phénomène a augmenté de près de 30 %, soit 9 762 km2 de surface déboisée disparu : un record absolu depuis 2008. Ces chiffres livrés par l’Institut National de Recherches Spatiales du Brésil (INPE) interrogent sur la politique déjà très critiquée du Président Jair Bolsonaro.

Jamais depuis 2008 l'Amazonie n'avait vécu pareille déforestation. Et d'après l'Institut national de recherches spatiales (INPE) brésilien, les chiffres qui étaient dans la moyenne des dernières années début 2019, ont connu une hausse significative à partir de juin. Avant tout dans les Etats du Pará, du Mato Grosso, de l'Amazone et du Rondônia.

L'Amazonie a déjà été dévastée de près de 20 %, le point de non-retour vers une transformation en savane est de plus en plus proche, a averti le "Fonds mondial pour la nature" face à cette nouvelle alerte.

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À cela, le ministre brésilien de l'Environnement, Edson Duarte répond qu'"Une série de mesures seront prises pour contrer ce mouvement de déforestation. Et dès ce mercredi, les gouverneurs des Etats d'Amazonie se réuniront".
 

Taux de déforestation annuel depuis 1988 en Amazonie légale. En bleu l'estimation pour 2019.
Taux de déforestation annuel depuis 1988 en Amazonie légale. En bleu l'estimation pour 2019.
- INPE

Pourtant, depuis que Jair Bolsonaro est devenu président de la République en janvier 2019, la déforestation et les incendies ont augmenté.
Au nom du développement économique, le chef de l'Etat brésilien a favorisé les investissements agricoles et miniers, prêt à renoncer aux réglementations écologiques en raison des importantes quantités de dioxyde de carbone qu'elle peut absorber. Et en septembre dernier, ce chantre de l'orpaillage allait jusqu'à déclarer à l'ONU que "L'Amazonie n'appartient pas au patrimoine de l'humanité".

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Aujourd'hui, la déforestation est prioritairement due à l’élevage. Les animaux sont plus nombreux que les Brésiliens : 211 millions de bêtes pour 209,3 millions de personnes. Le Brésil est le premier exportateur mondial de bœuf et de cuir.

"La superficie de forêt détruite équivaut à 1,4 million de terrains de football"

L'Amazonie, si elle est protégée, est un rempart contre le réchauffement climatique. Elle est en effet une réserve de biodiversité exceptionnelle. On y trouve 40 000 espèces végétales, 427 espèces de mammifères, 1 294 espèces d'oiseaux et environ 3 000 espèces de poissons. Son fleuve, l'Amazone, fournit un cinquième de la planète en eau douce. Or, excavateurs, machines et autres outils à exploiter l’or vert ne cessent d'augmenter la cadence. Durant les quarante dernières années, 800 000 km² de forêt ont disparu : l'équivalent d'une fois et demie la France. 

Si le rythme de la déforestation a ralenti pendant la dernière décennie, notamment grâce à la mobilisation d'ONG, il est reparti à la hausse en 2016 et atteint cette année un record absolu depuis 2008. Greenpeace Brésil, très mobilisée sur cette question, affirme que "La superficie de forêt détruite équivaut à 1,4 million de terrains de football, soit six fois la ville de São Paulo." Sur son site, l'association rappelle l'importance des politiques mises en oeuvre et comment par le passé elles avaient pu jouer :

En 2004, la déforestation en Amazonie a atteint l'un des plus hauts niveaux de l'histoire, atteignant 27 700 km 2. Toutefois, l’action du gouvernement, associée aux actions des organisations non gouvernementales et du secteur privé, a permis d’inverser ce scénario et, un peu moins d’une décennie plus tard, nous avons atteint le taux le plus bas depuis le début de la série. Mais les destructions ont à nouveau augmenté et cette année, nous avons assisté à un démantèlement sans précédent des politiques environnementales élaborées au fil des ans.                        
Greenpeace Brésil

Et comment Jair Bolsonaro s'en est récemment pris à l'Institut national de recherches spatiales  : "En août dernier, face à l'énorme répercussion mondiale due à l'augmentation des avertissements de brûlage et de déforestation dans toute l'Amazonie, Bolsonaro a renvoyé le physicien renommé Ricardo Galvão de la direction de l'Inpe, mettant en doute les données de l'institution."

58 min
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Avec la collaboration d'Eric Chaverou, Nicolas Pommé et Sébastien Lopoukhine